Au moment de fêter le 283ème anniversaire de la naissance de Thomas Jefferson, deuxième président des Etats-Unis, l’un des Pères fondateurs et le rédacteur principal de la Déclaration d’Indépendance, il semblait opportun de retracer ses liens avec la Corse à travers la figure de Pascal Paoli. Rencontre dans les tunnels du temps !

1996 : The Rock (Rock en VF) sort sur grand écran. Le casting est extraordinaire et réunit sous la férule du réalisateur Michael Bay, Sean Connery, Nicolas Cage, Ed Harris et des seconds rôles bien connus du cinéma comme Michael Biehn (Terminator), David Morse (La Ligne Verte), William Forsythe ou John Spencer. L’intrigue tient en une prise d’otages spectaculaire par une section de Marine’s dirigée par le général Hummel, vétéran et héros du Vietnam. Désabusé, révolté par l’attitude du Gouvernement des Etats-Unis, Hummel s’empare de missiles armés d’un poison destructeur avant de kidnapper plusieurs dizaines d’otages à Alcatraz, l’ancien pénitencier transformé en musée. Hollywood oblige, le bien doit triompher du mal malgré toutes les ambiguïtés, les nuances du film. Ed Harris livre une prestation formidable de ce général pas vraiment méchant, meurtri par la disparition de son épouse, en proie aux doutes, aux tentations parfois kamikazes. Dans l’une des rares scènes du film où il joue avec Sean Connery qui incarne l’ancien agent fictif britannique du Special Air Service, John Patrick Mason, Ed Harris emprunte cette citation à Thomas Jefferson : « L’arbre de la liberté se nourrit avec le sang des patriotes et des tyrans. » La formulation est approximative, lointain souvenir de longues soirées de visionnage avec d’anciens camarades de lycée à Bastia : Antoine Agostini, Pascal Micheli, Lionel Rodaro… Nous passions notre temps à dévorer des films d’action, de guerre, de science-fiction entre deux parties de jeux de rôle ou encore de lourdes batailles de paint-ball à Montesoro avec d’autres compagnons aguerris aux exercices relevant du paramilitarisme : Stéphane Felicetti, Stéphane Galeazzi, Antoine Albertini ou Pierre-Albert Spaccesi. On s’amusait vraiment bien à l’époque ! Revenons-en à notre sujet, à cette citation forte, prenante, poignante. Une sentence terrible qui donne envie de s’intéresser à ce Thomas Jefferson, né le 13 avril 1743 à Shadwell en colonie de Virginie. Très jeune, il étudie plusieurs langues, le latin, le grec ancien, le français, l’espagnol et l’italien. Quand son père décède, Jefferson n’a que 14 ans et il hérite d’une très grande propriété. Jeune adulte, il rejoint un cercle de réflexion mené par Patrick Henry qui alimente le mécontentement des colons américains face aux taxes de plus en plus lourdes imposées par la Couronne. En 1775, le même Patrick Henry s’empresse de diffuser une proclamation dans toue la Virginie qui deviendra célèbre pour sa citation : « Give me liberty or give me death! » (« Donnez-moi la liberté, ou donnez-moi la mort ! »). Moins d’un an plus tard, la révolte s’est étendue à douze autres colonies dont les délégués se rassemblent à Philadelphie dans le cadre du Congrès Continental. Jefferson est désigné pour faire partie du comité de rédaction de la Déclaration Déclaration d’indépendance des États-Unis avec John Adams, Roger Sherman, Benjamin Franklin et Robert R. Livingston. Vingt ans plus tôt, Pasquale Paoli fondait en Corse un État en le dotant également d’une Constitution, d’une représentation politique et en faisant reposer ses principes sur la souveraineté populaire. Le Siècle des Lumières a passé au crible les idées de l’Antiquité et de la Renaissance pour affirmer la notion de liberté. Et Rousseau, bien sûr, toujours appelé en grand témoin : « Il est encore en Europe un pays capable de législation : c’est l’île de Corse ». Thomas Jefferson, lui, évoque plutôt John Locke, les lois naturelles, la défense du conservatisme : « All men are created equal. »
Il y a un paradoxe à toujours vouloir les choses nouvelles alors qu’elles sont anciennes et résolument enracinées. C’est à Londres que Paol et les Américains contestant l’autorité de la monarchie britannique peuvent fréquenter les mêmes cercles, les mêmes réseaux. James Boswell développe l’influence de Paoli auprès des Insurgés et de leurs chefs comme Jefferson. La liberté se partage, se développe. Elle doit s’étendre dans toutes les sphères, toutes les couches de la société. Le problème pour Jefferson derrière ce grande principe est qu’il possédait plusieurs centaines d’esclaves et que l’histoire agit comme un boomerang ! Le regard du 21ème Siècle se veut critique, absolument féroce à l’égard des figures du passé aussi prestigieuses les unes que les autres. En Angleterre, les accusations de racisme contre Churchill ne manquent pas tout comme les critiques en France contre Colbert pour la mise en œuvre de son « code noir » ! Alors, l’éducation ne remplit plus son rôle, l’histoire n’est plus apprise donc elle ne peut plus être nuancée, précisée, révélée. La morale de l’époque domine et celui qui fut chef doit être dénoncé et jeté aux oubliettes de l’histoire. En 2021, New York a fait retirer la statue de Jefferson de l’Hôtel de Ville après près de deux siècles d’exposition ce qui n’aurait pas dérangé l’esprit « universel » de ce Père fondateur qui, à 32 ans, voulait « aider à couler toute l’île de Grande-Bretagne dans l’océan ». En matière de politique, le deuxième Président de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique laisse pourtant un bilan remarquable pour l’époque : baisse des impôts et des dépenses, interdiction de la traite des esclaves, tentative de paix avec la Grande-Bretagne, guerre contre les pirates barbaresques, abolition des lois liberticides, achat de la Louisiane, simplification du protocole présidentiel.



