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Jean-François Gaspari, l’incroyable jeune pompier du 5 mai

Avec la commémoration, ce jour, du 34ème anniversaire de la Catastrophe de Furiani, il nous a semblé important de mettre en avant l’incroyable destin de Jean-François Gaspari, devenu « lieutenant des pompiers », à peine âgé de 16 ans, lors de cette tragique soirée.

Encore adolescent, Jean-François Gaspari résidait à Francardo. À l’époque, il n’y avait pas encore de déviation et le trafic routier s’effectuait directement en plein cœur du hameau. L’étroitesse du pont génois obligeait à laisser la priorité sur une seule voie. A deux pas du pont, le domicile familial de Jean-François. Comme de nombreux jeunes de son âge, il décide de rejoindre les sapeurs-pompiers de Ponte-Leccia en participant aux missions de surveillance incendie pour se faire un peu d’argent de poche durant l’été : « Je faisais le « quatrième » dans le camion aux côtés de quadragénaires et de quinquagénaires dont l’adjoint au chef de centre, Pierrot Bruschini, qui m’avait recruté ainsi que trois de mes amis du village pour la saison estivale 1991. »

La passion ne fut pas tout de suite de mise : « Les feux, tirer les tuyaux, les missions de surveillance, je dois dire que cela ne m’enchantait pas vraiment sur le coup. Je n’avais pas encore la fibre. » Elle viendra lors d’une première intervention sur un accident de la route… à Francardo, tout près de sa maison : « J’étais de garde à la caserne de Ponte Leccia et nous partons sur les lieux de l’accident. J’accompagne l’équipe, mais je n’ai aucun diplôme de secouriste. À l’époque, le système n’était pas aussi réglementé. Le quatrième servait à apporter des compresses et à porter le brancard. C’est une chose que l’on ne verra plus de nos jours, heureusement. Durant cette intervention, un déclic s’est produit et j’ai souhaité faire une formation en secourisme sauf qu’ensuite, c’était la rentrée scolaire et je rentrais en BEP Restauration à L’Île-Rousse, j’ai dû attendre la fin de l’année scolaire pour passer la formation. »

Crédits – Youtube : Drame de Furiani : un 5 mai 1992, où le temps corse s’est arrêté

Et c’est très précisément le 5 mai 1992, dans la matinée, que Jean-François Gaspari va effectuer son stage de secouriste en équipe. Concordance incroyable : « Le stage a lieu à Bastia, au sein de l’ADMS (Association des Moniteurs de Secourisme) qui était dirigée par Charles Denis. Dans le jury, il y avait même un certain Thierry Nutti ! » Une journée particulière où chacun se souviendra de ces faits et gestes, de l’attente interminable de cette demi-finale de Coupe de France entre le Sporting Club de Bastia et le puissant Olympique de Marseille de Bernard Tapie et de ses stars. Stage en poche, Jean-François se rend avec des membres de sa famille et des amis au stade Armand Cesari : « Nous sommes en tribune Nord. Normalement, nous étions placés sur la partie haute de la tribune. Nous aurions dû tomber, sauf que mon ami, Pierre-Dominique, avait des lentilles et qu’il n’y voyait rien. Nous décidons donc de descendre de quelques mètres. Quand la partie haute s’est effondrée, il ne restait derrière nous que deux rangées. » À cet instant, nul ne se rend compte du drame en train de se passer : « Le bruit était tellement fort que cela donnait une ambiance fantastique. Et en nous retournant, on constate qu’il n’y a plus de tribune. Il n’y a pas d’effet de panique dans l’immédiat. On sort par les escaliers dans un certain calme. Au moment de sortir du stade, je tombe, une nouvelle fois, sur Thierry Nutti qui était en civil. » En une fraction de seconde, Furiani bascule de la joie à l’horreur. Pas le temps de réfléchir, les deux hommes commencent, dans le chaos le plus total, à organiser les secours : « Nous débutons les premiers massages cardiaques. Thierry fait les premiers bilans. Je prévois de m’en aller et une ambulance ainsi qu’une 4L de pompiers arrivent. Il s’agit des pompiers de Ponte Leccia : Pierrot Bruschini, Roger Mei, Pascal Piret, Jeannot Mattei, le chef des pompiers, le docteur Toussaint Simoni, médecin pompier volontaire. »

En civil, Jean-François est toutefois vêtu d’un haut de couleur rouge, on pourra même le retrouver dans une des photos du reportage réalisé par Paris-Match, à l’époque. C’est Roger Mei qui interpelle le jeune homme en lui disant de poursuivre son service : « Je me retrouve dans l’opération de secours organisée. Malheureusement, dans cette tragédie, je ne sers pas à grand-chose, comme beaucoup d’entre nous. L’ambulance de pompiers est dépassée par l’événement. Le docteur Simoni était sur la pelouse, il devait prioriser en fonction de l’état des blessés. Je m’occupais d’apporter les médicaments et les compresses selon ses recommandations. L’approvisionnement se faisait à partir de la maisonnette abandonnée qui se trouvait à côté de la tribune Nord. On y avait stocké du matériel médical. Sauf qu’en tenue civile, les CRS me bloquent l’accès à la pelouse. »

Observant rapidement la scène, Jeannot Mattei décide de confier une veste de lieutenant à Jean-François, devenant ainsi, l’espace d’une tragique soirée, le plus jeune lieutenant des pompiers de France et de Navarre. Toute la nuit, les interventions se multiplient. Les brancardiers entament le ballet des évacuations vers l’hôpital, vers les cliniques de Furiani, Maymard ou Zuccarelli et même San Ornello : « Tous les établissements furent réquisitionnés. » Vers 4 heures du matin, les pompiers de Ponte-Leccia vont transporter les premiers blessés vers l’aéroport de Poretta en vue de leur évacuation sanitaire. Le corridor médical durera une grande partie de la journée de ce 6 mai : «On devait récupérer les gens qui étaient dans le hall pour les accompagner sur le tarmac, les mener soit dans le Puma soit dans le Transat de l’armée de terre. »

Épuisé, comme ses coéquipiers, par une nuit d’intenses efforts, sans compter le traumatisme moral, l’adolescent va s’endormir sur le tapis roulant de la salle d’embarquement, toujours vêtu de la veste du lieutenant Mattei : « À un moment, une personne me réveille en me touchant l’épaule et c’était Pierre Bérégovoy qui venait d’arriver pour apporter le soutien de l’État. Sur le coup, je ne me suis pas rendu compte que c’était lui. » La tragédie de Furiani a été le second déclic qui a déterminé la vie du commandant Gaspari : « Mon objectif était d’améliorer l’efficacité de notre centre de secours. Lors de la catastrophe, les Marins Pompiers de Marseille étaient présents, ils ont été exceptionnels de rigueur et de professionnalisme dans leurs moyens matériels, leurs procédures d’intervention. J’ai passé mon monitorat de secourisme en 1994 avec Thierry Nutti et Nicole Ramelli. »

En 1999, dans la même logique, Jean-François Gaspari passe les examens pour devenir officier à l’Entente de Valabres : « L’organisation de Furiani était catastrophique. Tant que les deux colonels, le médecin chef, Daniel di Giambattista, et le directeur adjoint de l’époque, le colonel Casanova, n’eurent la main, rien n’était opérationnel. Les plans de secours n’étaient ni établis, ni définis. Aujourd’hui, les choses sont claires, on sait qui fait quoi. La doctrine a été écrite et grâce à Daniel di Giambattista et à Jacky Casanova, on a pu améliorer nos interventions. » 34 ans après, Jean-François Gaspari continue son métier, sa passion, un modèle à suivre si l’on veut susciter des vocations auprès des nouvelles générations.

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