Jean Castela, le Président de l’Institut d’Études Appliquées des Civilisations et des Espaces Méditerranéens (INEACEM) a organisé récemment, au Parc Galea, un séminaire consacré à la place de la Corse dans les dynamiques du monde étrusque. Recherches, mise en valeur du patrimoine, invention de nouveaux circuits, création de nouveaux espaces muséales, différents points ont été abordés en présence des plus grands historiens du monde étrusque, des membres de l’université de Corse, de la Collectivité de Corse ou encore des mairies de Luri et de Biguglia pour définir une véritable stratégie de développement culturel et touristique. Prometteur !
C’est une passion qu’il poursuit depuis des années, une quête inlassable pour faire comprendre et admettre les intérêts d’une société du savoir et tous les enjeux économiques et sociaux qui en découlent. Jean Castela sait l’âpreté de chaque combat. Il sait aussi qu’il faut faire avec des âmes rarement dociles, rarement prêtes au changement. Dans ce cadre, des visions peuvent s’arrêter, s’estomper à force de temps et d’énergie. Jean Castela n’abandonne pas. Il lui tient à cœur de nous parler de cette civilisation qui est pourtant la nôtre. Vivre en Corse est aussi une formulation d’apprentissage, un état d’esprit, le fameux « savoir d’où l’on vient pour définir où l’on va ». Les années ont passé, le Président de l’INEACEM a tissé des liens solides avec un réseau d’acteurs et de partenaires solides pour aboutir à ces trois journées de séminaire stratégique, dans le Cap Corse, à Biguglia, au Parc Galea, à Aléria et à Corte. Des lieux pour réveiller une mémoire enfouie mais d’une richesse absolue : histoire, politique, habitat, sociologie, artisanat, pêche, fouilles archéologiques, valorisation touristique, liens avec la Toscane et la Sardaigne, tout a été pensé, réfléchi et discuté par l’ensemble des partenaires du projet. Pour Jean Castela, il y a l’objectif de proposer un itinéraire des plus variés : « Nous avons des espaces, des musées, des lieux très différents qui nous permettent d’envisager une dynamique commune à travers la mise en œuvre d’un réseau. » Les exemples ne manquent pas : l’espace Rasenna du Parc Galea, le projet Alalia, parcours immersif et sensoriel d’interprétation au sein de la cave d’Aléria, les musées d’Aléria, de Bastia et de Mariana sans compter le musée de l’Alta Rocca, le projet Emporium (centre d’interprétation patrimonial du Cap corse) ou encore l’histoire illustrée à travers la restitution holographique et navigante de l’épave du Golu à Biguglia.

Autour des acteurs politiques et universitaires de l’île, les plus grands spécialistes de la civilisation étrusque étaient présents lors de ce séminaire stratégique comme Simona Rafanelli, la directrice du musée étrusque Isidoro Falchi de Vetulonia, l’étruscologue Dominique Briquel, Professeur honoraire Paris-Sorbonne, Raimondo Zucca, Professeur honoraire associé à l’université de Sassari et ancien conservateur de l’Antiquarium Arborense d’Oristano, Leonardo Bochicchio, Directeur des musées de la Maremme toscane, Valentino Nizzo, Professeur d’étruscologie à l’Université L’Orientale de Naples ou encore le directeur du musée archéologique de Florence, Daniele Maras : « Si nous voulons constituer un réseau, nous devons le faire aussi avec d’autres régions comme la Toscane. A nous d’imaginer des actions qui pourront être portées par des acteurs privés, par des Offices de Tourisme afin de faire la promotion de cet itinéraire ! » Et l’on commence ainsi à envisager, à tracer les lignes, à dessiner ce tourisme culturel si porteur : « C’est un potentiel énorme car c’est un tourisme sans souci de saisonnalité. Nous sommes sur une réflexion sur l’année. Le sujet est très important pour les professionnels de la médiation, les guides-conférenciers, les guides de montagne.» Et le sentiment d’être entendu, écouté, compris comme l’indique Anne-Laure Santucci, la maire de Luri : « Il y a un ensemble de faisceaux convergents pour faire renaître la civilisation étrusque ; les acteurs culturels, les acteurs de la formation sont rassemblés. Ensuite, il y a l’aspect essentiel du tourisme culturel et c’est pourquoi il est important d’avoir les exemples de nos voisins. »
Don Mathieu Santini, le directeur de la Fédération de Recherche Environnement Société de l’Université de Corse (FRES) est, de son côté, revenu sur les intérêts de ce séminaire stratégique : « Il a été nécessaire de rapprocher la recherche en sciences humaines et en sciences exactes, de penser par exemple un lien entre l’histoire et la chimie par le biais des plantes et des parfums, par le biais des ressources naturelles. Nous sommes partis de ce point de départ avec Jean. Ensuite, il y avait la dimension politique, nous avions besoin pour cette stratégie que la Collectivité de Corse soit associée au projet, que l’Agence du Tourisme travaille avec nous tout comme l’Université. C’est maintenant que tout commence. Il faut que cela vive. La CDC s’est rendue en Toscane et en Sardaigne pour des projets de coopération. Que peut-on y mettre si ce n’est du culturel ? L’avantage de ce projet est de réunir la question de la recherche à travers un potentiel énorme de sites à valoriser, la question de la formation et de la médiation. »
Gageons que la flamme continue d’être attisée pour garantir le fonctionnement de ce merveilleux projet d’itinéraire Corsica Etrusca. Cela reposera sur l’audace, la détermination, l’ambition d’accomplir une œuvre essentielle, indispensable dans une Corse qui ne doit pas perdre ses repères fondamentaux à l’heure où « l’ignorance » progresse, selon le mot de Don Mathieu Santini. Avec l’ardeur de l’humble laboureur à la tâche, Jean Castela nous incite à le rejoindre dans cette noble aventure. Non, l’histoire n’est pas qu’un simple fatras de manuscrits ou d’objets anciens, elle révèle ce que nous sommes. C’est peut-être pas mal de le savoir dans ces temps de noyade numérique et autres tsunamis tiktokiens.



