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Que vivent les Humanités !

Il y a des livres qui naissent d’une conférence et qui la dépassent. Que vivent les Humanités !
est de ceux-là. À l’origine, une adresse aux étudiants de L2 à l’Ircom d’Angers, refondue et
augmentée pour la publication. Le résultat est un essai bref, dense, qui se lit d’une traite et
dont les échos continuent longtemps après la dernière page.

Jean-Baptiste Noé part d’un paysage que nous connaissons bien — le golfe du Valinco, Campomoro, sa tour
génoise, le maquis au petit matin — pour poser une question apparemment simple : à quoi
servent les humanités ? La question est celle que posent les étudiants, les familles, les
conseillers d’orientation. La réponse de Jean-Baptiste Noé est radicale et sans concession : les
humanités ne servent pas à quelque chose ; elles servent à tout. Mieux : elles permettent de
vivre, au sens plein du terme. Sans elles, on se déplace, on consomme, on réagit. On ne vit
pas.
Le livre se déploie en trois mouvements — poésie, voyages, cité — qui sont autant de façons
d’approcher la même vérité. Les humanités sont d’abord un atelier, celui du poète au sens
étymologique : poiesis, la création. Elles sont ensuite une fontaine, une source qui ne s’épuise
pas, mais s’accroît au fur et à mesure qu’elle est donnée. Curieux trésor qui croît quand on le
partage et se dissout quand on le garde pour soi.
Ce qui frappe dans cet essai, c’est la liberté du ton. L’auteur convoque Cocteau et Rabelais,
Sénèque et Soljenitsyne, Baudelaire et Marc-Aurèle avec la même aisance naturelle, sans
jamais faire parade d’érudition. Il parle du veau d’or et du Minotaure, de Moïse brisant les
Tables et de Rostropovitch jouant Bach au pied du mur de Berlin. Ces rapprochements ne sont
pas des effets de style : ils portent une thèse. Les humanités sont précisément cette capacité à
mettre en relation, à voir les correspondances, à lire le monde comme on lit un paysage.
La Corse est présente tout au long du livre, non comme décor exotique mais comme horizon
de pensée. Le golfe de Valinco ouvre l’introduction, Sartène clôturent la conclusion. Entre les
deux, Campomoro, ses lézards ocelés, ses tours génoises, son sable de grès rose : autant de
signes à déchiffrer pour qui a des yeux pour voir. Le livre dit implicitement que la
Méditerranée est le berceau des humanités, que ses rives — grecques, romaines, chrétiennes
— ont tissé la culture dont nous vivons encore.
Jean-Baptiste Noé n’élude pas les questions difficiles. Il prend de front le reproche de
l’inutilité, le complexe d’infériorité des lettres face aux sciences dites dures, la tentation
structuraliste d’injecter des mathématiques partout pour paraitre sérieux. Sa réponse est
ferme : ce qui est scientifique, c’est ce qui repose sur le logos, la primauté de la raison sur le
sentiment. Et le logos, précisément, est le cœur des humanités. Cogito ergo sum contre je
ressens donc j’ai raison : voilà l’enjeu véritable.
Il y a dans ce livre une thèse politique, formulée sans détour. Les humanités sont le rempart de
la démocratie. Non parce qu’elles formeraient de bons citoyens au sens civique du terme, mais
parce qu’elles sont le seul antidote au conformisme intellectuel, à la démagogie sentimentale,
à l’esprit grégaire que Soljenitsyne diagnostiquait déjà à Harvard en 1978. Les « zombies
incultes » sont le danger maximal du suffrage universel. Une société qui détruit ses humanités
détruit sa cité. Le massacre de Katyn, où les communistes ont éliminé l’intelligentsia
polonaise pour tuer la nation, n’est pas une métaphore : c’est un programme.

Que vivent les Humanités ! est un livre qui ose dire des choses simples sur un ton direct, sans
la préciosité que ce genre d’essai génère souvent. Il s’adresse aux étudiants mais ne leur est
pas réservé. Il s’adresse à tous ceux qui se demandent pourquoi lire Cicéron ou Tocqueville
dans un monde de réseaux sociaux et d’algorithmes. La réponse de Jean-Baptiste Noé est
invariable et implacable : parce que sans cela, vous n’êtes pas tout à fait vivants.

Jean-Baptiste Noé, Que vivent les Humanités !, disponible sur Amazon et en librairie.

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