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La Galerie Residenza : féérie entre le pays imaginaire et le pays des merveilles

Avait-on besoin d’un mot, d’une parole pour comprendre le but, le dessein de Marie-Diane Leca ? Dans la littérature antique, elle serait Pénélope chez Homère ou plus proche de nous, Alice chez Lewis Carroll ou Wendy Darling chez J.M. Barrie… Une énergie qui rassemble. Tout naturellement, on retrouve ses valeurs dans la galerie d’art qu’elle vient de fonder… Un refuge, un repaire, un sanctuaire dédiée aux bonnes ondes : Residenza !

Il y a un petit côté « pirate », un regard écorché vif révélant en réalité beaucoup de tendresse chez Marie-Diane Leca. Originaire par sa famille de Guagno et de Renno, elle est capitaine d’un navire flamboyant, mystérieux, évanescent. La vie est un parcours et pas un fleuve tranquille. Son lit est sinueux, étroit, large. Héraclite, puis Platon : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » pour comprendre l’identité, la relativité, le temps qui change comme l’espace. Avec Marie-Diane, le chemin doit se remplir progressivement d’indices mais aussi de légèretés. Son histoire l’a conduit à créer cette galerie d’art. Residenza comme une envie de se fixer, de s’établir et de respirer. Avec la volonté évidente de parler des arts, de laisser s’écouler la fureur, la torpeur, l’obscurité pour laisser place à la lumière, à la bonté. Des tableaux, des images, des photographies, des sculptures mais aussi un lieu et des mots pour les exprimer ! La nécessité d’apporter un nouvel espace, une nouvelle géographie culturelle à Bastia. Mais pour en arriver à cette création, un récit fantasque, une image, une photo, un regard. Est-elle le résultat de son histoire où son existence propre ? Il faut se lancer dans une petite artère, entre le marché et le quai des Martyrs à Bastia pour tomber sur la Galerie Residenza de Marie-Diane. Une anomalie dans le paysage, quasiment une faute, une erreur pour beaucoup, la longue litanie de ceux qui ne font rien et qui ne pourront donc jamais se tromper. Pour d’autres, un acte d’amour, un lieu de culture né d’une décision incroyable pour sortir, disons-le sans fard, d’un faux-fuyant et de la tristesse de quelqu’un qui se mentirait à elle-même. Le vent doit balayer les mauvaises épreuves pour apporter un nouveau départ, un nouvel horizon. Et c’est un Phénix qui renait de ses cendres, la nouvelle ou disons l’authentique Marie-Diane, celle qu’elle a toujours été, s’est lancée pleinement dans cette entreprise artistique peu évidente aujourd’hui, la création d’une galerie dédiée aux arts. L’art pour s’émouvoir, pour vibrer, pour fleurir. L’art pour secourir des âmes brisées par le temps, les épreuves. Au commencement, un parcours classique, sûrement trop pour cette jeune fille toujours dans les nuages, qui aime rêver, Wendy Darling au pays imaginaire. Trop classique au point d’entrer dans le magma de la vie, où toutes les influences nous percent et nous transpercent sans y être vraiment préparé. Les « Enfants Perdus » de Peter Pan, adultes, sont-ils tous destinés à devenir des flibustiers ? Ces influences n’en sont que trop bien codifiées. Elles définissent un moule, une apparence, une vie insulaire bien trop surfaite, surannée qui est basée sur l’apparence des choses. Il faut du temps pour s’en extraire, des expériences, des rencontres : des bonnes bien sûr et des mauvaises aussi pour caractériser et bien définir les bonnes. La galerie Residenza n’est donc pas une simple galerie, elle aurait pu s’appeler Esistenza d’ailleurs. Marie-Diane aime, en réalité, les plaisirs simples, les choses simples. Elle est totalement plongée dans sa foi, sa foi en ses valeurs d’une Corse ancienne, traditionnelle, celle de ses grands-parents qu’elle chérissait plus que tout. Dans la tête de la jeune enfant, il faut tout explorer, la peinture, le jardinage, la poésie, le bricolage… C’est avec ses quatre grands-parents – la génération sacrifiée pour Marie-Diane – que la petite fille s’épanouit, se sent à la fois en sécurité et en liberté. Et puis il y a récits, les destins déjà écrits, la génétique de la vie. Et, il y a, ce qu’elle appelle « la case », l’obligation, à 20 ans, de ne pas échouer vis-à-vis du cercle familial, des proches, des amis : « Il faut être le bâtisseur, construire pour réussir, être celle qui permet de dépasser la génération des gens sacrifiés. » Alors Marie-Diane travaille : jobs d’été, responsable du centre culturel universitaire tout en achevant ses études de droit pour sortir major de sa promotion en 2003-2004. La vie s’enchaîne. L’amour, la naissance de son fils et puis professionnellement, un nouveau départ dans l’immobilier, entre Corte et Aleria. Des activités prospères pour une jeune femme dynamique, insérée dans le monde économique, une business woman en pleine ascension. Et sur ce parcours, des épreuves, des douleurs, des tragédies. Depuis l’Antiquité, la Méditerranée connait le sentiment du tragique.  Marie-Diane suit une piste qui semble erronée aux yeux de ses proches. En 2022, elle quitte son environnement cortenais pour retrouver Ajaccio : « Premier burn-out et c’est là où l’on se rend compte que j’ai un TDAH » Une hyperactivité qui la nourrit mais qui l’épuise en même temps.  Direction donc Bastia, pour un changement de vie en 2024. Entretemps, de nouveaux drames dans sa vie. Que faire ? Impossible de réagir, le corps lâche tout comme l’esprit : « Tout est parti en vrille. Je ne faisais que pleurer, je n’arrivais plus à parler ou à faire quelque chose.» Dans ce tunnel obscur, elle aperçoit une petite lueur, celle d’avoir en tête son projet d’une galerie : « La personne qui m’a décoré mon appartement m’a encouragé à faire quelque chose dans l’art et Residenza est partie de cette discussion malgré mon désespoir, mon état. Je devais me battre pour rester en vie, je n’avais pas le droit de songer au pire après le départ de deux de mes proches en 2025. »

Marie-Diane s’accroche, surmonte ses angoisses grâce à son projet artistique. Le 29 novembre 2025, la Galerie Residenza est inaugurée : « Les choses se sont bien remises, la galerie a déjà accueillie un grand nombre d’expositions, les artistes me contactent régulièrement pour être présent dans ces locaux. Je peux dire que je clôture le chapitre dans l’ancienne vie, le deuil de cette version qui n’est pas moi et la naissance de Marie-Diane. » Elle voit cette renaissance comme « un symptôme » : « C’est à la fois tout ce que la Corse ne doit plus être et tout ce qu’elle doit être à présent ! » Bienveillance, tolérance, paix : « Avec la galerie, je ne voulais plus vivre dans les attentes des autres. Quelqu’un m’a dit un jour une phrase qui ne m’a plus jamais quittée : « Tu es au bord de la falaise. Saute.»

Et courageusement, Marie-Diane a effectué ce saut avec la Galerie. Plus question d’être Icare par contre mais de veiller à ses ailes grâce à l’art : « Je collectionne depuis toujours. J’ai grandi avec cette fascination pour les œuvres qui racontent une histoire. L’art a toujours été mon refuge. Ma manière de comprendre les êtres humains. Et aujourd’hui, j’ai le privilège de collaborer avec des artistes talentueux qui choisissent de me faire confiance. »

Avec les artistes, Marie-Diane fonctionne au coup de cœur, à l’émotion, à l’énergie. Inutile de chercher à la convaincre, à la flatter, à la séduire, ce n’est pas le messager qui importe mais le message qui est transmis. Residenza lui apporte sa sérénité, son luxe : « Depuis l’ouverture de la galerie, j’ai vécu des instants d’une intensité que je n’aurais jamais imaginée. Des rencontres avec des artistes, des collectionneurs, des passionnés… parfois si fortes qu’elles m’ont donné le sentiment que lorsque l’on ose enfin emprunter son véritable chemin, la vie répond par des rencontres qui donnent du sens à chaque étape. »

GALERIE RESIDENZA

Adresse : 1 Rue Saint-Erasme, 20200 Bastia

Galerie Residenza – Galerie d’Art à Bastia

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