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Charlotte Paoli : la poésie des perspectives…

Crédits photo : Vincent Filippi

Charlotte Paoli est une amoureuse des belles choses, une amoureuse de Bastia. Elle en connaît les moindres artères, les plus petites ruelles. Les villes, dans leur ensemble, sont des contemplations, des périodes, des œuvres quasiment brutes qu’elle aime façonner sous son regard de peintre et de photographe. Timide et fragile, elle soumet ainsi la grandeur des édifices à sa vision… Etincelante.

Une ombre, un reflet, une façade, un angle, un rayon de soleil… la pierre, l’habitat, le théâtre des lumières, autant d’univers doctement appréhendés par Charlotte Paoli. Expert immobilier de profession, c’est l’artiste-peintre, la photographe que l’on découvre, que l’on examine dans ses explorations verticales, rectilignes qui posent des interrogations profondes. Qui sommes-nous ? Que cherchons-nous ? Où allons-nous ? Quelle est la part de l’homme, celle du divin ? Finalement, qui de la poule ou de l’œuf ? On écoute, on pose l’enregistrement et on laisse l’eau couler, les mots s’enchainer.  Elevé par des parents, vibrants admirateurs et passionnés d’art sous toutes ses formes et ses éclats les plus resplendissants, Charlotte a attendu patiemment avant de s’essayer à la photographie et à la peinture. Il y a un guide intuitif, un instinct à la fois naturel et objectif qui donne à chaque individu, un tracé, un chemin, un sillon à suivre. Il y a six ans, le déclic, l’envie de faire de la photographie : « Et de ces photos, de leurs tirages, j’ai, ensuite, voulu les peindre pour davantage d’émulation dans mon esprit. J’ai suivi des cours pendant une année au Centre Culturel Una Volta où à partir d’une photo, j’extrapolais et je peignais autour du cadre… » En dehors des marges et des frontières abruptes : « Je peignais une sorte de nouveau cadre avec de nouvelles limites… » Son style, son inspiration se puisent notamment dans les éléments architecturaux où elle y mêle ses goûts pour le surréalisme et la métaphysique.  La géométrie, chez Charlotte, est une ambition, une perspective. Et l’on songe à Platon et à son Académie : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » où il faut un regard juste, sain et pur pour comprendre les choses, comprendre le monde, les notions de vrai, de beau et de bien.

Depuis trois ans, elle a rajouté à son violon d’Ingres qu’est la photographie, la peinture où elle trace des parallèles, des lignes précises, où ombre et lumière tiennent des positons millimétrées. Au point que ses peintures sont des photographies et que ses photographies se transforment en peintures. Charlotte Paoli aime l’alchimie des contraires, des contrastes. Un voyage où il faut déchiffrer à la fois les hiéroglyphes, les figures allégoriques, le « Flos Florum », la fleur des fleurs sans être certain de parvenir un jour à l’explication. Le sel de la vie. La photographie et la peinture sont définitivement entrées dans la vie de Charlotte à un moment-charnière : « Vraiment au moment où pour la première fois, je me suis sentie totalement libre et cela passait forcément par l’art visuel. Alors, la photographie, tout d’abord, car c’est plus facile, on se balade avec son téléphone ou son appareil. C’était la première fois où je prenais le temps de déambuler, de m’arrêter, de cadrer… »   Portes, escaliers, lumière exquise, rasante, fuyante, ombres portées, Charlotte Paoli analyse l’espace-temps, des moments où elle peut rester des heures en poste, attendre l’instant T, la marque, la lumière parfaite qui viendra donner à son objet, à sa photographie, toute sa valeur dimensionnelle. C’est à l’intérieur de la ville qu’elle travaille ses œuvres qui deviennent de véritables palimpsestes architecturaux. La cité se dévoile et Bastia en particulier sous son regard, ses impressions, son imaginaire : « Les lignes droites d’une ville m’inspirent. J’aime observer ces lieux fréquentés quotidiennement et les regarder autrement. »

Son œil capte ainsi le silence, la chose figée, évidente mais invisible à nous-mêmes. Nous sommes donc bel et bien des habitants de la Caverne de Platon. Charlotte brouille les pistes :  « Pour une photo, je ne vais pas prendre un bâtiment en entier, je vais essayer de zoomer au maximum pour que l’on ne devine plus trop les lieux. Je veux que cela reste abstrait, que les gens puissent s’interroger. Je vais même utiliser un détail que je vais détourner de façon à déstabiliser les choses. »  En 2025, elle obtient le premier prix lors de la première édition du salon de l’art actuel à Bastia. Une récompense d’autant plus grande qu’elle fut décernée par le public. Après une récente exposition de ses œuvres à la Galerie Noir et Blanc, Charlotte prévoit de se remettre à la création de nouvelles œuvres : « Je vais m’atteler à prendre de nouvelles photos en attendant d’avoir davantage de temps à consacrer pour la peinture. Dès que j’aurai un stock suffisant de photos, il me sera plus facile de choisir celles que je vais peindre par exemple. »

Alors, il y a, bien sûr, des allusions, des influences, des repères, des modèles comme Giorgio de Chirico, Fernande Botero qu’elle avait rencontrée lors d’une exposition mais il y a surtout une propre vision de la matière, du reflet, de la ligne de fuite et donc des seuils à explorer. Charlotte pense l’espace urbain comme un songe, une couleur ou plutôt des couleurs qui s’adaptent aux saisons. Il y a un parfum nostalgique, un amour de ce qui n’est déjà plus, un souvenir des choses vécues à travers des jeux de lumière qui rappellent des souvenirs de l’enfance. Est-on à Bastia ou dans une autre ville ? L’autre ville n’est-elle pas Bastia ? La photographie et la peinture sont des architectures du doute. « Tempus fugit », le temps fuit ou « Genius loci », l’esprit du lieu, voici la charpente des œuvres de Charlotte.

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