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Pause théâtrale

Sur la route vers le Sud, la Méditerranée et puis la Corse, arrêtons-nous à la première gare desservie par le Paris-Marseille : Avignon … ancienne Cité des Papes transformée chaque été, depuis 80 ans, en Cité des Comédiens, le temps du très fameux festival de théâtre !

Passons les remparts de la ville et entrons dans un tourbillon de pièces …Partout des affiches accrochées, là, sur les lampadaires, là, sur des fils suspendus aux murs, agrafées à chaque grille et sur le mobilier urbain disponible. Elles attirent l’œil. A chaque coin de rue, des comédiens nous alpaguent – en civil ou en costume -. A peine sommes-nous assis à un café qu’ils viennent déposer dans notre main un flyer, comme une invitation, un rendez-vous donné.
C’est son titre ou son image qui me captent d’abord. Alors si l’image est générée par l’IA, non merci ! Quelques mots suffisent pour attiser mon envie de répondre à leur sollicitation. On se jette à l’eau et on tente… « Nuits blanches », une adaptation de la nouvelle de Dostoïevski. Le dialogue d’un Rêveur et d’une jeune fille tourmentée par un chagrin d’amour dans les nuits courtes de juin à Saint-Pétersbourg.
« Le Schpountz », une mise à la scène du film de Marcel Pagnol. Un drôle d’être que j’y ai découvert…un Provençal avide de cinéma et convaincu qu’il deviendra une vedette en suivant à la Capitale une bande de cinéastes sans scrupule.
Deux excellentes pièces !

En Avignon, deux programmations sont proposées aux nombreux festivaliers : Le « IN » qui bénéficie des subventions publiques et des plus beaux lieux de la ville. Le plus prestigieux étant la Cour du Palais des Papes.
Le « OFF » qui rameute tant de troupes privées de France, de Belgique et d’ailleurs. Elles espèrent avec leurs créations taper dans l’œil d’un critique et d’un producteur. Celui qui leur donnera leur chance de se représenter dans telle ou telle ville pendant l’année. Avignon est un marché…mais il n’y a pas deux pièces pareilles. La norme ici est à l’hétéroclisme.
Ce qui m’a fait venir au festival fut (et reste) le OFF car l’offre y est plus riche (plus de 1 700 pièces), diverse et moins convenue. Certaines pièces du IN sont touchantes, bien jouées, voire impressionnantes et font réfléchir. « Hécube pas Hécube » de Tiago Rodrigues portée en 2024 par la troupe de la Comédie française dans la Carrière de Boulbon. Elle mêle la tragédie antique d’Euripide que la troupe répète à un drame contemporain porté par une mère, l’une des comédiennes, réclamant justice pour son fils autiste victime de maltraitance.
D’autres créations usent la patience du public (30 minutes à regarder le public volontaire faire la queue et se faire peser sur scène…), veulent choquer des esprits souvent déjà acquis pour dénoncer les discriminations ou ce qui est désigné comme du fascisme, montrent en abondance corps nues et bassesses de l’être humain, développent un discours militant très souvent entendu…Ici tout est permis ! Chacun pourra se faire son opinion.


De mon côté, j’ai préféré découvrir dans le OFF, le portrait d’une femme journaliste ayant traversé le XIX e siècle et rencontré ses grandes figures, indépendante et ayant obtenu le premier divorce (« Olympe Audouard, première femme journaliste ») ; la visite du diable Woland dans la capitale soviétique rencontrant un écrivain persécuté que son amour recherche et dont l’histoire de Ponce Pilate face au prisonnier Iéchoua hante la cellule psychiatrique (« Le Maître et Marguerite ») ; ou encore imaginer en remède à la crise économique, l’instauration d’une cinquième semaine de travail par mois et la traque aux chômeurs devenus illégaux (« Mardi 33
janvier ») ; ou encore encore la visite d’un jeune inconnu ibérique dans l’auberge ardennaise d’un père tranquille qui va dévoiler le passé insoupçonné de ce dernier à sa fille (« L’Auberge du Père Tranquille »)… et tant d’autres découvertes encore.
C’est beau de voir tant de personnes réunies par le goût des histoires, de l’imagination. Nous nous croisons déambulant de pièces en pièces dans les rues courbes de la ville, la tête un peu ailleurs, débriefant avec nos compagnons de l’expérience vécue… Nous avançons dans la journée, l’esprit de plus en plus ivre de voyages en terrain de fiction. Ayant passé le jour à l’école des artistes, nous nous prenons à mieux parler comme eux, à vouloir mieux dire, mieux projeter nos mots.
Nous grouillons à l’intérieur de plus d’idées, de réparties et d’images fortes de mises en scène.
Quand le soir s’étend sur la ville aux plus de cent théâtres, les derniers spectacles finissent tard, la chaleur retombe un peu et le vent s’engouffre dans les rues sinueuses pour nous rafraîchir. Il élève vers le ciel étoilé les mots entendus, les petits et grands personnages rencontrés, les multiples vies traversées, les voyages faits depuis un siège de théâtre. On rentre alors chez soi par la rue du Rêve sans même avoir fermé les yeux !

Victoire BORTOLI

Suggestions de pièces pour l’édition 2026 :

  • « Nuits blanches » de Dostoïevski, mis en scène de Ronan Rivière au théâtre
    du Petit Louvre
  • « Le Schpountz » de Marcel Pagnol, mis en scène par Arthur Cachia et
    Delphine Depardieu au théâtre du Petit Louvre
  • « Olympe Audouard, première femme journaliste » de François de Mazières,
    mis en scène par Martin Loizillon au théâtre du Petit Louvre
  • « Le Maître et Marguerite » de Boulgakov, mis en scène par Benjamin Bouzy
    et Vincent Marguet à La Factory
  • « Mardi 33 janvier » de Jules Neyvoz, mis en scène par Flavien Motte au
    Théâtre de l’Ange
  • « L’Auberge du Père Tranquille » de Philippe Karelle, mis en scène par
    Nicolas Rigas aux Luna Théâtres

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