Du 20 au 27 juillet, c’est à Patrimonio qui’il faudra être chaque soir pour profiter d’un bon dîner, se délecter d’un bon vin et rendre hommage à la musique, la vraie, celle qui fait briller, celle qui apporte des couleurs, de la luminosité dans ce vaste écrin clair-obscur qu’est le théâtre de verdure.

Sept nuits enflammées pour un récital devenu traditionnel. En arrivant sur les lieux, les cigales sont déjà en concert, le soleil tend à se coucher, on guette la nuit. On attend, les lueurs se font moins fortes, l’atmosphère est idéal, le « Ciocciu » prévient de son arrivée comme un hommage à Athéna. Une « captatio benevolontiae » nécessaire et extrême par la qualité des invités, tous musiciens hors pair, souvent stratosphériques. Car l’équipe de Jean-Bernard Gilormini nous a habitués au mieux et au beau pendant ces 35 dernières années. Tout l’art réside dans sa difficulté, celle de faire du beau. Le moche est, par essence, des plus faciles à réaliser. Il y a, donc, pour cette nouvelle édition, un nouveau défi, un nouveau pari, une ambition de proposer, dans un cadre toujours plus contraignant ces « Nuits de la Guitare » qui, est, dans le top 5 des derniers événements culturels puisant leurs sources au XXe Siècle ! « C ’est la préhistoire » diront ironiquement les jeunes qui pensent savoir alors qu’ils ne savent rien. Jean Gabin le répétait souvent. Et ce n’est pas l’IA qui leur viendra en aide. Non, les Nuits de la Guitare sont un merveilleux legs, celui des passionnés, des bénévoles autour de Jean-Bernard Gilormini qui nous encourage encore et encore à nous enthousiasmer, à découvrir, à sortir, à échanger. Oui, il a probablement raison quand il dit : « Un Satriani ne ferait plus venir personne malheureusement à Patrimonio de nos jours… Aujourd’hui je n’y crois plus. A l’époque, cela avait été un événement incroyable tout comme le concert d’Al di Meola…». Et dans les propos, le signe d’une évidence, douloureuse à entendre. Quel est le sort de la culture en Corse dans une île où la jeunesse ne s’émeut plus ? Alors, il faut continuer. Lors de la conférence de presse, anciens et nouveaux bénévoles forment ainsi une « garde » incroyable, resserrée autour d’une belle idée, celle de faire briller les étoiles grâce à la guitare, grâce à la musique.

Mais le plus important… parlons du programme : il est un concentré de belles promesses, de talents en éclosion, bien enveloppés par de très grands noms. Cette année ? Yamandu Costa, Calogero, Benjamin Biolay, Superbus, la nuit des étoiles avec Tommy Emmanuel, Bireli Lagrène, Matteo Mancuso, Joscho Stephan, Fanou Torracinta et William Brunard, John Butler, Julian Marley, Yarol Poupaud ou encore Feu ! Chatterton… Et bien d’autres, et tant d’autres. Jean-Bernard Gilormini a la prestance charismatique et naturelle, de celui que l’on écoute : « Quand on parle de la magie de Patrimonio, il y a le cadre, la luminosité particulière mais aussi le public qui est très attentif et très enthousiaste lors des concerts . » L’équipe, la garde rapprochée, fidèle au poste, avec ses anciens mais aussi ses nouvelles têtes mobilisées pour la pérennité de ce festival, fruit d’une Corse qui a su s’ouvrir et conquérir les cœurs. Contrairement aux thèses que l’on peut lire aujourd’hui, aux commentaires nauséeux : « Certains se répandent sur les réseaux sociaux en méchanceté en écrivant : « Patrimonio, ex-festival de guitare » Quel manque de culture ! » Alors pour les rassurer du contraire, le fondateur des « Nuits » l’assure : « On va prendre notre pied lors de cette prochaine édition, cela va être incroyable ! » Et heureusement la grande majorité des gens en reste des plus convaincues !

Le pilier des festivals en Corse
C’est une légende, un rêve de gosse. Les Nuits de la Guitare s’inscrivent dans un paradis culturel que les américains pourraient traduire comme un « Hall of Fame » un temple de la renommée, un Panthéon, un livre d’or des événements qui ont bercé nos histoires, nos aventures avec Les Musicales de Bastia, l’ancien Festival de Jazz de Calvi (qui va renaître de ses cendres tel le Phénix), Porto Latino, Les Rencontres du Cinéma Italien de Bastia. Il y avait de l’idée, beaucoup d’audace à essayer de se faire plaisir en proposant des choses qui ouvrent la Corse à l’extérieur et la plonge dans un certain magma, un bouillon de culture pour paraphraser Bernard Pivot.

On médite, on s’arrête, on regarde cette couleur rougeâtre, en même temps que s’accentue le contraste du bleu signifiant l’entrée dans la nuit. On prend le temps d’observer le village de Patrimonio, son église Saint Martin, sa douceur, ses paysages, ses falaises calcaires, son vignoble. On s’interpelle, on goûte au romanesque. On se souvient le parfum, les odeurs culinaires, les beignets de brocciu à la menthe, la puissance de la musique : Toto, Jean-Louis Aubert, George Benson, Bjørn Berge, Louis Bertignac, Steve Lukather, Francis Cabrel, Joe Cocker, Deep Purple, Tom Jones, Patti Smith ou encore Zucchero. Des étoiles parmi les étoiles, pour des nuits à la fois éphémères et éternelles puisque l’on continuer d’en profiter !

Renseignements : www.festival-guitare-patrimonio.com
Tél : 04 95 37 12 15P



