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Polémique autour de la nouvelle « Luce » de Ferrari

La présentation de la nouvelle Ferrari, la « Luce », un véhicule électrique dont le prix est affiché à 640 000 dollars suscite une véritable polémique auprès des experts et professionnels de l’automobile mais aussi des passionnés de la célèbre marque automobile créée par Enzo Ferrari. Le design et l’absence de son constituent les principales critiques contre ce nouveau modèle, très éloigné des codes et des standards de la marque.

La Corse est incontestablement une terre où l’automobile est reine. Il y a d’abord, ce sens du sacré, cette mémoire collective encore vive du Rallye du Tour de Corse, qui fut pendant longtemps, l’une des plus prestigieuses épreuves du championnat du monde. Il y a, aussi, cette obligation, cette nécessité de rouler, de conduire dans cette ruralité profonde où les transports en commun et le vélo n’ont point de possibilité, pour le moment, de se développer. Et puis, il y a la fascination pour la voiture, pour la « machina » comme le disent les italiens. Enzo Ferrari estimait que l’automobile était « le triomphe de la liberté pour l’homme. » On ne pourrait lui donner tort. Un formidable moyen pour s’épanouir, découvrir, aller plus loin, connaitre et arpenter de nouveaux lieux, de nouvelles choses. Il n’y a pas plus belle idée d’ailleurs. Evidemment, la démocratisation de la « voiture » et l’émergence de nouveaux pays industrialisés entraînent « mécaniquement » une augmentation de la pollution. Par contre, faut-il toucher à cette grande marque iconique d’un certain savoir-faire, ayant choisi l’élégance et le beau comme matières premières tout en faisant du son, le point final, le détail supplémentaire, la touche en plus de chacun de ses modèles ? Notre histoire s’entremêle avec celle de Ferrari. Malgré sa dimension luxueuse à travers des prix inaccessibles pour la grande majorité d’entre nous, la Ferrari reste populaire par sa classe, son prestige, ses formes, son rouge vif et éclatant. Et ils sont même nombreux dans le monde à lui vouer un culte fervent comme à Bastia, avec l’existence d’un Club Scuderia Ferrari depuis de nombreuses années.

Lorsque l’on songe à Ferrari, il y a des images, des scènes qui se bousculent dans les esprits : Tom Selleck alias Thomas Magnum et cette fameuse Ferrari 308 notamment.

Tout dérape pourtant avec la présentation de la « Luce », le premier saut de la luxueuse firme italienne vers l’électrique. Le prix reste digne d’un modèle Ferrari : 640 000 dollars pour une identité perdue. Pas de bol pour les designers ! Quand on touche à Ferrari, on est dans une certaine idée du conservatisme, de la préservation, de la tradition. Comment dégrader l’image d’une marque et ses 79 ans d’histoire si ce n’est avec la présentation de cette berline électrique peu séduisante, à l’habitacle dépourvu de boutons, aux couleurs impersonnelles… Le premier jour de sa promotion, la Luce a fait l’objet sur le compte Instagram de Ferrari de plus de 1500 commentaires négatifs avec comme message premier : « Enzo Ferrari se retourne dans sa tombe. »

Derrière le sentiment de trahison des puristes, l’inquiétude économique avec un modèle qui pourrait devenir le plus grand fiasco de la marque depuis sa création. En bourse, l’action continue de dégringoler : -8% à Milan et -5% à New York.

Alors pourquoi cette compromission ? La réponse se trouve au niveau politique et plus précisément avec la Directive européenne qui demandait aux marques automobiles une transition totale vers l’électrique d’ici 2035. Si la Directive a été récemment assoupli, Ferrari avait déjà développé son propre véhicule destiné aux marchés européens et chinois. En Chine, l’électrique est en train de s’imposer fortement. Un véhicule thermique est désormais imposé par de lourdes taxes écologiques et des pénalités, un véritable signal politique adressé par le régime de Pékin à sa population. Pour Ferrari, une perte colossale puisqu’elle exporte et vend 12% de sa production en Chine. La « Luce » est ainsi destinée à satisfaire cette exigence.

La « Luce » est donc une Ferrari de concession, de concession à une époque de fortes tensions géopolitiques et de bon comportement sociétal. Mais elle est aussi une carte d’accès au club, un modèle « relationship piece » qu’il faudra acheter si l’on veut entretenir une bonne relation avec la marque et rester éligible aux futurs modèles d’exception. Cette stratégie avait été mise en place par Luca di Montezemolo, évitant à la marque une faillite annoncée dans les années 90. L’ancien homme fort de la Scuderia n’est pas avare de critiques vis-à-vis de la « Luce » d’ailleurs : « Si je disais réellement ce que je pense, je rendrais un mauvais service à Ferrari. Nous risquons de détruire une légende, et cela me peine profondément. J’espère au moins qu’ils retireront le cheval cabré de cette voiture. »

Le sentiment est partagé par l’ensemble des admirateurs de vouloir retrouver une Ferrari bruyante, provocante pour éveiller la fureur, la fougue et la passion. Le beau est décidément politique !

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