Il a quitté sa Toscane et sa ville natale de Florence en 1963 pour rejoindre Paris sans connaitre un mot de Français. Oswaldo Giacomelli est un artiste, un musicien qui guérit les âmes. A L’Ile-Rousse et à Santa Reparata où il réside, on apprécie sa bienveillance, son style mais bien plus encore son amitié.
Les Grecs anciens soulignaient l’importance de la « philia », une notion qui englobait l’amitié, l’éducation, la philosophie dans son acceptation la plus large. Elle sied parfaitement à la personnalité d’Oswaldo Giacomelli. 83 ans, la bonne humeur incarnée, le caractère que l’on aime, il déambule passionnément dans L’Ile-Rousse avec l’assurance du latin-lover. On l’alpague tous les dix mètres car il en a vu des générations de Balanins, certains ont suivi ses cours de chant et de guitare, d’autres ont participé à ses soirées musicales, aux représentations données chez les frères Raffo. Les souvenirs sont toujours vifs, vibrants. Ils composent une ode, une ode à la joie, une ode à la vie. Oswaldo est un passeur, quelqu’un qui transmet sa culture, son goût pour les arts. C’est un prince toscan, une noblesse d’âme, celle qui élève, celle de « l’air des cimes » chère au Général de Gaulle. Oui, le Général de Gaulle car c’est sous sa présidence qu’Oswaldo, à peine âgé de 19 ans, pose ses valises à Paris. Ce Paris des Yé-Yé, des soirées folles. Alors bien sûr, les premiers mois ne sont pas simples : « Heureusement, j’avais des oncles et des cousins qui étaient déjà à Paris. Tous les trois mois, on devait renouveler les visas, ce n’était pas comme l’Europe d’aujourd’hui. J’ai commencé à faire des répétitions dans un petit groupe pour faire de la variété italienne mais aussi des morceaux un peu jazzy. On se produisait dans des salles réservées notamment par des comités d’entreprise. »

En 1965, rejoint la célèbre maison de disques Philips Records comme accompagnateur dans une école de chant située Rue du Colysée : « Cette école était patronnée par la maison Philips qui envoyait ses artistes pour répéter, pour travailler. On faisait des vocalises et l’on apprenait aussi à des élèves qui voulait débuter dans la chanson. Mais parmi les grandes vedettes, il y avait Hervé Vilard, Alain Barrière, les Yé-Yé » de nombreux chanteurs et chanteuses qui ont façonné le paysage musical et exprimé le désir d’une jeunesse française mais aussi européenne de se libérer, de penser les choses autrement, une vingtaine d’années seulement après la tragédie de la Seconde Guerre Mondiale. Le jeune Oswaldo poursuit son chemin et rencontre, en 1968, les frères Raffo d’Ile-Rousse, Marius, André et Michel : « Ils étaient venus à Paris pour chercher un orchestre italien pour animer des soirées dans leur établissement qui s’appelait « La Lanterne ». Ce fut mon premier contact avec la Corse. » De juin à septembre 1968, Oswaldo découvre la beauté de la cité Paoline. Le coup de foudre est immédiat même si la saison passe trop vite et qu’il faut retourner à Paris pour assurer l’ordinaire : « Je voulais déjà m’y installer mais cela n’était pas possible professionnellement. Nous sommes toutefois revenus avec l’orchestre pour l’été 1969 et le suivant. »

A partir de 1975, Oswaldo est sollicité pour enregistrer ses musiques : « Toujours chez la Maison Philips qui me permet de sortir un premier 45 tours en 1977. Il y avait deux titres : « Moitié femme, moitié enfant » et « Libre, tu es libre ». Je rentre ensuite chez Barclay comme directeur artistique pour l’adaptation en italien. J’ai eu la chance et le privilège de diriger Léo Ferré, Brigitte Bardot, Michel Delpech… Il s’agissait pour tous les chanteurs à succès de réinterpréter leurs tubes en italien. Je devais leur apprendre la prononciation. Entendre Léo Ferré chanter « C’est extra » en italien était fabuleux. » Et Bardot, bien sûr, impressionnante de beauté et de naturel : « C’était magique, elle était d’une profonde gentillesse. Elle avait une autorité naturelle comme Delpech d’ailleurs. » Continuant la scène, les représentations, Oswaldo va faire la connaissance de Laurent Rossi, fils du grand Tino : « Laurent Rossi et Claude Morgan avaient besoin d’un orchestre pour enregistrer un titre dont personne ne voulait à l’époque. Cela s’appelait « El Bimbo ». Laurent Rossi est parvenu à convaincre Pathé Marconi de produire le titre et le succès fut retentissant. » Avec le groupe Bimbo Jet, Oswaldo se produit dans toute la France pour des galas mais aussi dans les émissions télévisées de l’époque, chez Danièle Gilbert ou chez Guy Lux. Mais bien plus encore, c’est dans ce groupe qu’Oswaldo rencontrera l’amour de sa vie, son épouse : « C’était la seule danseuse du Bimbo que je n’avais pas branchée et en fin de compte, nous nous sommes mariés et nous avons eu deux enfants. » dit-il avec tendresse sans oublier sa première fille née d’une précédente relation : « J’ai trois filles et huit petits-enfants « nous confie-t-il avec fierté, assurément la plus belles des mélodies d’Oswaldo.

Dans les années 80, la scène, toujours la scène mais pour des soirées privées en région parisienne : « Pendant une décennie, nous faisions entre dix et quinze galas par mois. En 1981, je suis revenu en Corse, j’étais déjà revenu en 1975 pour acheter un petit studio à L’Ile-Rousse. Je faisais des soirées en Balagne mais aussi à Bastia. » Le temps du partage, de la joie de vivre, d’une véritable insouciance aussi qui se lit encore aujourd’hui dans ses yeux. L’installation n’est pas encore définitive, Oswaldo travaille encore à Paris en créant un groupe composé d’une guitare et de deux mandolines : « Pendant quatre ans, nous avons travaillé au Fouquet’s pour les soirées des Molières et des Césars du Cinéma. Je connaissais Dominique Desseigne du Casino Barrière, c’est lui qui m’a fait entrer dans ce circuit de soirées privées des personnalités. J’ai pu faire la connaissance d’Alain Delon, Jane Birkin, Nathalie Baye, Monica Bellucci, Jean Reno, Daniel Auteuil… » Et pour notre Latin-lover, de très belles rencontres, de beaux liens tissés sur le long terme avec la magnifique Cyrielle Clair, avec Johnny Halliday ou encore avec Catherine Bouygues : « C’est Catherine qui m’invite à Porto Cervo pour son anniversaire. Nous avons passé des moments extraordinaires. C’est une époque joyeuse, il n’y avait pas tous ces problèmes politiques, économiques. » Et puis évidemment les rencontres balanines ; Michel Mallory, Michel Fugain, Jacques Dutronc : « Ils venaient à la Lanterne. »

Aujourd’hui, Oswaldo continuer d’animer des soirées tout en dispensant son savoir auprès des jeunes mais aussi de séniors souhaitant faire de la musique et du chant : « Depuis les années 2000, je donne des cours de guitare et de chant au sein d’une école que j’ai créée à L’Ile-Rousse. Il y a beaucoup de jeunes mais aussi des adultes qui veulent prendre du plaisir. J’ai une équipe actuellement dont la moyenne d’âge est de 70 ans, je les ai surnommé : « Les bras cassés » ! Un titre qui évoque les années bonheur, les Yé-Yé et cela fait beaucoup de bien !




