De son atelier à Biguglia, la vue est propice à l’émerveillement. De sa fenêtre, le panorama s’ouvre sur la plaine de la Marana, l’étang, Bastia au nord, la Casinca au sud, et en arrière-plan, la mer, la Méditerranée, douce, limpide, profonde et envoûtante. La sculpture et la peinture sont, pour Sylvie Antoniotti, des passions curieuses, intrigantes qui nourrissent son esprit. Le vernissage de son exposition « Empreinte Originelle » aura lieu le 18 juin à partir de 18 h, à la Galerie Residenza, à Bastia. Un « appel » à ne pas manquer !
D’emblée, dans cette maison de famille, le respect des traditions familiales, la légèreté, la clarté d’un cadre de vie qui vient révéler la bienveillance d’une personnalité atypique, cultivant et semant du bonheur. Comme ses sculptures, Sylvie est une matière lisse, posée, raffinée et poncée par les poèmes de la vie. La tendre maman est un volcan de beauté, un torrent d’émotions. Féline, protectrice, solaire, Sylvie Antoniotti pose son imagination sur le monde, l’existence, la nature, l’identité. Alors, il y a sa grande passion, son interrogation sur ce berceau de l’humanité qu’est l’Afrique. C’est sa trajectoire, sa course, son essence, son carburant. Il y aurait probablement du Tintin, du Philéas Fogg, du Hergé et du Jules Verne, chez elle. Elle aime la débrouille, le bricolage. Toute petite déjà, il lui fallait toucher à tout, explorer… Faire grandir son imaginaire. Le chemin vers les arts. Mais quelle piste emprunter ? Elle songe au bois, à l’ébénisterie mais véritable « Gaston Lagaffe », Sylvie jouera la carte de la prudence. Pourtant, c’est chez un artisan du bois que se produit le déclic, l’étincelle : « Il y avait un peu l’argile et j’ai commencé à dessiner un visage. » En rentrant à la maison, Hanaé, sa jeune fille l’interpelle : « Mais maman, tu as recréé le visage de Calvin », son fils aîné. Un mélange d’instinct et de subconscient maternels. La sculpture devient une évidence et très vite, un besoin. C’est l’arme d’une poétesse en action. Sylvie effleure le monde. Méticuleuse, elle se rend à Florence, se forme au sein de l’Academia Leonardo da Vinci: « Je rencontre à Florence, Alessandro Bandini qui est sculpteur sur marbre. Le marbre est quelque chose d’extraordinaire. »

Mais pour le moment, Sylvie reste concentrée sur le travail artistique de l’argile et de matériaux secrets comme une alchimiste de la Renaissance. Secret de l’âme ? Assurément en guise d’initiales évasives. Comme pour ses œuvres : « Je n’ai pas de sujet précis quand je commence à sculpter. » Sylvie laisse libre cours à son imagination. Dotée de paréidolie, elle voit ainsi des visages, des formes dans chaque chose qui croise son regard. Et souvent, comme tout esprit rêveur, le sentiment d’être dans la lune, d’être perchée dans son univers. Quel délice ! A partir de la matière, Sylvie donne finalement forme à ses propres émotions : « Une fois que l’idée apparait, j’accentue ma forme et mon personnage apparaît. C’est mon inconscient qui travaille. » Un inconscient qui révèle bien des surprises comme pour ce magnifique thème d’Adam et Eve, deux statues d’une vérité criante aux détails insoupçonnés. On entre ainsi progressivement dans ce monde merveilleux de connaissances qui se mêle avec le parcours personnel, la vie intime. L’imaginaire lui édicte la marche à suivre, le rythme à respecter, le ton à employer. « Empreinte Originelle », son exposition qu’elle présentera à la galerie Residenza à partir du 18 juin, retrace ainsi ses convictions par un retour aux sources : « L’exposition est née à partir d’une réflexion sur la mémoire, nos origines et ce que nous faisons de cet héritage collectif. J’ai voulu faire dialoguer différentes cultures ancestrales, réveiller des présences oubliées et redonner une voix symbolique à ceux qui ont participé à construire notre humanité. Ces figures incarnent une mémoire, un rapport plus instinctif à la terre, à la nature, au sacré, à la transmission et à la curiosité du monde. Que reste-t-il de cette richesse aujourd’hui ? »

Des sculptures mais aussi des tableaux qui ont pour métaphores des livres d’histoire, des manuels de géographie mais aussi de précieux textes religieux. Avec une question : Pourquoi ? Pourquoi l’existence, pourquoi cette création unique ? De Lucia en référence à la découverte de la première femme australopithèque en 1974 par le professeur Coppens à Enheduanna, princesse et prêtresse sumérienne, première autrice de l’histoire, de Ligati à Mater Dei qui rend hommage à la Vierge à l’enfant, Sylvie tente des approches nouvelles. Elle a cette tendance à partir dans tous les sens en sachant très bien à l’arrivée que tout sera relié, que chaque pièce pourra s’imbriquer l’une avec l’autre. Druidesse dans l’âme, gardienne du temple, maman protectrice, l’artiste fait passer ses messages, de cette nécessité de nous connecter à notre monde dans une époque folle d’hyperconsommation, d’irrespect et de marche en avant irrémédiable vers un certain chaos : « Je veux inviter chacun à se reconnecter à des choses essentielles, notre mémoire commune, notre humanité et ce besoin profond de sens. » Des interrogations sur la nécessaire conservation des choses. Grâce au rêve, à l’inconscient, à l’imaginaire, qui, par essence, n’ont aucune limite, l’artiste fixe un cadre et des frontières naturelles d’autorité, de respect, de tolérance. Se respecter pour in fine, apprécier davantage notre passage sur terre : « C’est un paradoxe. La vie est courte, nous ne sommes rien mais tout à la fois. Nous sommes précieux et la terre l’est tout autant. Je reste une grande naïve, il faut être solidaire, supprimer la jalousie et la méchanceté. Je suis une utopiste, j’en suis consciente mais je m’entoure volontairement de personnes bienveillantes. Je suis très reconnaissante de la vie. » Et revenir à l’essentiel, profiter des savoirs, des codes du passé, des traditions. Secrètement, l’âme de Sylvie se dévoile davantage !
Galerie Residenza – Empreinte Originelle
Sylvie Antoniotti –Vernissage le 18 juin à Bastia
Renseignements : https://galerieresidenza.com/



