Et si l’on reliait la Toscane, la Ligurie ou Rome très rapidement par la voie maritime ? A l’origine de la création de la compagnie, le jeune Vincent Lucchini a fait l’acquisition d’un navire à foils d’une longueur de 32 mètres permettant de transporter 220 passagers. A partir de cet été, Cors’Express ouvrira un nouveau chapitre dans l’histoire du trafic maritime entre la Corse et l’Italie.
Passionné par le grand large depuis son enfance, rien ne prédestinait pourtant à voir Vincent Lucchini emprunter un parcours d’armateur. Architecte, il a rejoint le cabinet familial après un séjour de plusieurs mois chez les Helvètes. Et puis, d’un coup, la révélation lors d’un voyage à Naples. Alors qu’il découvre, à bord d’un navire à foils, la rapidité des trajets entre la Péninsule et ses îles, l’idée commence à trotter dans son esprit. Et pourquoi pas ? Pourquoi, en effet, ne pas lancer sa propre compagnie maritime et ainsi renouer avec une certaine tradition maritime bastiaise ? Pourquoi ne pas s’immiscer dans les pas de pionniers comme Jean-Joseph Valéry et Pascal Lota, s’inspirer du parcours de Fabien Paoli ou encore succéder à Pierre Mattei ? Tout ceci est bel et bien une affaire maritime, non pas au sens établi du terme, mais un courant, une voie, un canal de navigation que son auteur veut nous faire emprunter. Pour paraphraser Charles de Gaulle, le jeune Vincent a une certaine idée de la mer. Il l’a observé minutieusement, attentivement avant de prendre sa décision, avant de commencer de lourdes et fastidieuses démarches. Tout seul surtout ! Même s’il a bénéficié du soutien réconfortant de ses parents et de ses amis, imposer une vision, un projet et surtout passer aux actes quand il s’agit de créer une compagnie maritime tiendrait de la prouesse surnaturelle. On s’étonne et on se prend de passion pour cette aventure saisissante vécue par lui comme un mythe homérique. Après tout, Victor Bérard, en 1924, a souligné que « L’Odyssée » d’Homère était également un traité de navigation phénicien, en définissant une cartographie précise des lieux visités par Ulysse. Et c’est sur cette mer orientale, face à l’Ile d’Elbe et à Monte Cristo, qui agite notre passé que Cors’Express voudra nous entrainer. Elle a un pouvoir attractif et pour les Corses, derrière, l’idée de se déconfiner. Il faut, bien sûr, l’âme d’un marin et d’un poète pour comprendre le bleu et se laisser transporter par le voyage, par des destinations voisines mais que nous connaissons finalement trop peu. Dans l’idée de Vincent, au départ, la possibilité d’effectuer des rotations entre Bastia et Nice. Les délais de traitement administratifs étant ce qu’ils sont, le Bastiais a donc envisagé l’Italie, pour ne pas attendre plus longtemps ; Rome, Gênes, Livourne à bord d’un navire à foils de 32 mètres ! Il n’en faut pas plus pour larguer les amarres : « Le navire peut accueillir 220 passagers, 8 membres d’équipage. Sa vitesse oscille entre 33 et 38 nœuds, nous serons plutôt entre 33 et 35 nœuds. Nous démarrons avec 16 emplois. Certains marins devront être Italiens car nous allons démarrer sous pavillon italien. Mais l’idée est d’avoir le maximum de matelots insulaires afin de faciliter la logistique d’hébergement puis de préparer la transition vers le pavillon français. Cela pourra séduire des Corses qui sortent du lycée maritime ou qui sont déjà dans des compagnies dans le monde entier et qui souhaitent revenir dans l’île. » comme l’indique Vincent.

L’intérêt économique est évident à travers la création d’emplois locaux et surtout la sensation d’effectuer un métier-passion dans des traversées d’une grande rapidité. Pensez un peu : « Oui, avec ce que nous projetons, il sera possible de partir le matin de Bastia et d’arriver pour le déjeuner à Rome. » La compagnie opérera une traversée A/R le vendredi et un retour A/R le lundi. De quoi, pour les Corses, se passer comme le dit Etienne Daho, un « week-end rital » et « retrouver le sourire ». Mais « l’Odyssée » de Vincent ne s’arrête pas là. Il convient de relier aussi Gênes et Livourne afin que la compagnie puisse être opérationnelle toute la semaine. La particularité de ces navires à foils, outre leur vitesse, est de supporter d’importants niveaux de houle même si la sécurité des passagers sera la première des priorités au sein de la compagnie : « Il y a la classification qui donne les vents et la hauteur de vague à ne pas dépasser. Par exemple, en retour de vague, notre navire est adapté pour aller jusqu’à 3,6 mètres, c’est conséquent mais pour notre part, nous n’irons pas à plus de trois mètres. On veut faire en sorte que le voyage soit confortable pour les usagers. Nous avons effectué une étude météorologique sur l’ensemble des lignes au cours de la dernière décennie. A titre indicatif, l’impossibilité de partir pour cause de mauvais temps est de l’ordre de 6% par an et en prenant le seuil maximum, les 3,6 m, on passe à 2%. Sur le bassin génois, nous avons des conditions météorologiques beaucoup plus sereines que sur la côte Ouest. »
La flexibilité de la compagnie est un autre de ses atouts. Cors’Express peut proposer une souplesse et une variété de destinations permettant la découverte de l’Italie et de ses régions : « On pourra tester L’Ile d’Elbe, Piombino ou encore Rapallo à côté de Porto Fino, le navire, par sa taille donne de la flexibilité. On pourrait même envisager des liaisons entre la Corse et des ports français moins conventionnel. Pour L’Ile-d’Elbe, on mettrait aux alentours d’une heure. » Si tout va bien, les premières liaisons pourraient démarrer la deuxième quinzaine de juillet : « au plus tard le 7 août » nous confie Vincent qui serait une date « stressée ».
Et toujours dans le sillage d’Ulysse, qui serait probablement selon Homère la définition même de l’entrepreneur, Vincent Lucchini vient nous offrir l’Italie à portée de bras, percevant cette mission comme « d’intérêt public. » En effet, cela redonne le sourire tout en se réappropriant ce Mare Nostrum qui donne la sensation, trop souvent en Corse, de nous échapper. Bon vent Cors’Express !



