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James Bond et la Corse : une histoire secrète

De l’Union Corse aux plateaux d’Hollywood, l’île de Beauté a parfois hanté l’imaginaire de l’agent 007. Maquis, falaises vertigineuses, villages perchés au-dessus de la Méditerranée bleue… La Corse partage avec l’univers de James Bond bien plus qu’une simple ressemblance de décors. Entre Ian Fleming, l’Union Corse et les pages méconnues d’une histoire commune, L’Insulaire retrace le fil d’une complicité aussi discrète que sulfureuse.

Dans « Au Service Secret de sa Majesté », réalisé en 1969 par Peter Hunt, ce n’était pas Sean Connery mais George Lazenby, un acteur australien beaucoup moins charismatique dans ce rôle que l’Écossais. Le film réunit toutefois un casting prestigieux, avec Telly Savalas et les deux grandes stars de « Chapeau melon et bottes de cuir », Diana Rigg et Joanna Lumley. Il est basé sur le roman éponyme paru en 1963, « On Her Majesty’s Secret Service », sous la plume d’Ian Fleming, qui oblige James Bond à s’allier avec l’un des plus puissants réseaux criminels, « L’Union Corse », pour vaincre l’organisation du SPECTRE dirigée par Blofeld. Une partie de l’action du roman, et donc du film, se déroule en Corse, au moment où Draco, le chef de l’Union, organise une réception dans sa magnifique demeure, plus proche d’une hacienda avec sa corrida que d’un Casone ou d’un Palazzu. Nous passerons sur ce détail désagréable pour les insulaires. Nous pourrons noter, néanmoins avec une certaine fierté, que la seule fois où James Bond, l’éternel séducteur, passera la bague au doigt sera avec une Corse, brillamment incarnée par la pétillante et dynamique Diana Rigg… (Si, si, celle que les plus jeunes ont pu voir dans Game of Thrones dans le rôle d’Olenna Tyrell).

La Corse, de son côté, a croisé à de multiples reprises la trajectoire du plus célèbre agent secret de la fiction. L’histoire commence dans les carnets de voyage d’Ian Fleming lui-même. L’écrivain britannique, ancien officier du renseignement naval pendant la Seconde Guerre mondiale, a parcouru la Méditerranée dans les années cinquante. La Corse, qu’il visita au moins à deux reprises selon ses biographes, l’a profondément marqué. Il y trouva notamment « la beauté brute » !

De cette « beauté brute », Fleming s’inspire en dévorant les histoires, les anecdotes et les bandes criminelles dirigées notamment par des Corses. Il crée ainsi cette « Union Corse », dont l’influence s’étend de Marseille à Saïgon, en passant par Tanger et Buenos Aires (cela ne vous rappelle rien ?). Il en fait l’une des grandes puissances souterraines de la Méditerranée du XXe siècle : trafic d’héroïne, jeux clandestins, prostitution, mais aussi renseignement politique et services rendus aux États en échange d’immunité — l’Union Corse opère exactement dans les mêmes zones grises que James Bond est chargé de « nettoyer ». Ancien agent du contre-espionnage, Fleming a simplement rendu compte d’une réalité : durant la Seconde Guerre mondiale, les services britanniques avaient noué des contacts discrets avec des figures du milieu corse à Marseille et à Alger, comme les Américains le feront avec la Mafia sicilienne. L’objectif : contrecarrer l’influence italienne et allemande dans les ports méditerranéens grâce à des hommes qui connaissaient chaque recoin des docks et chaque nom dans les registres occultes du commerce illicite. Ces alliances de circonstance — un classique de l’histoire du renseignement — ont laissé des traces durables dans la mémoire des officiers de l’époque, et donc dans celle de Fleming.

Dans « On Her Majesty’s Secret Service » (1963), l’éditeur original Jonathan Cape avait d’ailleurs noté, dans sa correspondance avec Fleming, que la description des réseaux criminels corses était d’un réalisme saisissant — trop précise pour n’être que le fruit de l’imagination. Fleming avait ses propres sources « insulaires », certainement auprès de membres de la « French Connection ».

James Bond: « Marc-Ange Draco, chef de l’Union Corse, l’un des plus grands syndicats du crime d’Europe. »

Draco: « Non, le plus grand. »

James Bond: « Non, pas exactement. Une organisation connue sous le nom de SPECTRE opère dans le monde entier. Toutefois, la façade légitime de votre affaire est plus étendue : constructions, matériels électriques et de nombreux terrains de culture. »

En remontant un petit peu, notons aussi « Thunderball » écrit en 1961, le neuvième roman de la saga qui paraitra en français sous le titre « Opération Tonnerre ». On y évoque également l’Union Corse alors que le film de Terence Young n’en fera pas mention. On pourra retrouver dans « Forever and a Day », un opus de la saga écrit par Ian Fleming mais récemment publié, un James Bond affrontant la mafia corse à travers la figure d’un certain Jean-Paul Scipio, gangster insulaire bien implanté dans les différents cercles d’influence de la cité phocéenne.

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