Au 8 de la rue Bonaparte, la boucherie Pantalacci apparait surprenante, étincelante. Elle brille par sa chaleur humaine, son personnel et son nouveau gérant, Saïd, génial et fantasque épicurien, soucieux des autres. Il aime la vie, la croque à pleine dents et il contribue à la rendre meilleure au quotidien pour les autres. Totalement surréaliste, totalement extraordinaire !
L’histoire ne pourrait être plus improbable. On peine à le croire si on ne le voit pas. Quand on nous dessine le portrait de Saïd, le boucher de Propriano, le tableau semble trop beau pour être vrai. Quand on entre dans cet espace, on est tout de suite frappé par la qualité, la beauté des produits. Chaque chose est à sa place, les saucisses, les figatelli, les viandes… La vision est pantagruélique, on voudrait tout manger tant cela met en appétit ! Des produits aussi beaux à regarder ne peuvent être faits qu’avec amour, c’est certain. Au-delà du travail pour en arriver à ce résultat, il y a ainsi l’extraordinaire mentalité d’un jeune homme de 28 ans, toujours souriant et d’une profonde tendresse. Saïd Eger, le « black boucher » de Propriano comme il se nomme sur les réseaux sociaux, a quitté sa Guadeloupe natale pour la métropole. L’îlien se retrouve en Savoie où il commence son apprentissage dans les métiers de bouche. Sa qualité de travail est vite reconnue puisqu’il participera aux épreuves régionales de meilleur apprenti de France. Un an après l’obtention de son CAP, il décide d’arrêter la boucherie et de se tourner vers l’hôtellerie et la restauration dans un club vacances Belhambra en Haute-Savoie : « Et à l’arrivée, je me retrouve au Club Belhambra de Borgo. On est en 2022. C’est à ce moment que je découvre la Corse et les Corses. J’y suis resté six mois. Un an plus tard, un ami de Haute-Savoie me demande si je souhaite retravailler en boucherie avec lui dans l’établissement de monsieur Pantalacci à Propriano. Je lui ai répondu ok mais à condition de n’y faire qu’une saison. » Dès son arrivée, la confiance est déjà là : « Jean-Yves Pantalacci me voit en train de nettoyer l’extérieur de la boucherie et il vient me dire : « Tu seras le patron ici un jour ! »
Et depuis quelques jours, l’histoire de la boucherie Pantalacci s’est transformée. Saïd en est, comme prévu, le nouveau gérant : « Mais cela reste et cela restera toujours la boucherie Pantalacci, j’en ai fait la promesse y compris après moi si demain ma compagne ou plus tard un de mes enfants devaient gérer l’établissement. De toute manière, le jour où cette parole ne serait plus respectée, tout s’effondrerait ! » Derrière sa bonne humeur et son élégance, le jeune homme est porteur de principes et d’un code d’honneur qui rassurent en l’état d’esprit des nouvelles générations : « C’est comme ça, une parole est une parole et il faut la tenir jusqu’au bout. C’est une manière de lui rendre honneur car il a créé cet établissement, cela a représenté pour lui des années de travail et de sacrifices. Alors oui, il aurait été triste de changer de nom, de récupérer quelque chose qui fonctionne et de jeter la personne dans l’oubli.» Au point qu’aujourd’hui, la Guadeloupe et la Corse sont réunies dans cet établissement.
L’état d’esprit de l’établissement est d’une simplicité désarmante. L’humour de Saïd est contagieux. Un client peut entrer dans la boucherie avec de la peine, il y ressortira avec un visage heureux. C’est cela le plus important, l’essence même de la vie. SaId apporte une joie incommensurable auprès de ses clients, il cultive au quotidien cette philosophie du bonheur. Il y a beaucoup de psychologie chez lui, capable de déceler les failles, les faiblesses, les tourments de l’âme humaine. Alors, à son niveau, à son image, il participe, il contribue, il aide, il veille à ce que la personne en face de lui, se porte mieux. Un petit geste, un grand geste, un cadeau, un sourire, de la vie ! La vie pourrait être plus facile avec des gens comme lui. L’hyperactif réfléchit comment améliorer l’entreprise : « Je suis une pile, il faut que je dépense mon énergie. Les journées commencent très tôt et nous finissons de travailler entre 21 heures et 22 heures, le temps de tout ranger, de tout nettoyer et de tout préparer pour le lendemain. » Il tient à ce que le magasin soit ouvert de façon régulière, six jours sur sept, une vieille définition du commerce dont il fait école : « Comment voulez-vous travailler normalement si vous avez vos propres horaires ? Il faut être présent pour les clients. » Être présent et les respecter jusque dans la qualité du produit : « La viande est devenue très chère, on ne peut pas se permettre qu’elle ne soit pas tendre, qu’elle ne soit pas de qualité ou qu’elle ne soit pas du jour. A compter du moment où le client achète un produit, il faut lui garantir au moins quatre jours de conservation au frigo. » Mais ce qui caractérise le plus Saïd est sa profonde générosité, le partage est son maître-mot : « Il y a des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens alors quand elles viennent, je tiens à ce qu’elles repartent avec des choses en plus. » au grand dam de son comptable mais qu’importe pour Saïd : « La nourriture est en abondance donc plutôt que de jeter la nourriture, il vaut mieux l’offrir. Il suffit de considérer les gens. Celui qui vit dans l’abondance, il doit être là pour aider celui qui n’en a pas. Il faut toujours veiller à lui donner un petit peu car un jour, cela peut nous arriver à nous-aussi ! La vie, elle tourne. Quand on plante un arbre fruitier, c’est une graine au départ et si on n’arrose pas cette graine, on ne mangera jamais de fruits. A l’inverse, si on l’arrose tous les jours avec amour, on en récoltera beaucoup de fruits et ils seront très sucrés. » De l’amour, de l’amitié, des sentiments aussi communicatifs que le rire de Saïd qui fait tomber toutes les barrières. Chez lui, la joie, la sensation de passer un merveilleux moment.

Un rêve pour sa mère
Derrière cette énergie, il y a aussi un rêve plus intime. Saïd voudrait faire découvrir prochainement la Corse à sa mère qui habite en Guadeloupe : « Ma mère est profondément chrétienne, elle serait ravie toute la dimension spirituelle, le patrimoine religieux, les fêtes traditionnelles de l’île. » Oui, c’est à Dieu que Saïd confie son chemin, celui de l’établissement. Sur un petite étagère, on peut observer des statues de Sainte Marie, de Jésus-Christ, de Saint Antoine, patron des bouchers… Une belle trajectoire pour une force tranquille, une âme bienveillante… Et désormais, il sera impossible de se rendre à Propriano sans faire un saut à la boucherie PantalaccI.
Boucherie Pantalacci : 8 Rue Bonaparte, 20110 Propriano
Téléphone : +33 4 95 72 94 47



