Elle a défini son propre concept et même sa vie à travers ses créations, ses robes majestueuses et raffinées. Dentelles, soies, les étoffes et les tissus sont sa matière première. Cecile Casabianca invente et pose le monde sur ses œuvres, magnifiant ainsi la silhouette, la féminité, la beauté.
Le silence est de rigueur, la concentration extrême. Rien n’est laissé au hasard chez cette jeune quadragénaire qui, parvient toujours à obtenir, ce qu’elle souhaite, rendre la femme toujours plus belle. On s’étonne, on lance les premières interrogations pour en savoir davantage, pour connaitre la femme derrière la créatrice, derrière celle qui prend le temps de tisser des chemins… Est-ce la robe qui choisit sa propriétaire ou l’inverse, comme dans Harry Potter avec la baguette magique ? Ce ne sont pas des réflexions masculines, avouons-le. Après une rencontre avec le brodeur François Lesage, Cecile Casabianca sortira diplômée de l’école supérieure des arts appliqués Duperre. Direction ensuite l’Italie pour rejoindre les bancs de la Politecnico di Milano avant de revenir à Propriano, dans son Valinco natal, et de lancer sa propre marque : « L’histoire démarre, j’ai 24 ans. Quelques années ont été nécessaires pour trouver mes marques. J’ai eu la chance de réaliser mon atelier dans un local qui appartenait à ma grand-mère, cela m’a permis d’avoir moins de pression. En 2018, je me suis spécialisée dans l’artisanat d’art en m’orientant vers la robe de mariée ou des pièces originales. » L’idée de se révéler, de s’épanouir, de se compléter, d’offrir quelque chose d’unique correspondant à ses attentes, à ses envies et surtout à celles de ses clientes, Cecile impose son éthique comme une marque de fabrique : « Il y a autre chose derrière le fait de créer une pièce. On crée une robe pour une cliente et en plus du travail de couture que j’adore, il y a l’échange, le dialogue. Cela doit rester quelque chose de beau, de joyeux… Je n’ai pas la cliente qui rêve de son mariage depuis qu’elle est petite, j’ai plutôt des femmes qui sont punchy, audacieuses. » La poésie peut s’écrire et la robe se dessiner à partir du rendez-vous, engendrer et concevoir un environnement chaleureux et puis pérenniser les amitiés : « Je suis toujours en contact avec mes clientes. Je ne dis pas que l’on s’appelle tous les jours mais il y a réellement un lien. On dit que le luxe est une expérience et pas un produit, je trouve que l’affirmation est très juste. » Les inspirations débutent avec la matière première, à partir du tissu. L’image lui vient et elle commence à dessiner, à laisser l’imagination prendre son envol : « Je fais vite un petit croquis pour ne pas oublier. Ensuite, pendant l’essayage, il peut y avoir des idées qui se rajoutent. » Et pour ne pas brider cette inspiration, la créatrice ne se fixe aucune règle et surtout pas de se conformer aux tendances du moment, de s’adapter à l’évolution de la mode : « J’essaye de trouver des choses assez intemporelles. Ma grand-mère disposait d’un dressing comprenant des vêtements magnifiques, qui ne sont pas démodés. J’aime trouver la pièce qui sera portée pendant 20 ou 30 ans. Je pense que c’est davantage l’accessoire qui permettra d’installer la pièce dans son époque. C’est du moins ma vision. J’aime en fait que mes créations soient en fait à la fois intemporelles et sensuelles. »

Simplicité, élégance, candeur, les robes de Cécile se dévoilent, se mettent à nu, elles sont antiques et l’on songe à L’Iliade. Priam, Panthoüs, Thymétès, Lampus, Clytius, Hicétaon, et les sages Ucalégon et Anténor, assis au-dessus des portes de Scées observant Hélène s’avancer vers eux, disent à voix basse : « Ce n’est pas sans raison que les Grecs aux belles cnémides et les Troyens supportent, pour une telle femme, de si longues souffrances. Son visage est aussi beau que celui des déesses Immortelles… » L’art de Cécile est probablement celui de faire renaître en chaque femme, une Hélène de Troie ou de Sparte, c’est au choix : « C’est vrai qu’il y a beaucoup de drapé dans la collection mais je n’ai jamais eu l’impression de m’inspirer de l’Antiquité. » Et c’est avec différentes étoffes que l’artiste livre toute sa plénitude, mettant en valeur les harmonies,, les lignes épurées, les formes classiques : « J’ai la chance, grâce à mon fournisseur de trouver un tissu japonais sublimissime. Il est tout aussi beau que la soie. Je fonctionne au coup de cœur, au feeling. » Cette sélection émotionnelle se poursuit ensuite dans la création, puis dans la production, dans cette zone inconfortable qu’est la pression, nécessaire, fondamentale, pour exécuter, réaliser, achever la plus belle des robes. Robes de mariée, accessoires, pièce unique, cet artisanat d’art est affaire de cultures, de rythme et de détails. Tout simplement, de l’orfèvrerie. L’enchantement perfectionné, qui sublime, les modèles de Cécile : la Charlize, la Valentina, la Diane, la Paolina, la Joséphine et tant d’autres. La robe de mariée est une exigence, un événement à interpréter, à analyser : « On ne va pas se mentir, c’est extrêmement gratifiant comme profession. Quand on a une cliente qui arrive et que l’on sort la robe qu’elle attendait mais qu’elle était incapable de décrire, procure des émotions incroyables. »
Et puis, il y a une part de mystère à travers la signature de la créatrice, la tresse, qui relie, qui symbolise, qui rassemble : « Elle s’est imposée par hasard. Il y a beaucoup de décolletés, des épaules marquées, un travail sur la carrure, mais la signature c’est la tresse. Je trouve le mouvement très beau et puis le fait que cela s’entremêle symbolise bien sûr l’union, mais au niveau de l’harmonie, c’est fluide, c’est rond, c’est très doux en fait. »
Pour la future mariée, pour la femme, Cecile Casabianca provoque, engage, lance un mouvement, une idée, des envies. Le vêtement s’adapte, devient décor et corps à la fois. L’excellence qualité corse !
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