Superbus, c’est une belle histoire, longue, sincère, émouvante. Un corps dont les membres s’articulent et se désarticulent selon les envies du moment, les évolutions de la vie. La pop symbolise tant de choses pour Patrice Focone, Michel Giovannetti, François-Xavier Even, Romain Bachelard et Jennifer Ayache, la chanteuse, celle qui « devait s’y coller » lors de la création du groupe en 1999. Mercredi 22 juillet, Superbus sera à l’affiche des Nuits de la Guitare, à Patrimonio. Show devant !
C’est donc une affaire de chemin et de route, d’itinéraire à emprunter dans un « bus » pas comme les autres ! L’entretien n’est pas banal en soi. Le groupe profite de quelques instants pour découvrir la Balagne. La séduction est totale. Jennifer en convient : « Nous n’avons pas souvent eu l’occasion de jouer en Corse, une fois à Ajaccio. Résultat, nous ne connaissons pas très bien l’île. » On leur confie qu’à Patrimonio, ils découvriront une magie, une atmosphère, une nuit d’étoiles et de fées : « Vous êtes la quatrième personne aujourd’hui à nous dire la même chose. » L’assurance, en effet, de faire communion avec le public dans un cadre enchanteur. « Cela devrait bien se passer non ? » nous confie pleine d’humour et de tendresse, la pétillante Jennifer. N’est pas la fille d’une des « Nuls » pour rien ! A Patrimonio, Superbus présentera notamment des morceaux de son septième et dernier album « Ok Ko », un mot miroir, celui d’une maturité, des doutes et des envies de se faire avant tout plaisir. Pourtant, la réalisation de ce dernier opus n’a pas été pris à la légère. Sept ans ont été nécessaires pour accoucher des compositions, des textes, des morceaux : « Nous avons essayé de mélanger toutes les influences artistiques, de l’électro, du Ska, de la Pop, du Punk, du Rockabilly, de toute la culture british. Nous nous sommes replongés dans l’enfance et l’adolescence. » comme pour retrouver l’insouciance, « la naïveté » des débuts : « On aime quand les choses sont vraies et spontanées. »

Si l’ADN du groupe est le talent, on le retrouve aussi dans les racines de son nom. Superbus pour Tarquin le Superbe, septième et dernier roi de Rome. Encore le chiffre 7 ! On aime les correspondances, les liens cachés, les mystères qui s’effilochent au détour d’une simple conversation. La notion de groupe se manifeste, difficile aussi de faire cohabiter les idées et les caractères : « Des personnalités différentes, des égos différents, c’est vrai que cela n’est pas toujours évident à gérer mais nous avons su trouver, au fil du temps, notre petite organisation. C’est comme une petite entreprise familiale. Chacun y a son rôle bien défini, pour ma part, j’apporte la base des chansons, puis avec Patrice, nous allons travailler en binôme avant de retrouver les autres membres en studio. Chacun apporte sa contribution, sa façon de jouer, son style, sa basse, sa batterie… Notre style s’est affirmé au fur et à mesure des années. »
Et l’on s’éclipse, l’on s’autorise une disgression : comment continuer à faire de la musique de manière authentique dans ce nouvel univers technoculturel ? En restant soi-même, fidèle à ses inspirations, à son imaginaire. Jennifer livre un regard lucide sur cette évolution mécanique : « Faire de la musique n’est pas plus compliquée aujourd’hui qu’auparavant. Justement, a contrario, produire de la musique est désormais accessible à un grand nombre de personnes. Grâce à différents logiciels, on peut en faire sans savoir forcément jouer d’un instrument. Et puis avec l’IA, on a même des artistes qui cartonnent aujourd’hui. La musique est plus accessible, c’est le bon côté mais il y a aussi le négatif, qui est celui de mettre au même niveau le bon musicien avec l’amateur. Au sein du groupe, nous avons essayé de garder quelque chose d’assez organique, d’assez humaine dans notre façon de voir et de faire les choses. On se rend au studio avec nos instruments et l’on joue nos morceaux. Il n’y a pas d’ordinateur l’effectuant à notre place. » Une interrogation voire même une réflexion pour Superbus et sa façon d’appréhender l’avenir ? « Il y a une réflexion mais on n’en parle pas tous les quatre matins. Après, il est vrai que ce monde est en train d’évoluer, ce qui est d’ailleurs valable pour tous les métiers créatifs, artistiques et tous les métiers en général. L’IA est en train de remplacer de nombreuses professions. L’IA est un outil qui doit être utilisé avec modération. » Et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain donc ? « On a eu beaucoup de concerts qui ont été reproduits avec des hologrammes. Alors, on peut voir des choses géniales avec les nouvelles technologies, des spectacles fascinants mais essayons de garder le côté humain. Nous avons besoin que les choses soient encore réalisées. Vous avez un rappeur qui s’appelle Willylancien, c’est de l’IA et cela cartonne. Cela fascine et en même temps cela fait très peur ! »
Malgré tout, des projets encore plein la tête pour ce groupe d’amis : « Oui, notre objectif est de nous amuser, de prendre du plaisir. Je ne vois pas pourquoi l’on s’arrêterait. 20 ans après, le public est encore là, les gens accompagnent, à présent, leurs enfants dans les concerts. Il y a une nouvelle génération qui est arrivée, on retrouve de l’énergie grâce à ce public qui est toujours là, après toutes ces années. » Et pour notre plus grand bonheur, de permettre à Superbus de se ressourcer sous le ciel de Patrimonio…



