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Sir David Attenborough : 100 ans à l’écoute de la Terre

Le 8 mai 2026, Sir David Attenborough a fêté son centième anniversaire. Pour marquer l’événement, la BBC lui a consacré une semaine entière de programmes. Le Royal Albert Hall à Londres a organisé un concert en son honneur. La famille royale britannique et des célébrités du monde entier ont rendu hommage au plus célèbre naturaliste du monde qui a bouleversé l’histoire de la télévision.

Sir David Attenborough a eu 100 ans ! Comment ne pas penser à son frère, lui aussi, anobli par la Reine Elizabeth II, Richard, l’immense acteur de la Grande Evasion de John Sturges en 1963 ? Le petit frère (Richard était né en 1923 et David en 1926), de son côté, s’est illustré en parlant de la nature et en consacrant sa vie à la défense des animaux, de notre écosystème. L’Angleterre reste encore de ces pays où les métiers ont encore du sens comme celui de naturaliste. Celui qui étudie toutes les existences sur terre est probablement celui qui comprend le mieux l’espèce humaine et ses nombreux travers. Car la nature, elle, ne triche pas et ne ment pas. C’est la leçon retenue par l’enfant de Leicester qui s’amusait à ramasser des fossiles dans les champs. A 100 ans, depuis sa maison de Richmond, David Attenborough continue encore de narrer des documentaires. Sa curiosité et son émerveillement sont son oxygène. Il n’a pas d’équivalent mondial dans ce registre. Il est un pionnier de la télévision, celle du Noir et Blanc et depuis il a traversé toutes les innovations technologiques (couleur, 3D, 4D) de la petite lucarne. David Attenborough commence ses études à la Wyggeston Grammar School de Leicester, puis entre à Clare College, à Cambridge, où il étudie la géologie et la zoologie. Il obtient un master en 1947 puis travaille quelque temps dans une maison d’édition éducative. En 1952, David Attenborough entre à la BBC comme stagiaire producteur dans cette télévision naissante. En 1954, il devient le visage de Zoo Quest, une série documentaire ayant pour concept simple et révolutionnaire à la fois : d’envoyer une équipe dans des contrées lointaines pour filmer des animaux sauvages dans leur milieu naturel. L’émission est un succès et David Attenborough n’est pas très à l’aise avec la célébrité. Alastair Fothergill, l’un de ses producteurs les plus proches et avec qui il collaborera pendant des décennies, le dira très clairement à l’occasion du centenaire : « Il nous a toujours dit très clairement : les animaux sont les vedettes, pas moi. »

Pendant les années 1960 et 1970, il quitte progressivement le devant de la scène pour devenir en 1964, i directeur de BBC 2, la nouvelle chaîne que l’institution vient de créer. Il sera ensuite chargé de superviser l’introduction de la diffusion en couleur en Europe. Dans la même période, il commande deux des plus grandes séries documentaires de l’histoire de la télévision britannique : Civilisation, présentée par l’historien d’art Kenneth Clark, et The Ascent of Man, dans laquelle le scientifique Jacob Bronowski retrace l’histoire intellectuelle de l’humanité. Ces deux séries lui permettront d’imaginer une idée exceptionnelle…

La Reine Elizabeth II et Sir David Attenborough – Noël à la BBC – 1986 – BBC

« La vie sur Terre » —l’invention d’un genre

« Life on Earth » est son bébé. La série en treize épisodes commence sa diffusion en 1979. Elle retrace l’histoire complète de la vie sur notre planète depuis les premières cellules jusqu’à l’apparition de

l’homme. Pédagogique, essentielle, l’œuvre de David Attenborough aura un impact retentissant. Le projet a pris trois ans, coûtant plus d’un million de livres sterling — un montant astronomique pour l’époque. La production était composée d’une trentaine de personnes tandis qu’une équipe de tournage s’est rendue dans plus de cent lieux à travers le monde, avec l’aide de plus de 500 scientifiques. Pour les nécessités du documentaire, on invente de nouvelles techniques. Les heures de tournage s’allongent et s’éternisent. Il faut attendre plusieurs centaines d’heures pour filmer le moment où une grenouille de Darwin, qui couve ses petits dans sa bouche, les recrache enfin. Un autre caméraman a reproduit une galerie de rat-taupe dans une roue montée horizontalement, pour que l’animal puisse courir devant la caméra sans jamais sortir du champ. La série inclut également les premières images d’un cœlacanthe vivant — ce poisson préhistorique qu’on croyait éteint depuis soixante-cinq millions d’années.

Sir David Attenborough et Pablo – Documentaire Netflix –

Enfin et c’est le moment qui restera dans les annales de la télévision et de l’humanité, celui de la rencontre, d’une rencontre fabuleuse qui se déroulera au Rwanda en janvier 1978. David Attenborough explore, avec son équipe, la région du Virunga, pour filmer les gorilles de montagne, habitués à la présence humaine grâce aux travaux menés par la célèbre primatologue, Dian Fossey qui fut assassinée dans ces mêmes lieux par des braconniers. L’intention d’Attenborough était de s’approcher suffisamment pour narrer un passage sur l’usage du pouce opposable chez les grands singes. En avançant à quatre pattes vers le groupe qui se nourrissait, le présentateur se retrouva nez à nez avec une femelle adulte. Il abandonna son texte préparé, se tourna vers la caméra, et murmura ce qui allait devenir l’une des réflexions les plus citées de toute sa carrière : « Il y a plus de sens et de compréhension mutuelle dans l’échange d’un regard avec un gorille que dans celui avec n’importe quel autre animal que je connaisse. Nous sommes si semblables… Si jamais il était possible d’échapper à la condition humaine et de vivre, par l’imagination, dans le monde d’une autre créature, ce serait avec le gorille. »

Le lendemain un jeune gorille d’environ trois ans, qui s’appelait Pablo et était étudié par les équipes de Fossey, s’approcha d’Attenborough et s’allongea sur lui. Pour David Attenborough, le contact demeure incroyable mais aussi très flou quant à sa durée : « Je pense que c’était dix minutes, peut-être un quart d’heure. J’étais simplement transporté. Extraordinaire, vraiment. Ce fut l’un des moments les plus privilégiés de ma vie. »

Ce moment fut voté douzième meilleur moment télévisuel de tous les temps par les téléspectateurs de Channel 4 en 1999 — devant le couronnement de la reine Elizabeth II et le mariage de Charles et Diana. La scène reste, à ce jour, ce que beaucoup considèrent comme le plus grand moment de l’histoire du documentaire animalier. L’histoire est belle et continue car début 2026, David Attenborough a participé à la première du documentaire Netflix A Gorilla Story, dans lequel il raconte l’histoire de Pablo et de sa famille depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui. Pablo a survécu et a fondé son propre groupe. Il a eu des enfants, puis des petits-enfants, qui continuent d’être suivis et protégés par le Fonds Dian Fossey. Dans les années 1979, quand Attenborough les filmait, il ne restait que quelques centaines de gorilles de montagne sur la planète. Aujourd’hui, on en compte plus de mille. Pour le naturaliste, c’est « l’une des plus grandes histoires de succès de conservation dont j’aie été témoin ».

Par la suite, David Attenborough présenta The Living Planet (1984) qui explore les différents écosystèmes terrestres et la façon dont les organismes s’y adaptent. The Trials of Life (1990) examine les comportements animaux dans toute leur complexité et leurs aspects les plus surprenants. The Private Life of Plants (1995) avait pour mission de rendre les plantes fascinantes. The Life of Birds (1998), la série qu’il tournait quand sa femme Jane mourut, est une célébration des oiseaux du monde entier, de leur vol, de leurs chants, de leurs stratégies de survie. Puis The Life of Mammals (2002), The Blue Planet, en 2001, Planet Earth (2006), Planet Earth II (2016), Blue Planet II (2017), chaque documentaire repousse les limites du précédent avec des images à couper le souffle, des images sans cesse plus spectaculaires. David Attenborough a trouvé les moyens d’exprimer la nature et sa puissance.  Mais David Attenborough se montre également inquiet et nous invite à l’être tout comme lui. Il ne veut pas être Cassandre mais tient à nous alerter sur l’’état des mers, l’état de la planète. L’homme s’est mué progressivement d’observateur de la beauté du monde à grand défenseur de la nature. Avec, par exemple, Dynasties (2018) qui montre le comportement et la survie de cinq espèces emblématiques : les chimpanzés, les pingouins, les lions, les chiens sauvages d’Afrique et les tigres.  Seven Worlds, One Planet (2019) et A Perfect Planet (2021) continuent dans cette direction, montrant à chaque fois non seulement les merveilles du vivant mais aussi les menaces qui pèsent sur lui. Et puis il y a A Life on Our Planet (2020). Ce documentaire n’est pas une série naturaliste ordinaire. C’est un film-testament, autobiographique et planétaire à la fois, dans lequel Attenborough passe en revue ce qu’il a vu disparaître au cours de sa vie, et ce qui peut encore être sauvé.  En 2021, il prend la parole à l’ouverture de la COP26, la grande conférence des Nations Unies sur le changement climatique, à Glasgow et s’adresse aux dirigeants mondiaux présents pour l’occasion :  « Dans ma vie, j’ai été témoin d’un déclin terrible. Dans la vôtre, vous pourrez et devrez être témoins d’un merveilleux redressement.»

En présence d’un tel personnage, d’un grand-père d’antan qui conserve une flamme de vie incroyable, on se sent naturellement petits, tout petits. Sir David Attenborough a transformé les médias, il a créé des concepts révolutionnaires et s’est révélé avant tout comme ce colibri qui, incessamment, effectue plusieurs allers-retours pour récupérer quelques gouttelettes afin d’éteindre l’incendie. A chacun de l’honorer en faisant sa petite part ! C’est peut-être la meilleure façon de résumer ce que cet homme a accompli en cent ans sur Terre : quelque chose. Pas tout. Pas assez. Mais quelque chose de réel, de grand, de nécessaire.

Joyeux anniversaire, Sir David. Et merci.

Sources : BBC, AFP, AP, CNN, RTS, Nature journal, Dian Fossey Gorilla Fund, Wikipedia, Britannica, The Guardian, The Telegraph.

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