Elles sont belles, éternellement jeunes, toujours souriantes… Certains les fantasmaient, d’autres les représentaient comme des grandes sœurs, les speakerines ont bercé des millions de personnes et plusieurs générations pendant près de quatre décennies avant de disparaître en raison d’une fausse excuse de modernité… Gros plan !
Les speakerines à l’écran ? Quelle définition ? Afin d’éclairer les générations les plus récentes, on pourrait dire qu’elles étaient aussi belles et tendres que des colombes. Mais les résumer simplement à leur beauté serait d’une profonde injustice au regard de ce qu’elles ont incarné dans les esprits de nombreuses familles. Journaux, films, séries, jeux, émissions ! Leur fonction consistait à présenter aux téléspectateurs les programmes à venir. A la création de la RTF en 1949, Jacqueline Joubert et Arlette Accart deviennent les deux premières speakerines, elles seront très rapidement rejointes par Catherine Langeais puis par Jacqueline Caurat, Jacqueline Huet ou Anne-Marie Peysson. Le visage reste toujours joyeux. Elles s’excusent souvent en raison des nombreux problèmes techniques. La télévision, à l’époque, n’est pas aussi avancée. La technique est dépendante de tout et en particulier des éléments naturels (vents, pluies, orages, grêles, etc.) qui empêchent les diffusions : « Veuillez nous excuser pour cette interruption indépendante de notre volonté. Dans quelques instants, vous retrouverez la suite de nos programmes :! »

La télé, jusqu’au début des années 2000 est aussi marquée par la fin des programmes à travers la fameuse « Mire », cette image fixe, abstraite, des plus ennuyantes. Comme pour la « Mire », les speakerines disparaitront, s’effaceront du PAF. Ce Paysage Audiovisuel Français qui clamait sa poésie, sa joie de vivre avec Guy Lux, Léon Zitrone, Intervilles mais aussi Jacques Chancel et Bernard Pivot. On y voyait le Cinéma de Minuit ou Henri Chapier, Daniel Toscan du Plantier et Caroline Tresca, la sublime, la divine, la garçon manquée, érotique et chaotique. La télé de l’époque n’est que charme, passion, plaisir. Elle adoucit les mœurs tout en faisant vivre intensément certains débats : Les fortes têtes apparaissent, Coluche, Desproges, Balavoine. Elle bâtit les légendes : Claude François, Johnny Halliday, Jacques Brel, Brassens, Aznavour… Et tant d’autres. Récré A2 débute et remplace les premières émissions jeunesse des années 60 comme les aventures de Saturnin, Aglaé et Sidonie. Tant de choses sont à dire, à révéler de ces années glorieuses, esthétiques, pointilleuses. On se lève le matin, le bol de café, la tartine de pain, beurre et confiture et l’on regarde le télé-matin avec William Leymergie. Qu’elles sont belles ces lueurs matinales, fraiches, douces. Elles invitent la chanson de Jacques Dutronc : « Je suis le dauphin de la place Dauphine / Et la place Blanche a mauvaise mine / Les camions sont pleins de lait / Les balayeurs sont pleins de balais / Il est cinq heures / Paris s’éveille / Paris s’éveille »Le réveil sonne aussi avec le célèbre jingle de RTL, la journée est lancée.

La télévision de l’époque est un grand cérémonial, elle se vit, elle fait preuve d’intelligence. L’ORTF crée des programmes d’une richesse intellectuelle et culturelle qui ne sera probablement plus atteinte. Les speakerines disparaissent et moins de dix ans plus tard, les premières émissions de télé-réalité, de télé-poubelle envahissent le petit écran. Laideur d’une époque actuelle qui préfère la vulgarité, la grossièreté, la bêtise, la condescendance en comparaison d’une autre qui privilégiait la beauté, la finesse, la poésie, la politesse et la courtoisie… Oui, vous nous manquez Evelyne Leclerc, Carole Varenne, Fabienne Egal, Denise Fabre, Marie-Ange Nardi, Dorothée et tant d’autres…
Paradoxalement, la création de nouvelles chaînes a marqué le déclin puis la disparition de ce métier pourtant bien utile et précieux. Mais aujourd’hui, la télévision n’a plus la force et le désir d’attendre. On zappe, on choisit son application, on choisit sa plateforme, on sélectionne son film, sa série du soir. On en a perdu tout bon sens, tout dialogue car plus personne ne vient vous souhaiter de passer une bonne soirée sur TF1 ou France 2.
La télévision composée d’artisans, de journalistes et de techniciens n’est plus. Et derrière, plus d’affection, plus de sens, plus de relation avec le public. Les speakerines faisaient partie de la famille. Elles accompagnaient les soirées, les dimanches, les fêtes. Elles étaient là chaque jour avec élégance. Quel noble mot que l’élégance. Alors, peut-on espérer les revoir un jour ? Pourquoi pas ? Dans un monde saturé d’images et de contenus, notre société a probablement besoin de proximité, d’identité, d’attention. Réintroduire cette forme de narration, de récit ne serait pas une aberration. Personnellement, j’aimerais bien entendre de nouveau : « Mesdames, Messieurs, bonsoir… »




