En 1768, alors que la Corse est en train de basculer sous domination française, Pascal Paoli écrit :
« Nous sommes Corses de naissance et de sentiment, mais nous nous sentons avant tout Italiens par
la langue, les origines, les coutumes, les traditions ; et les Italiens sont tous frères et unis devant
l’histoire et devant Dieu… En tant que Corses nous ne voulons être ni esclaves ni rebelles… Ou nous
serons libres ou nous ne serons rien… Ou nous vaincrons ou nous mourrons, les armes à la main… ».
Son discours a durablement marqué la définition et la transmission de l’identité corse, dont
l’influence persiste encore près de trois siècles plus tard. Au-delà de sa portée politique, ce discours a
ainsi contribué à forger l’idée d’une identité corse, ancrée dans une continuité entre histoire,
territoire, langue et sentiment d’appartenance à une culture dites « italienne ». Des similitudes sont
en effet perceptibles : des coutumes communes, des traditions culinaires proches, des langues qui se
répondent et se reconnaissent.
Mais au-delà de ces prolongements visibles et vécues, une autre interrogation, plus complexe
s’impose : que révèle l’héritage biologique, tel qu’il s’inscrit dans le code génétique ?

Les traces du vivant : ce que la génétique révèle
Si l’on délaisse le récit historique pour s’aventurer dans le déterminisme génétique, une autre lecture
de l’identité corse se dessine. En 2006, une équipe de chercheurs s’est intéressée à la structure
génétique de la population de l’île. L’étude met en évidence une réalité nuancée : la Corse n’est pas
uniforme, mais parcourue de disparités, comme si chaque vallée, chaque terrain, contenait sa propre
nuance imperceptible entre les montagnes et le littoral.
Cette diversité interne s’explique en partie par des facteurs durables : l’insularité, le relief accidenté,
et une forte endogamie historique qui ont limité les échanges extérieurs et favorisé, au fil des
générations, des phénomènes de dérive génétique. Ces dynamiques ont contribué à préserver des
signatures ancestrales, encore perceptibles aujourd’hui dans certaines populations.
À l’échelle méditerranéenne, la Corse apparaît génétiquement proche de la Sardaigne, ainsi que de
régions d’Italie centrale et septentrionale, telles que la Toscane ou la Ligurie. Des proximités plus
diffuses et souvent moins abordé dans les récits identitaires, sont également mises en évidences
avec certaines communautés d’Afrique du Nord, témoignant de liens ancestraux, intégrés
progressivement au patrimoine biologique insulaire, sans pour autant signifier des flux migratoires
importants ou récents. À l’inverse, des écarts plus nets apparaissent avec des populations plus
éloignées géographiquement, comme celles de la France continentale ou d’Europe du Nord
(Giovannoni et al., 2006) .
Dans ce regard, la Corse se dévoile à nous comme une île méditerranéenne tissée de liens, mais
façonnée avant tout par son isolement relatif, une terre où le temps, plus que l’espace, a dessiné ses
contours. La génétique ne désigne ni provenance unique, ni affiliation culturel ou politique, mais
illustre une confession du vivant faite de circulations antédiluviennes, de métissages et de lentes
sédimentations.

Référence :
Giovannoni, L., Falchi, A., Piras, I.S., Amoros, J.P, Moral, P., Ghiani M.E., Calo’, C.M., Paoli, G.,Varesi,
L., Vona, G., 2006, Structure génétique de la population Corse. Antropo, 11, 37-
50.www.didac.ehu.es/antropo
Clara Sallei Ottaviani



