Née à Hanoï, passée de la création de mode à la peinture en 2021, l’artiste franco-vietnamienne avait présenté à Paris, au printemps 2026, une série de toiles où des fils de coton tendus redessinent la lumière et les paysages. Portrait d’une jeune femme attachée à son identité, à la couleur, au rayonnement mais aussi… à la Corse !
Son réseau insulaire est sacré. Ses amis sont les membres de l’association « I Scemi Astuti » qui connaissent tous les recoins de Paris, ses quartiers et ses lieux. On apprend toujours des choses avec eux à travers notamment leur capacité à tisser des relations internationales. On se souvient ainsi d’un voyage organisé en Corse pour faire découvrir l’île à l’ambassadeur du Vietnam en France, il y a quelques années. Et c’est justement de ce Vietnam auquel les Corses sont particulièrement attachés que l’on va parler à travers le portrait de Lien Pham, une artiste-peintre qui réalise des toiles extraordinaires. Au printemps dernier, elle a exposé ses œuvres dans le Salon du Vieux Colombier de la mairie du 6e arrondissement de Paris. Trente et une toiles ont été présenté au public mais des toiles atypiques où des fils de coton, fixés directement sur la peinture et qui tracent de fines architectures géométriques. Née à Hanoï, Lien Pham est arrivée en France à l’âge de 26 ans. Au départ, la jeune femme est attirée par la mode et elle intègre une école de styliste : « C’était juste avant le COVID et ensuite, je me suis mise à la peinture pour changer de registre. J’essaye toutefois de mêler la mode dans mes toiles. » Une technique particulière dont Lien a le secret : « C’est un équilibre à trouver. » La notion d’équilibre est cruciale, indispensable dans sa vie d’où ce besoin de provoquer les choses, d’aller à l’essentiel : « Il n’y a pas de hasard. »

Ses toiles ont d’abord rencontré un vif succès auprès de ses amis puis d’une clientèle nationale et internationale. La géométrie de ses œuvres se reproduit dans la géographie où comme son prénom l’indique, tout est question de fabriquer, de produire, de créer, de tisser des liens… « Tisser des liens », était d’ailleurs le nom choisir pour le thème de son exposition au sein de la mairie du 6e arrondissement. Géoculture des rencontres !
Le vernissage de l’exposition avait retenu l’attention des amateurs d’art et s’était déroulé en présence l’ambassadeur du Vietnam en France, Trinh Duc Hai. Le public a ainsi pu découvrir une artiste insolite qui souligne : « Je ne peins pas des paysages mais des mémoires, des choses abstraites. On peut penser que ces écrins existent mais en réalité, ils sont totalement fictifs. » Géographie de l’imaginaire !

Lien Pham emprunte des chemins intuitifs, libérateurs, inconscients, le seul élément tangible est cette nature qui l’inspire, qui l’accompagne dans ses pensées, dans son esprit. Des choses enfouies en elle depuis sa plus tendre enfance d’où l’idée de peindre « des mémoires ». Un voyage imaginaire dans le temps où elle joue avec les couleurs, les métamorphoses. Rien ne doit s’atrophier, tout doit s’ouvrir. L’artiste tient à découvrir de nouveaux horizons. Ses « paysages » permettent à chacun de penser son propre lieu, un village du Cap-Corse à travers sa façade occidentale, une montagne en Suisse, ou encore la Baie d’Halong et les rizières en terrasse de Sapa. Il suffit d’observer puis de fermer les yeux pour cela. Ses œuvres parlent de la vie, du chemin, d’une rivière qui coule sans interruption, sans état d’âme mais avec une pensée, un objectif. Rien n’arrête sa détermination, sa puissance, sa fougue et ses envies. Elle évoque la solidité féminie, son courage et sa capacité à encaisser les difficultés, les défis, les obstacles. Une architecture artistique pleine de méandres. Géologie de la spiritualité !
Et puis le déplacement, le mouvement. Le mouvement qui produit, provoque, occasionne le choc et l’émoi à travers une réflexion abstraite sur ce qui unit des mondes éloignés. Pour éviter les incompréhensions, le regard et le silence, puis l’écoute et la discussion. Point de pulsion, de fureur, de colère intempestive, on se distrait à travers cet esthétisme de la beauté et de la connaissance. Elle ajoute à ses créations son propre regard de poète. La poésie est un autre de ses violons d’Ingres. Et l’on imagine des mots, des écrits à l’encre de Chine qu’elle manie avec délicatesse comme le reflet d’un ciel étoilé. Coté peinture, des couleurs prédominent, les nuances de gris, de noir, de vert et quelques touches de rouge pour évoquer la fragilité et à la force de l’âme humaine. Le Yin et le Yang. Avec Lien Pham, c’est toute la culture, la richesse des savoirs de cette merveilleuse Asie, mystérieuse, improbable, généreuse, sacrée et respectueuse qui s’évoque dans ses tableaux. Tout est questionnement, évolution et innovation comme le fait de marier la peinture au textile via le collage.
La suite pour son chemin de vie ? Comme pour ses œuvres : « Je dois laisser couler l’encre… » L’instinct est une boussole.
Instagram : @lienpham_paris


