184 étudiants et anciens étudiants en médecine interrogés, 48 % sans le moindre soutien à leur arrivée à Marseille, mais 72 % qui rêvent de rentrer en Corse. Derrière ces chiffres, un défi, celui de penser l’avenir médical de l’île dès le premier jour de fac. La Mutuelle Familiale de la Corse a décidé de s’emparer pleinement de cette problématique en organisant une grande réunion au Pharo, siège d’Aix-Marseille Université, le 15 octobre dernier.
« Imaginez la difficulté pour les étudiants quittant Corte au bout de leur trois ans d’études et se retrouvant à Marseille dans des centre hospitaliers universitaires d’une autre dimension ! Il leur faudra du temps avant de prendre leurs repères et du temps, ils n’en ont pas beaucoup à leur disposition. » résume Bernard Ottaviani, le directeur de la Mutuelle Familiale de la Corse. La situation n’est pas aisée, en effet pour les étudiants qui ont l’obligation de partir sur le continent afin de se former. Quand on quitte sa famille, ses amis, son village, ses habitudes, on peut perdre son latin à l’idée de découvrir un nouveau monde. Chaque année, des étudiants corses font ce voyage. La plupart s’accrochent, certains décrochent. Pour éviter ce décrochage, la Mutuelle Familiale de la Corse a souhaité s’impliquer auprès des étudiants en médecine qui seront formés à Marseille.
Une première enquête avait été menée auprès d’étudiants et d’anciens étudiants en médecine, issus des promotions de 2011 à 2024. Sur 184 personnes sollicitées, 116 ont répondu, soit un taux de 63 %, une mobilisation assez forte démontrant que le sujet touche une corde sensible. Les résultats sont sans appel : 25 % ont rencontré des difficultés à leur arrivée à Marseille ; 48 % n’ont bénéficié d’aucune aide ni d’aucun soutien pour leur installation ; 72 % envisagent de s’installer en Corse. Des chiffres qui soulignent la nécessité de proposer un véritable accompagnement durant le cursus. Et une priorité qui apparait, celle de penser l’avenir médical de l’île. Région rurale et vieillissante, la Corse doit se préoccuper de l’accès aux soins et de la présence de médecins. Dans le même temps, ceux qui pourraient y répondre doivent finir leurs études à plusieurs centaines de kilomètres, parfois sans le moindre repère ni relais. Compter sur leur retour tout en les laissant se débrouiller seuls consisterait à attendre une récolte qui n’aurait pas été semée. Les études de médecine comptent parmi les plus exigeantes qui soient : charge de travail, concours, stages, gardes, durée.
Face à ce constat, la Mutuelle Familiale de la Corse a choisi l’initiative avec l’appui du doyen Leonetti, qui dirige la Faculté des sciences médicales et paramédicales d’Aix-Marseille Université. Un triple objectif est poursuivi : faciliter le parcours des étudiants insulaires, prévenir les risques de décrochage et favoriser leur retour en Corse à l’issue de leur formation. Le 15 octobre dernier, au Pharo, siège d’Aix-Marseille Université, une réunion a été organisée sur ce thème. Elle a permis de rassembler les présidents des Universités de Corse et d’Aix-Marseille ainsi que le doyen de la faculté de médecine de Marseille. Des étudiants ayant répondu à l’enquête étaient présents pour partager leur expérience.
L’ambition affichée est claire : partager le diagnostic, présenter les pistes envisagées et, surtout, définir ensemble un plan d’action concret en vue de la rentrée 2027. A travers cette mobilisation, la Mutuelle Familiale s’implique à travers un engagement qui s’inscrit dans la droite ligne de l’histoire mutualiste, fondée sur une idée simple, celui de jouer la carte collective. Et un soutien des plus cohérents pour la MFC qui veut agir en amont, en préparant l’offre de soins de demain. Une manière de ne plus voir le mutualisme comme un simple outil de remboursement mais aussi comme un outil d’anticipation, de prospection, de projection. Que pourrait contenir ce plan d’action ? Les premiers échanges ont de quoi nourrir des pistes. L’enquête met en lumière la nécessité d’un accueil structuré à l’arrivée, avec un interlocuteur identifié, une aide pour se loger et des repères pour les démarches, la mise en place de partenariat avec l’association Inseme.
Les anciens étudiants et les médecins corses installés à Marseille peuvent jouer un rôle précieux dans ce soutien aux futurs étudiants via leurs expériences, leurs connaissances et leurs réseaux. Quant au retour en Corse, il suppose de vrais leviers incitatifs pour les futurs professionnels de santé par le biais de stages, d’aide à l’installation conçues dès les années d’études en attendant l’arrivée d’un CHU. Tout est question d’organisation, de volonté partagée et de moyens, trois ingrédients que seule une coopération entre universités, institutions et acteurs économiques peut réunir. La réunion du 15 octobre est un bon début : un diagnostic partagé, des chiffres qui parlent, des acteurs qui s’engagent et une date butoir, la rentrée 2027.

