Fred Meylan est de ces personnes qui savent cultiver la vie. “Carpe Diem”, comme le disait si bien Ronsard. Profiter de chaque instant tout en préservant cette humilité qui permet de grandir et de découvrir sans cesse de nouveaux horizons et de nouvelles expériences. Les plus belles femmes du monde ont posé devant son objectif : Monica Bellucci, Estelle Lefébure, Kate Moss, Kendall Jenner, Gigi Hadid… Fred Meylan, ou l’art de sublimer les regards et, tout simplement, l’art d’aimer !
Votre parcours commence dans cette décennie 80 qui symbolise la liberté totale. Comment l’avez-vous vécue ?
Les années 80 ont été une véritable boîte à opportunités. Mes amis me disent souvent : « Oh toi, tu as de la chance. » Non, la chance, c’est un métier. C’est être vigilant, attentif aux choses et aux projets qui se présentent à vous, savoir se développer. On ne peut pas tout faire, mais on peut fixer sa direction et se dire que le choix qui aura été fait sera le meilleur possible. Pour ce qui est de la photographie, j’ai commencé comme reporter sur des conflits, des accidents, des conseils de ministres, mais aussi lors d’attentats en France. L’attentat de la rue de Rennes, en 1986, a été un déclic qui m’a poussé à changer de direction. Je me suis dit que je ne voulais pas passer ma vie dans cet environnement. Au début des années 90, j’ai réalisé un reportage auprès des Top-Models, j’ai suivi les photographes de mode, et j’ai trouvé ma vocation.
Vous avez trouvé votre vocation au sein de cette génération éblouissante : Claudia Schiffer, Elle Macpherson, Naomi Campbell, Cindy Crawford, Linda Evangelista, des célébrités iconiques…
À l’époque, il n’y avait pas encore de réseaux sociaux, tout était plus facile, plus accessible. Les Top-Models étaient des femmes à la beauté plus classique, plus évidente qu’aujourd’hui. C’est bien que cela ait changé et que les codes soient modifiés. C’est un peu comme pour les acteurs et actrices. Sans être vulgaire, auparavant, on voyait souvent la belle jeune femme blonde, jusqu’à la période “woke” où plus aucune blonde ne travaillait. Depuis trois ou quatre ans, ce stéréotype revient. Cela change, cela évolue, c’est la mode. Vous ne mettez pas la paire de baskets que vous portiez il y a 30 ans. Les mannequins sont un reflet de la mode, de la société actuelle, une terminaison visuelle de ce que le monde pense.
L’agenda d’un photographe de stars se caractérise par des voyages incessants, une organisation hors pair, une énergie incroyable. Est-ce un rythme à trouver ?
Vous savez, à l’époque, c’était encore plus difficile car nous travaillions en négatifs. Il fallait produire, se rendre au laboratoire, attendre le développement, fatiguer ses yeux pendant des heures sur la table lumineuse, faire les planches contact et les tirages. Aujourd’hui, je bénis le numérique. Il existe des moyens plus simples d’optimiser votre image numérique et, par conséquent, d’être plus productif, de moins stresser sur le résultat des photos. Le client présent sur la plage avec vous peut constater et valider directement le résultat. Ensuite, il y a la photographie d’art et celle qui fait vivre. J’ai élevé trois enfants, donc si je n’avais pas gagné ma vie avec la photographie, j’aurais fait autre chose, soyons clairs. Dans l’ensemble, il faut apprécier de pouvoir encore travailler à mon âge, à 65 ans.

Kendall Jenner – ©Fred Meylan
C’est une question rituelle : quelle est la part de travail, la part de talent et la part de chance ?
La chance se travaille. J’ai rencontré des personnalités avec lesquelles j’ai noué des liens, et nous sommes restés en contact. Cela m’a permis de développer un réseau et d’être attentif aux opportunités qui se présentaient à moi. Le journalisme m’a aidé à être curieux, à observer les événements, à saisir le moment, mais aussi à transformer les moments de malchance en leçons. Je reviens au réseau, qui est fondamental. En tant que photographe, on est souvent solitaire, donc il faut bâtir un réseau, rendre service, aider les autres, communiquer et transmettre. Cela a également été le sens de ma présence à Creazione. Cela m’a fait du bien de rencontrer des personnes qui m’ont inspiré. L’idée est de rester toujours en mouvement.
La période est-elle plus complexe pour un jeune photographe qu’à l’époque des années 80 ?
Non, rien n’est compliqué. J’ai de nombreux amis qui n’ont pas réussi dans les années 80 simplement parce qu’ils n’avaient pas cette envie, cette “gnac”, cette volonté de réussir. Que ce soit dans les années 80, 90, 2000, 2010 ou 2020, c’est strictement identique. Le talent se travaille. Je ne suis pas né photographe. Mon père était dentiste et ma mère comptable. J’ai découvert ma passion pour la photo après mon service militaire, en voulant d’abord devenir reporter de guerre. À l’époque, je ne savais même pas ce qu’était un Top-model. Tout est venu progressivement. Par la suite, le fait d’avoir présenté une exposition m’a permis d’explorer un nouveau domaine, de travailler avec l’eau, les éléments. C’est un aspect complémentaire qui rend mon travail plus artistique. Cela fait partie du parcours de vie d’un photographe. Si l’on parle de chance, il faut l’envisager hors du cadre photographique. Vous savez les faire ou pas. La différence est énorme entre un bon photographe qui sait travailler sa chance et un bon photographe qui reste chez lui, qui roupille ou regarde des séries.
La photographie devient-elle vraiment à la portée de tous ? Quels sont les atouts et les contraintes de l’IA ?
Les technologies avancent, changent et évoluent. Elles sont là, et vous ne pouvez pas vous battre contre cette réalité. Je ne vais pas m’empêcher d’utiliser aujourd’hui des outils qui me permettent d’avoir un autre regard. Je suis libre de les utiliser ou non. Ce qui ne change pas, c’est votre regard sur les choses, vos émotions. En réalité, c’est cela qui fait partie de votre vie. Ce n’est pas noir ou blanc. Par exemple, s’il y a une retouche à faire, un problème de peau à corriger sur une photo, si l’IA peut le faire en deux secondes, je n’y vois que des facilités. En revanche, créer une photo entièrement, je m’y refuse.

Mare di Latte – ©Fred Meylan
Cela va-t-il influencer les coûts et les tarifs d’un photographe ?
Le prix d’un photographe ne veut rien dire. C’est comme pour un tableau : si vous trouvez quelqu’un qui achète votre œuvre pour le prix que vous avez défini, alors c’est bien. Si vous me dites que cela vaut 30 000 euros et que personne ne l’achète, peut-être faut-il revoir ses ambitions. Il vous appartient de définir un certain tarif par rapport à votre travail, à votre renommée et à de nombreux autres critères. Dans les ventes aux enchères de photos d’art, la démarche de recherches détermine assez bien, selon moi, la véritable valeur d’une photographie.
À Creazione, vous avez présenté votre exposition en hommage à la femme et à l’eau ?
C’est un travail personnel que j’effectue depuis une vingtaine d’années à travers une photo par an. J’ai pris le temps nécessaire pour développer cette exposition, qui a également été présentée à Paris et à Saint-Barthélemy. Je n’ai aucune pression. Je n’en attends rien, si ce n’est de partager des sentiments et des émotions avec les visiteurs, mais aussi de transmettre, en Corse, où je passe beaucoup de temps, un message positif à une jeunesse qui peut parfois sembler désœuvrée. La culture et la passion de la création sont les meilleurs remèdes. C’est la meilleure voie pour susciter de belles choses, sortir et s’extraire de son environnement. J’apporte ma petite pierre à l’édifice. Nous avons envisagé de créer une petite fondation dans l’extrême sud pour organiser des masterclass et échanger avec les jeunes. J’ai déjà pu le faire avec mes deux filles : l’une est photographe à grand succès, la seconde est styliste, et je vois que cela fonctionne ! Reste à lancer mon petit dernier qui a 13 ans (rires).


