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Tino Rossi, l’éternité d’une voix — pourquoi faut-il le redécouvrir ?

Il y a ce timbre inimitable, ce petit roulement de « R » si propre à un insulaire, une voix d’opéra, une voix magique. Tino Rossi, c’était la mélodie parfaite, la musique portée à son plus haut niveau d’excellence, destinée à élever les âmes, à les adoucir, à les rendre joyeuses. Tino Rossi, c’est la Corse, la vraie Corse, celle qui portait le beau, la bonté, la bienveillance, la gentillesse, le sens de l’hospitalité, l’identité, les racines… mais surtout l’humilité. L’humilité comme école de vie, l’humilité comme savoir être, l’humilité malgré 500 millions de disques vendus dans le monde. Le plus humble restera toujours le plus grand. Aux artistes d’aujourd’hui d’en prendre de la graine !

Le souvenir immédiat, fulgurant serait évidemment de citer l’interprétation de « Petit Papa Noël », le succès planétaire, immortel et légendaire du grand Tino Rossi, mais peut-être qu’en se promenant sur l’Aldilonda, à Bastia tout en contemplant la mer, on peut se remémorer ces paroles merveilleuses : « Méditerranée, aux îles d’or ensoleillées, aux rivages sans nuages, au ciel enchanté, Méditerranée, c’est une fée qui t’a donné, ton décor et ta beauté, Méditerranée… » ou bien : « Marinella, Marinella/ Reste encore dans mes bras / Avec toi je veux jusqu’au jour / Danser cette rumba d’amour » et toujours : « Le plus beau / De tous les tangos du monde / C’est celui / Que j’ai dansé dans vos bras / J’ai connu / D’autres tangos à la ronde / Mais mon cœur / N’oubliera pas celui-là »

L’autre enfant prodigue de la gloire, c’est lui ! Tino Rossi, est né le 29 avril 1907, rue Fesch à Ajaccio. Le jeune Constantin deviendra Tino. Il rencontrera Annie Marlan, une violoniste venue donner un concert à la terrasse du Café Napoléon. Fou d’amour pour elle, il la suit et s’installe sur la Côte d’Azur. Puis Marseille et la précarité : petits métiers, repas maigres, les années sont difficiles. Seule la musique lui apporte du réconfort. Le baryton-basse provençal Adrien Legros le remarque et lui prodiguera de précieux conseils techniques tout en lui faisant rencontrer le producteur Louis Allione. Le jeune chanteur part en tournée dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse.

Il enregistre lui-même sa première chanson dans une boutique de la rue Saint-Ferréol à Marseille. Un représentant de la maison de disques Parlophone est présent dans la boutique et l’engage aussitôt. A Paris, le jeune Tino enregistre le tout premier disque de chansons corses avec « O’Ciuciarella et Nini-Nanna ». Oui, la chanson insulaire lui doit beaucoup ! Il faut rendre à César ce qui lui appartient et à Tino ce qui est à Tino…

Très vite, on l’affuble d’un surnom. Il s’agira du « chanteur de charme ». Le chanteur fait des ravages, il est l’incarnation du gentleman lover version méditerranéenne. Et son succès va rapidement dépasser les frontières. Tino traverse l’Atlantique en 1938. Il s’y impose immédiatement avec la chanson Vieni vieni. On lui propose le cinéma mais Tino est très attaché à ses racines. C’est pourtant avec le Septième Art, mais en France, qu’il accomplira de grandes prestations. Tino est l’artiste le plus « bankable » de sa génération. Et c’est très logiquement avec Marcel Pagnol qu’il va nouer une relation particulière. Entre les deux hommes, il y a le sens, l’unité, l’affection : leur amitié profonde est liée à une vision méditerranéenne du monde : traditions, valeurs, hospitalité, entraide, loyauté. Il ne peut y avoir de tricherie, de duperie sur les sentiments entre l’auteur de « La gloire de mon père » et le chanteur de « Petit Papa Noël ».

Chez les deux hommes, la même notion, l’art doit se partager au plus grand nombre. La culture doit se répandre dans toutes les chaumières, être accessible.

Alors pourquoi faudrait-il redécouvrir Tino Rossi aujourd’hui ?

La question n’est pas anodine. Pourquoi revenir à Tino Rossi dans un monde saturé de musique instantanée ? Pour offrir justement du temps long, pour donner le temps d’écouter, d’entendre, de se laisser emporter par l’émotion d’une voix, et quelle voix ! Redécouvrir Tino, c’est aussi redécouvrir une exigence. Une manière de chanter sans artifices, sans surenchère. Une manière d’être présent, simplement. C’est renouer avec une forme de douceur. Dans un monde bruyant, sa voix agit comme un apaisement.

Alors, il y a « Petit Papa Noël », qui ne peut verser sa larme ou éprouver de la joie quand il entend les premières notes et la douceur de cette voix posée, éclatante de charme, parfumée par la terre et les âges immémoriaux : « C’est la belle nuit de Noël… » La claque ! Combien de fois avons-nous écouté cette chanson à travers des paroles délicieuses, finement écrites ? 100, 200, 1000 fois ? C’est un chant d’unité, un chant universel, un chant mélancolique par excellence. La chanson est immortelle. Elle demeure, 80 ans après sa création, comme la chanson de tous les temps. Elle est fredonnée dans plus d’une cinquantaine de pays. Quasiment sacrée. Elle nous parle, elle est une ode au souvenir, à la gentillesse, à la gloire de ces tendres moments vécus en famille. Les paroles, la musique et la voix enchantent l’œuvre. Depuis Tino, Noël est un autre Noël. Malgré tout, malgré le poids des âges, on continue de « boire » les paroles de la chanson. On aime quand elle nous raconte que l’imaginaire est réalité. Tino Rossi y donnait tout son souffle, toute sa force, toute son énergie pour nous en persuader. Comme Marcel Pagnol comme Pierre Tchernia, auteur d’une remarquable interview entre les deux amis, comme le grand compositeur Vincent Scotto, Tino a permis de rendre le temps plus doux aux enfants. Et l’on songe à ces quelques lignes dans le Château de ma mère : « Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. »

Tino Rossi s’est éteint un jour de septembre 1983. A présent, les enfants de Laurent qui nous a quittés en 2015, Jean-Baptiste et Constantin s’occupent de ce devoir de transmission. Mais est-ce un devoir quand il s’agit d’évoquer Tino Rossi ? Plutôt une passion !

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