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Opus Corsica, une ode à la musique classique !

Les merveilleux instants sont rares et c’est parce qu’ils sont rares qu’ils sont merveilleux ! A Porto Vecchio, l’Espace Culturel Jean-Paul de Rocca Serra s’est révélé comme un détonateur, un puissant feu d’artifices, un regroupement d’âmes en lévitation. Pour guider, accompagner, orchestrer autour de Beethoven, de Brahms et de Dvoràk, l’immense Patrice Fontanarosa, la légende du violon et ses acolytes sublimes, Laura Sibella et la fratrie Rocca Serra, Cécile, Marielle et Paul-Antoine… Quelle nuit !

En cette période des Rameaux, on s’offre le meilleur en partageant l’espace d’une soirée, un temps magique avec des musiciens hors pair et d’une profonde bienveillance. On écoute, on suit le chemin délicat initié par Xavier Torre et son épouse Laura Sibella, les responsables de l’association Opus Corsica qui a pour but de faire rayonner la musique classique et plus généralement la culture en Corse… Une fois n’est pas coutume, on commencera par les remerciements. On écoute et on apprend toute la difficulté d’organiser, de nos jours, des concerts, des événements artistiques sans l’intervention de mécènes culturels, de sponsors privés comme l’Agence Barnes, le Domane Torraccia, Bernardini, etc. On loue les partenariats institutionnels comme la Collectivité de Corse, son établissement public commercial des Eaux d’Orezza sans qui rien ne pourrait avoir lieu. On se félicite du soutien de la municipalité de Porto Vecchio envers un événement qui redessine les contours, qui valorise une des expressions les plus exigeantes, les plus conservatrices et les plus belles de l’art sous toutes ses formes. La musique classique est éternelle, elle n’est pas wokiste, elle ne revisite pas l’histoire, au contraire, elle l’inspire, elle la respire, elle la respecte !

Alors, on marche, on descend lentement les escaliers qui conduisent à cette belle scène du Centre Culture Jean-Paul de Rocca Serra, une salle moderne dont l’architecture, signée Michael Munteanu, est basée sur les fameux théâtres à l’italienne avec ses balcons et son ovale tronqué. On s’installe confortablement dans son fauteuil, la foule est là, organisée, sérieuse, diplomate, respectueuse. Il y a les mélomanes et puis il y a les amateurs qui découvriront des notes de musique harmonieuses, délicates, sincères. L’entrée des artistes se fait sous les applaudissements. Qu’ils sont beaux ! Des gladiateurs à la douceur inouïe : Ave Cesar, qui musicam acturi sunt, te salutant ! Ave César, ceux qui vont jouer de la musique, te saluent !

Patrice Fontanarosa lance les premières notes avec Laura Sibella. D’emblée, ils introduisent une faille, fêlent les cœurs. Ils dérangent, déroutent. On retient son souffle, on se laisse aspirer par une machine infernale, dévorante, on plonge dans le délice. A chaque instant, les gammes se font plus pressantes, plus virevoltantes. Et l’on comprend mieux, à présent, la définition du grand Serge Gainsbourg dans Apostrophes, l’émission culte de Bernard Pivot disant que seule la musique classique était un art majeur ! Et l’intervention par la suite de Cécile, Marielle et Paul-Antoine de Rocca Serra ne fera que confirmer l’analyse… C’est une scène, une séquence, un moment où les artistes se mettent à nu totalement, où il libère, à travers les grands génies que sont Beethoven ou Brahms, leurs propres sentiments, leurs énergies. On souffre pour eux alors qu’ils nous procurent un plaisir extrême. Du haut de ses 82 ans, Patrice Fontanarosa semble à un grand enfant, il partage, distille avec Laura Sibella et les Rocca Serra, un ton, un style sans emphase, un acte d’amour véritable envers la musique. Il est souverain dans son art : le violon ! Fontanarosa joue mais il écrit en même temps. Et on pense à Stendhal pour qui « le roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c’est l’âme du lecteur. » Ensuite, il y a Laura Sibella au piano. Fantasque, débordante de vitalité. On ne mesure pas toute l’énergie qu’il faut déployer au piano pour retranscrire les notes, se mettre en harmonie avec l’orchestre. Enfin, il y a les Rocca Serra, Cécile, Marielle et Paul-Antoine. Leurs parents sont dans la salle. On imagine leur fierté, leur bonheur à tous d’être ce soir, réunis, présents dans cette salle qui porte le  nom de leur visionnaire de cousin. ils charrient avec eux une histoire, une mémoire, une inscription profonde dans les structures de la cité. Mais ici, il ne s’agit pas d’un poids ou d’une représentation figée, il s’agit au contraire d’un déplacement : celui d’un héritage qui ne se contente plus de se conserver, mais qui accepte de se mettre en tension avec une exigence artistique, de dialoguer avec elle, de s’y exposer. Alors, frère et sœurs s’installent, prennent place, jouent à fond, avec leurs tripes. Marielle se lève, elle est sublime, elle incite le public à s’emparer totalement de cette nuit où rien ne se consomme, rien ne se consume mais où tout se partage !

Alors, on peut penser aux propos de Xavier Torre, les mots ne suffisent pas, il faut des actes. Ce qui se jouait à Porto Vecchio n’était pas qu’un simple événement culturel mais une démonstration. Une démonstration politique au sens noble du terme que d’aucuns veulent pourtant galvauder. Une démonstration que la Corse peut accueillir, produire et soutenir un niveau d’exigence qui n’a rien à envier aux grandes scènes internationales. Le véritable enjeu est là, celui de refuser la facilité, le rôle assigné, le cliché, l’image d’Epinal ! Ce que propose Opus Corsica, à travers une soirée comme celle-ci, c’est une autre trajectoire, plus exigeante, plus incertaine, mais infiniment plus ambitieuse : celle d’une île qui peut et doit se penser comme un lieu de création à part entière. Parfois, il suffit d’une nuit, d’une scène, de quelques notes pour s’en persuader !

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