Né en Algérie en 1923, Fernand Andreani, dont la famille était originaire de Ghisonaccia, a fait partie des pilotes les plus prestigieux de l’histoire aéronautique mondiale du XXème Siècle à bord de l’emblématique Concorde.
Il peut y avoir du bon dans les réseaux sociaux et même du très bon lorsqu’ils permettent d’exhumer de vieux documents, des témoignages racontant la vie d’autrefois à travers des anecdotes ou des portraits. Pour l’occasion, un article dans une vieille coupure de presse raconte l’émouvant retour aux sources de Fernand Andreani à Ghisonaccia, le village de son grand-père paternel qui avait rejoint l’Algérie dans la dernier quart du XIXème Siècle. Cela ne nous rajeunit pas. Fernand Andreani était né le 18 août 1923 à Alger. Sa trajectoire épousa celle de l’évolution aéronautique française à travers quatre grands événements : la guerre, la reconstruction, l’expansion du transport aérien et le défi technologique absolu que représentait l’avion supersonique. A Ghisonaccia, les personnes qui l’on connu comme Dominique Gambini parlent d’un commandant calme, minutieux et d’une grande sobriété malgré ses 22 500 heures de vol et son record transatlantique en 1978.
Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, il part aux États-Unis pour se former au pilotage, dans une école d’aviation en Alabama. L’Amérique devient alors pour beaucoup de jeunes militaires français un lieu d’apprentissage accéléré. Il y obtient son brevet de pilote de chasse et se qualifie sur le P-63 Kingcobra. Il vole pour des missions de surveillance et de lutte anti-sous-marine. À vingt ans à peine, il apprend ce que signifie décider vite, voler bas, garder le sang-froid quand la mécanique et la météo ne pardonnent pas. Plus tard, il résumera cette période avec une simplicité touchante : « J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie. La première fut d’être pilote de chasse. » Démobilisé en 1946, il entre immédiatement chez Air France. Il y restera toute sa carrière, jusqu’en 1983. Il devient commandant de bord dès avril 1947. L’aviation commerciale est alors en pleine mutation : on sort des appareils à hélices d’avant-guerre pour entrer progressivement dans l’ère du jet. Il pilote successivement le Junker 52, le DC3, le Languedoc, le DC4, le Constellation, la Caravelle, le Boeing 707, le Boeing 747. Et avec ces nouveaux appareils, un rayon d’action toujours plus grand, des vitesses qui augmentent, des vols dont les durées se réduisent. Fernand Andreani est de l’ère de l’internationalisation des années 50-60 que l’on peut retrouver dans des images de la seconde moitié des albums de Tintin du grand Hergé.

Le commandant Andreani passe avec succès plusieurs examens pour devenir également instructeur, inspecteur-contrôleur, membre du jury des examens du personnel navigant, titulaire au Conseil de discipline du personnel navigant civil. Il présidera d’ailleurs le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Enfin, il participe pleinement à l’innovation, à l’une des dernières grandes épopées industrielles, technologiques et commerciales, avec le TGV, d’une France qui réussit : Celle du Concorde.
Au début des années 1960, la France et le Royaume-Uni s’engagent dans ce projet fou de construire un avion de ligne capable de voler plus vite que le son. L’accord intergouvernemental franco-britannique donne naissance à un programme industriel colossal porté par Sud Aviation (future Aérospatiale) et la British Aircraft Corporation. Le général Charles de Gaulle voit dans ce projet un symbole d’indépendance technologique en déclarant à propos des grands programmes industriels français : « La France ne peut être la France sans la grandeur. » Son successeur, Georges Pompidou, soutient résolument le programme. Pour lui, Concorde incarne la modernité industrielle : « Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. L’industrie en est une. » Les essais sont confiés côté français à André Turcat, pilote d’essai qui effectue le premier vol du prototype en 1969. Turcat dira plus tard : « Concorde n’était pas seulement un avion. C’était une rupture dans l’histoire de l’aéronautique. » Côté britannique, Brian Trubshaw évoquera « la sensation extraordinaire d’un appareil qui franchit Mach 2 avec la stabilité d’un grand liner ».
Le Concorde « s’accorde » avec le temps, il est un résultat spectaculaire, incroyable qui marqua durablement les esprits. En 1975, Fernand Andreani se voit proposer de passer d’un avion à réaction au supersonique. Il accepte. La formation est exigeante. Les vols d’endurance sont effectués sous la supervision des ingénieurs. La coordination entre équipage et instrumentation doit être parfaite. Le 21 janvier 1976, il commande le premier vol commercial d’Air France. Le président Valéry Giscard d’Estaing saluera l’événement comme « l’illustration éclatante du savoir-faire européen ». Le 22 août 1978, il signe un exploit : Paris–New York en 3 heures, 30 minutes et 11 secondes, à 1 669 km/h de moyenne. Un record international qui ne sera jamais battu. Toujours avec la même retenue, Fernand Andreani soulignera : « La seconde chance de ma vie fut d’être aux commandes du Concorde. »

Le Concorde devient rapidement un mythe autant qu’il suscitera une certaine jalousie aux Etats-Unis qui le critiqueront pour son coût, son impact sonore et qui ne tarderont pas à lui imposer des restrictions d’atterrissage. Les Etats-Unis où l’art divin de ralentir ou de freiner l’Europe aux anciens parapets. Dans les souvenirs, l’avion incarne, au-delà du génie de la technologie franco-britannique, une image du raffinement, d’un personnel navigant d’une grande prestance avec ces pilotes élégants et ces hôtesses divinement habillées par de grandes Maisons comme Carven, Nina Ricci et Grès. L’expérience est aussi rapide qu’unique. On décollait de Paris et on atterrissait à New York avant l’heure locale de départ. Officier de la Légion d’honneur, officier de l’Ordre national du Mérite, médaillé de l’Aéronautique, Fernand Andreani a certainement souffert de voir l’illustre avion être retiré du service en 2003, trois ans après l’accident dramatique de Gonesse qui causa le décès de 113 personnes. Fernand Andreani s’est éteint en février 2009, à l’âge de 85 ans.



