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Dr Paul Meria : « Le haut commandement de l’urologie française présentera à Bastia, ses recommandations quant à l’usage de l’IA »

Enseignant au Collège Français d’urologie depuis 1997, à l’université de Lille puis à celle de Rennes II, le docteur Paul Meria, originaire de Nonza et de Pianellu, organise du 25 au 27 juin, à Bastia, un séminaire de travail rassemblant «l’état-major » de l’urologie française. Il fait partie de cette lignée des grands professeurs de médecine que la Corse a donnée et entend continuer de donner. Regards, impressions, analyses avec un homme qui se dévoue jour et nuit aux missions du Serment d’Hippocrate : accueillir, prévenir, soigner, guérir…

Pour cet ancien du lycée « Jean Nicoli » qu’il continue d’appeler « Marbeuf » par habitude, la découverte de l’urologie a été le fruit de rencontres : « A l’époque, il n’y avait pas la fac à Corte. J’ai effectué mes études à Paris puis j’ai passé le concours de l’internat des hôpitaux. J’ai fait de la chirurgie générale, de la chirurgie vasculaire, orthopédique et même infantile avant de rencontrer le Professeur Leduc qui était quelqu’un d’exceptionnel. Il m’avait demandé de devenir son chef de clinique. Je suis resté cinq ans dans son service avant d’être nommé comme professeur à Lille pour restructurer l’enseignement de la faculté de médecine. Je suis retourné à Paris pour l’hôpital Saint Louis où je finirai d’ailleurs ma carrière. » Dans les propos de Paul Meria, de la tendresse qui invite à d’autres souvenirs : « Il y a eu le professeur Leduc mais aussi le professeur Richard, ils étaient des grands maîtres. Ces personnes vous donnaient envie de faire la même chose qu’elles. »

Paul Meria est depuis 26 ans, enseignant au Collège français d’urologie qui veille à former, chaque année, les nouveaux spécialistes dont la population a terriblement besoin. Avec sa promotion en tant qu’élève, un groupe a été fondé pour maintenir les liens d’amitié tout en partageant leurs expériences, leurs travaux de recherche : « Chaque année, nous organisons un séminaire, l’année dernière c’était Montbéliard, l’année précédente à Châteauroux… Et cette année, nous avons pu l’organiser à Aleria et à Corte. Dans tout séminaire, il y a un programme social avec une visite du Musée de la Corse mais aussi une découverte de Corte que nous avons pu faire grâce à Rémi Froment, Pierre-Jean Campocasso, le directeur du patrimoine de la CDC mais aussi Tony Sindali et Xavier Poli, l’ancien et l’actuel maire de Corte. » 

La visite d’un groupe comprenant les meilleurs urologues de France au sein de la ville universitaire ? On ose imagine les liens, les rapports, la réflexion à propos de la mise en place du CHU. Le professeur Paul Meria  y répond avec l’œil du spécialiste : « Nous en avons longuement parlé. Le problème du CHU est très compliqué, je pense qu’il convient surtout d’universitariser quelques disciplines. On ne pourra pas faire un CHU complet, c’est mon point de vue. Il faut universitariser certains services car ils sont très performants. Il y a des choses que l’on ne pourra pas faire. » Et par exemple, la transplantation d’organes : « En Corse, il y a, actuellement, 63 personnes inscrites sur ce registre des personnes en attente de transplantation d’organes. Uniquement, dans mon service à Saint Louis et rien que pour les reins, il y en a un millier. C’est ce qu’on appelle la masse critique. Il faut un gros volume d’activité pour faire à la fois de l’enseignement, du soin et de la recherche. Par ailleurs, quand vous devez procéder à un don d’organes, vous devez mobiliser, à chaque fois, pour l’opération, une trentaine de personnes. A Saint-Louis, nous faisons près de 200 transplantations par an. Nos équipes, nos infrastructures sont adaptées à cette masse critique. Sur certaines thématiques, on peut le faire, pour d’autres, il faudra déléguer ailleurs. Mais c’est une bonne idée qui permettra de fixer les étudiants et cela fera probablement revenir ceux qui sont partis. »  Selon sa propre idée d’un modèle de CHU en Corse, Paul Meria voit des opportunités de développement pour des services comme la cardiologie : « Le service de cardiologie à Bastia est très pointu. Ils ont un partenariat avec Marseille pour des travaux de recherche, ils ont une grosse activité de cardiologie. Ils ont des jeunes qui viennent se former. Il y a, également, l’oncologie qui pourrait être universitariser en raison du grand nombre de cancers en Corse et de nombreuses chimiothérapies y sont pratiquées. Il y a même de la chimiothérapie à Corte permettant aux habitants du Cortenais ou du Niolu d’éviter de se rendre à Bastia pour faire des séances. Cette délocalisation prouve les besoins. On a, aussi intérêt à universitariser la gériatrie en raison du vieillissement de la population insulaire. Il s’agit, à mon sens, d’options envisageables et utiles.»  

Le professeur pousse l’idée, étire les possibles, les champs d’investigation vers des territoires voisins pour accompagner la démarche de CHU : « Il y a l’Italie en face. Historiquement, les Corses faisaient leurs études de médecine à Pise. Et il y en a encore beaucoup, je pense, notamment à une jeune bastiaise qui est à Florence, un jeune de Linguizzetta qui est à Pise. On pourrait imaginer des partenariats avec les universités italiennes pour développer les échanges. » Une idée, celle de repenser la géographie dans les rapports et les relations. 

Un séminaire de l’urologie à Bastia

Paul Meria s’attelle, ces derniers temps, à la préparation du séminaire annuel des décideurs de l’urologie française qui se tiendra, à Bastia, du 25 au 27 juin. Un grand rendez-vous dirigé par l’Association française d’urologie, le Collège français d’urologie, le syndicat des urologues et le Conseil national professionnel : « Il s’agit d’instances décisionnaires et représentatives. On travaille sur un grand nombre de thématiques comme les recherches et les projets portant sur le traitement des cancers. Le thème de notre séminaire sera consacré à l’Intelligence Artificielle. »  Et la certitude ou plutôt le devoir de s’adapter à ce nouveau phénomène civilisationnel : « On ne peut plus y échapper. On trouve de l’IA partout à présent. Mais notre réflexion doit porter sur l’idée de rester dans le raisonnable, de ne pas aller dans la dépendance excessive. Cela doit rester un outil et non la nouvelle méthode du médecin. A titre d’exemple, il y a déjà l’introduction de l’IA dans les robots chirurgicaux mais le chirurgien doit demeurer celui qui réalisera l’opération. Nous ne souhaitons pas de robots autonomes comme pour les véhicules de demain. Considérons l’IA comme un outil avec des robots qui peuvent donner l’information à un chirurgien qu’il est en train de se tromper lors d’une intervention ou bien agrandir l’image pour une plus grande netteté. Il faut rester dans le registre de l’aide, de l’assistance. » Le haut-commandement de l’urologie présentera ainsi ses réflexions, ses conseils sur l’aspect éthique mais aussi juridique de l’emploi de l’IA : « Qui sera responsable en cas de problème ? L’IA qui s’est trompée ? Celui qui l’utilise ? Celui qui l’a créée ? Il y a encore un vide juridique autour de ce point. » Sans omettre le problème de tomber dans la facilité et de ne plus pouvoir, in fine, enrichir le débat, la discussion permanente autour de la recherche. « Il faut garder l’intelligence émotionnelle, c’est ce qui fait que nous sommes des êtres humains. Je ne me vois pas de demander à l’IA de recevoir mes patients, de leur dire ce qu’il convient de faire, de se faire opérer le temps que je prenne un café. Ce n’est pas imaginable ! Le rôle de nos sociétés savantes sera de définir les mesures appropriées, les moyens pour intégrer l’IA sans en devenir des esclaves. »      

La question de l’amélioration de l’offre de soins dans un pays exsangue pose, bien sûr, de sérieuses difficultés. Le Ségur de la Santé n’a rien réglé, les personnels sont de plus en plus en état de souffrance avec des rythmes de travail qui s’allongent tandis que dans un grand nombre d’établissements, les infrastructures deviennent obsolètes : « Le système de santé est à refondre complètement. Les frais augmentent avec le vieillissement de la population, la dépendance. Le progrès de la médecine fait qu’elle coûte de plus en plus chère. La médecine s’auto pénalise. Rappelons qu’au début du XXe Siècle, l’espérance de vie était de 46 ans, aujourd’hui, c’est quasiment le double. Il y a des maladies qui sont apparues, on ne pouvait les connaître car les gens n’avaient pas le temps de les avoir. La plupart des cancers survient à partir de la soixantaine. Ensuite, le traitement des cancers avec des molécules qui coûtent environ 100 000 euros par mois. L’urologie, c’est comme le reste. Nous avons des robots chirurgicaux mais un robot, c’est deux millions d’euros à l’achat sans oublier l’entretien annuel qui est de l’ordre de 100 000 euros ou l’achat de matériel spécifique à chaque intervention pour 2 000 euros par intervention. »

Si l’on est inquiet, on ne se lasse pas d’entendre le docteur poser les bons diagnostics sur nos maux publics même s’il l’admet, l’urologie n’est pas le parent pauvre de la médecine en France pour des raisons principalement structurelles : « Cela fait 130 ans que l’urologie existe, qu’elle s’est organisée en profession. Son histoire, l’organisation de sa filière nous permettent d’être très écoutées au sein des instances ministérielles. Nous avons beaucoup œuvré en termes de recherches, de formation, de soins. Il n’y a pas de hasard, par exemple, si l’actuel responsable du système de cotation des actes de l’assurance-maladie soit l’un de nos plus éminents spécialistes, le Professeur François Richard. »

La conclusion ? Faire plus avec moins ? Multiplier les actions de promotion et de sensibilisation pour financer la recherche : « Parmi les actions de sensibilisation, je citerai l’opération phare,  l’ascension du Mont Ventoux, chaque année, en présence de Bernard Hinault. N’oubliez pas que tous les ans, nous devons distribuer d’importantes et nombreuses bourses à nos étudiants. Des centaines de personnes s’inscrivent à chaque édition et l’argent ainsi collecté vient participer au financement des projets de recherches de nos étudiants. Si vous voulez envoyer des jeunes à l’étranger, si vous voulez leur donner des bourses, nous sommes dans l’obligation d’organiser ce type d’événements. » A chacune et chacun d’en prendre conscience, que la santé a besoin implicitement de moyens !

https://www.urofrance.org

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