Elle vit dans un écrin de rêve. Son cadre quotidien est la nature, à Ocana, où le temps semble suspendu comme dans la plupart des villages de l’île. Marine Casanova, la directrice générale de la clinique Valicelli, soigne et répare les âmes, un mélange d’Hygie et de Psyché, en particulier à travers la notion d’altruisme !
Le rendez-vous n’aurait peut-être jamais dû avoir lieu. Lorsque les obstacles mécaniques se dressent littéralement sur le bord de la route, le premier sentiment est souvent celui de rebrousser chemin. Des vents contraires qui persistent ? Il est légitime de douter. C’était sans compter sur l’extrême positivité d’une jeune femme dont le timbre de voix révèle tout de suite une belle âme ! Marine Casanova est à la fois une force tranquille, un roc, mais aussi une danseuse étoile, à la grâce et à l’agilité félines. Elle est un repère pour ses proches, ses amis, ainsi que pour le personnel et les patients de la clinique qu’elle considère comme sa propre famille.
Élégante, belle, mais surtout une personne pas comme les autres : sans chichis, naturelle, d’une humilité touchante. Tout est simplicité chez Marine. La première impression est généralement la bonne. On quitte l’établissement, les bureaux classiques d’un secrétariat, pour se rendre dans une vieille maison limitrophe, son véritable bureau qui peut également servir de lit pour les infirmières. On apprécie immédiatement cette polyvalence. La discussion s’engage, vite interrompue par sa maman Milana, qui veille au grain. Il faut dire que la clinique est une œuvre familiale. Elle a été fondée, il y a une quarantaine d’années, par le grand-père paternel de Marine, le docteur Laurent Casanova, et ses parents en prirent la direction en 1998. Marine avait 11 ans lorsqu’elle a quitté Marseille pour retrouver la Corse qu’elle connaissait en vacances. Son père Paul et sa mère ont réalisé d’importants investissements pour moderniser l’établissement, au point qu’Ocana est vite devenu une référence en Corse. N’est-il pas fréquent d’entendre dans les rues de Bastia ou de Porto-Vecchio : « Ah bon, tu vas te remettre en forme à Ocana ? »
Marine, sa maman et l’ensemble des équipes de la clinique, qui comptent une trentaine d’employés, ont comme doctrine le soin adapté à chacun des patients. À Ocana, la nature invite à la douceur, à la compréhension des difficultés et à la gestion des pathologies. Face à la montagne enivrante, absorbante et lumineuse, à sa roche granitique, il est possible d’observer, de contempler, de passer des heures à méditer. Ce paysage offrant une quiétude incroyable a servi d’arrière-plan au grand-père de Marine qui avait fondé cet établissement médical aux antipodes des standards urbains en la matière. Paul et Milana, les parents de Marine, ont poursuivi, prenant le relais avec le même engouement et la même passion : « Mes parents ont rénové l’établissement et surtout ils ont réorienté l’activité de la clinique sur le traitement des pathologies liées au diabète et à la nutrition » souligne la directrice de la clinique. Puis, en 2018, Marine a commencé à poser ses valises. Progressivement, un pas après l’autre. Cette diplômée d’école d’informatique a soutenu ses parents dans les tâches numériques pour un secteur hospitalier où les évolutions technologiques sont aussi onéreuses que fréquentes. Marine n’était pas de son côté “programmée” pour reprendre la suite : « Je n’envisageais pas de reprendre Valicelli. Mes parents ont fait en sorte de me laisser choisir et puis… » Et puis l’évidence, l’incroyable fonction de l’inconscient et du conscient, des choses écrites, de la destinée. Une troisième génération de Casanova pour diriger et orchestrer cette belle demeure consacrée à la santé. Il y a un lyrisme absolu dans cette histoire et une douleur profonde, souvent silencieuse, mais une âme encore présente dans ces lieux : celle d’un père parti trop tôt. Chez Marine et sa maman Milana, « never complain » ; pas de plainte mais une exigence, une volonté, une détermination : celle de continuer à vivre, à se battre, à créer, à soigner malgré la perte, malgré le déchirement. En 2023, accédant aux responsabilités, Marine s’interroge : comment prendre les bonnes décisions ? Comment ne pas douter dans ces moments où la solitude du chef d’entreprise peut être à la fois un atout et une faiblesse ? Elle persévère. C’est sa façon d’honorer la mémoire de son père disparu. La sportive au grand cœur a une âme de guerrière. Au volley, au beach-volley, elle aime prendre les choses en main avec une autorité naturelle. Au prénom prédestiné, elle est aussi passionnée de plongée et de photographie sous-marine, éprouvant une pure fascination pour ce monde du silence, qui lui permet de se ressourcer. C’est son équilibre, une harmonie qu’elle a su trouver patiemment au point d’en transformer sa vision de l’entreprise : « J’étais réservée au début. Je n’osais pas sortir du bureau. J’avais en moi ce syndrome de l’imposteur et puis notre coach en formation a eu des mots qui ont été un déclic : « Il faut sortir de ta tour ! »
Sortir de sa tour carrée, de sa petite maison excentrée, pour entrer pleinement dans l’établissement, le vivre, le ressentir. S’informer des doléances, des besoins, des tracas, des ressentis du personnel, discuter, échanger avec les patients, les médecins, les infirmiers. Toujours un mot, une gentillesse, une oreille attentive, un geste bienveillant. La direction d’une clinique est une lourde contrainte, une navigation complexe dans un monde de la santé en mutation permanente. Les contraintes réglementaires, la gestion des ressources humaines dans un secteur sous tension, les investissements nécessaires pour maintenir un niveau de soin à la hauteur des enjeux, la relation avec les autorités de tutelle : tout cela nécessite agilité et endurance, des qualités dont on peine à mesurer l’intensité. Le quotidien de Marine s’alterne entre la gestion des projets, des équipements, le traitement des dossiers administratifs et financiers, sans compter les visioconférences, les réunions, ou encore, comme si cela ne suffisait pas, ses activités en tant que coprésidente du COMEX 40 du MEDEF Corsica et ses participations dans diverses instances du monde professionnel. Marine en convient aisément, elle ne pourrait assumer ces fonctions sans le soutien et le travail d’une équipe dévouée : « Nous tenons à maintenir un état d’esprit familial. Il n’y a pas de hiérarchie dans le sens où il faut négocier avec quatre directeurs avant de mettre en œuvre une décision. Nous essayons, au contraire, d’être très réactifs, de nous adapter en permanence et de suivre les préconisations et les conseils de nos équipes. »

S’adapter en permanence pour améliorer la prise en charge de l’obésité et du diabète
À Ocana, cette méthode est bien rôdée autour de l’intérêt unique du patient : « Auparavant, on traitait le patient directement en fonction de sa pathologie. Depuis quelques années, nous adoptons une approche consistant à gérer le bien-être du patient dans sa globalité. De quoi a-t-il besoin ? Quel est son souhait ? Que faut-il mettre en place pour l’aider ? Nous avons orienté notre offre autour du patient et de la pertinence des soins… C’est tout le sujet des nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité (TMO). La clinique a été chargée d’encadrer la prescription afin d’autoriser les remboursements de la sécurité sociale à partir du 15 juin. » Un dossier crucial et un enjeu stratégique en termes de santé publique dans une île où les chiffres de l’obésité et du diabète explosent. Hospitalisation complète ou hospitalisation de jour, l’établissement s’adapte aux contraintes des quotidiens variés des patients : « Nous proposons un maximum de trois semaines pour l’hospitalisation complète, mais ce délai tend à se réduire. Il devient de plus en plus difficile pour les gens de s’absenter trois semaines, même si l’hospitalisation est prise en charge par la Sécurité Sociale. Nous allons essayer de conserver cette période de trois semaines, qui est pertinente pour donner toutes les informations nécessaires à la perte de poids et au traitement du diabète, mais nous mettrons également en œuvre des durées plus courtes avec des hospitalisations de jour, c’est-à-dire la possibilité de fractionner les trois semaines en plusieurs séances. »
Depuis quelques semaines, l’établissement s’est doté d’une pédiatrie : « Nous venons d’accueillir une endocrinopédiatre du continent. Pour le moment, nous accueillons les enfants sur la base d’une seule journée en hospitalisation de jour (HDJ) pour ceux qui habitent aux alentours, et pour les familles de la Haute-Corse, nous les hébergeons la veille afin que leurs enfants disposent d’une HDJ complète le lendemain. » La problématique est majeure et concerne aujourd’hui un trop grand nombre d’enfants : « C’est surtout très tabou. Nous avons le culte de l’enfant-roi, il ne faut rien leur interdire, et cela devient dangereux pour les enfants. Les parents culpabilisent beaucoup et partent du principe que si leur enfant est corpulent, c’est de leur faute, alors que la cause est souvent plurifactorielle : harcèlement à l’école, mal-être, patrimoine génétique. Il faut absolument traiter ces problèmes très rapidement. Notre endocrinopédiatre nous a récemment expliqué qu’il est crucial de faire revenir un enfant dans une courbe de poids équilibrée avant ses dix ans pour éviter de multiplier les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète et de complications. Il y a un vrai sujet de faire du préventif, de soigner les enfants avant les débuts de la puberté. »
Psychologues, médecins, infirmiers, assistantes de vie : tout l’encadrement est mobilisé autour de ce magnifique projet médical de prévention et de traitement : « Avec la spécialisation de la clinique sur les problématiques du diabète et de la nutrition, nous avons également récupéré l’autorisation pour les Clubs Sport-Santé de la Corse-du-Sud pour les patients fragiles ayant besoin d’un accompagnement pour faire des activités physiques. Notre rôle sera d’orienter, par exemple, une personne ayant un problème cardiaque vers un sport et un club bien précis pour sa remise en forme de manière sécurisée. Enfin, nous gérons le CSO, le Centre Spécialisé de l’Obésité. Cela permet de coordonner tous les parcours de soins autour de l’obésité, pour les patients ayant atteint un taux d’obésité trop important pour se déplacer ou pour des personnes en situation de renoncement de soins, etc. » Un accompagnement de A à Z qui permet, en outre, d’effectuer des formations dans les collèges et les lycées auprès des infirmières : « Une nouvelle session va démarrer en juin. Quant aux écoles primaires, nous avons un projet avec le service de la PMI de la Collectivité de Corse. Tout l’enjeu sera d’être dans le préventif pour éviter les problèmes ! »
Comment ne pas conclure cette immersion à la Valicelli sans aborder la relation affectueuse entre Marine et sa maman Milana, souvent teintée d’amusantes disputes, un amour à l’état pur, emballé dans le papier craquant des chamailleries du quotidien. Milana donne son avis sur tout, coupe volontiers la parole à Marine. Les scènes se reproduisent, un comique de répétition des plus attendrissants. Et puis, reconnaissons-le, la maman n’a pas tout à fait tort, ce qui est généralement perçu comme le plus agaçant. On veut alors marquer le point sur des détails, des façons qui diffèrent, sur ces petites divergences qui font comprendre la complémentarité du duo mère-fille. Dans les couloirs de l’établissement, dans son parc arboré, dans les regards de chaque visage, se dégage une idée commune : Valicelli est un bassin d’amour, un bain de jouvence, un élixir de vie. Marine en est la gardienne. Elle a fait la promesse d’en maintenir l’état d’esprit.



