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La Méditerranée, prochaine source d’énergie renouvelable ?

Et si le mouvement des vagues de la mer Méditerranée, pouvait un jour être valorisé pour contribuer à la production d’électricité ? C’est autour de cette question que s’articule le programme européen Interreg-Marittimo VAGUE-VAlorisation de l’ÉnerGie prodUite par la mEr, mené à l’Université de Corse Pascal Paoli et placé sous la responsabilité scientifique du Dr Sylvia Agostini, maître de conférences en écologie marine, au sein du Laboratoire Sciences Pour l’Environnement (UMR SPE CNRS 6134). Pendant un intervalle de trois ans (2025-2028), chercheurs et ingénieurs s’intéressent aussi à une source d’énergie renouvelable encore peu exploitée : l’énergie houlomotrice.

La transition du système énergétique mondial vers la décarbonation s’est imposée, au cours des dernières décennies, comme une priorité politique et industrielle majeure. Elle répond à des enjeux étroitement imbriqués : atténuation du changement climatique, croissance démographique, sécurité d’approvisionnement énergétique et raréfaction progressive des ressources fossiles. Malgré les engagements internationaux en faveur de la neutralité carbone, le mix énergétique mondial demeure aujourd’hui largement dominé par les combustibles fossiles, qui représentent encore 86 % de l’énergie consommée à l’échelle planétaire, selon le Statistical Review of World Energy 2023. Face à ce constat, les énergies renouvelables constituent un levier stratégique pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et orienter durablement les systèmes énergétiques. Parmi elles, les énergies marines renouvelables (EMR) occupent une place singulière, en mobilisant les dynamiques naturelles de l’océan pour produire une énergie faiblement carbonée, notamment en Europe où leur développement est progressivement structuré. Toutefois, certaines technologies, comme l’éolien offshore, connaissent une forte accélération industrielle. Mais cette montée en puissance soulève aussi des interrogations : emprise spatiale, impacts sur les paysages marins, complexité des chaînes logistiques offshore, ou encore acceptabilité sociale. Ces éléments rappellent que la transition énergétique ne peut être uniquement technologique : elle est également écologique, territoriale et sociétale. Dans ce contexte, les approches expérimentales progressives, fondées sur l’observation et la mesure in situ, deviennent essentielles pour accompagner un développement plus maîtrisé des nouvelles filières.

L’énergie houlomotrice : une filière encore émergente

L’énergie houlomotrice correspond à la valorisation de l’énergie contenue dans les vagues, issue du transfert d’énergie entre le vent et la surface océanique. Elle combine des composantes cinétiques et potentielles, transportées par les oscillations de la houle. À l’échelle mondiale, le potentiel énergétique des vagues est reconnu comme important. Au-delà de sa complémentarité avec le solaire et l’éolien, l’énergie houlomotrice se distingue par une stabilité et une prévisibilité supérieures, liées à l’inertie des systèmes océaniques. Contrairement au vent et à l’ensoleillement, fortement variables à court terme, la houle présente une dynamique plus régulière et anticipable, ce qui confère à cette ressource un intérêt stratégique majeur lorsqu’elle est correctement positionnée et adaptée aux conditions locales. Cependant, cette filière reste aujourd’hui au stade de développement expérimental. Les dispositifs existants doivent encore démontrer leur robustesse en conditions réelles : environnement marin extrême, corrosion, maintenance difficile, coûts d’installation élevés et forte variabilité des états de mer. Il convient néanmoins de souligner que ces dispositifs sont souvent considérés comme parmi les technologies les plus sobres et les moins impactantes des énergies marines renouvelables, ce qui renforce l’intérêt scientifique et stratégique de leur développement. Un autre enjeu majeur concerne la compréhension fine de l’interaction entre ces systèmes et les écosystèmes marins, encore insuffisamment documentée à long terme.

Du constat scientifique au programme VAGUE

C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit le programme VAlorisation de l’ÉnerGie prodUite par la mEr (VAGUE). Porté dans le cadre de la programmation Interreg Italie–France Maritime 2021–2027, le programme repose sur un partenariat transfrontalier réunissant des acteurs institutionnels, scientifiques et portuaires du bassin méditerranéen. Coordonné par la Région Ligurie, il associe notamment l’Université de Corse, l’Université de Toulon, l’Université de Gênes, ainsi que plusieurs autorités portuaires et structures territoriales, dont l’Autorité de système portuaire de la mer Tyrrhénienne septentrionale, l’Autorité de système portuaire de la mer Ligure occidentale et l’Azienda Speciale Parco di Porto Conte. Au-delà de la coopération institutionnelle, VAGUE s’inscrit dans une logique de recherche appliquée fortement ancrée dans le réel.

Observer, tester et comprendre en conditions réelles

Le programme se distingue par une approche expérimentale in situ, reposant sur l’installation de sites d’essais en mer conçus comme de véritables laboratoires naturels. Ces dispositifs permettent d’évaluer des prototypes à échelle réduite dans des conditions représentatives de la Méditerranée, en intégrant la variabilité de la houle, du vent et des saisons. L’objectif ne se limite toutefois pas à la seule performance énergétique des systèmes testés : il s’étend également à l’évaluation de la durabilité des matériaux en environnement marin et à l’étude de leurs impacts potentiels sur les écosystèmes. Dans ce cadre, les équipes scientifiques de l’Université de Corse assurent un rôle central, en mettant en œuvre un suivi environnemental rigoureux basé sur des protocoles d’observation de la biodiversité marine et des dynamiques écologiques locales.

Vers une planification intégrée du développement houlomoteur

En parallèle, les chercheurs développent des outils de modélisation cartographiques et d’analyse visant à identifier les zones les plus favorables à une future valorisation de l’énergie des vagues. Cette approche repose sur une lecture intégrée du milieu marin, croisant plusieurs dimensions complémentaires : le potentiel énergétique de la ressource, les contraintes techniques liées à l’installation et à la maintenance des dispositifs, la sensibilité écologique des écosystèmes marins, les usages existants du littoral tels que la pêche, la navigation ou les activités récréatives, ainsi que les enjeux d’acceptabilité territoriale et sociale. L’objectif est de construire une vision la plus complète possible des conditions d’implantation, afin d’anticiper les interactions entre technologie et environnement. Dans ce contexte, la Corse apparaît comme un territoire particulièrement pertinent d’étude, en raison de la diversité de ses régimes de houle, de la complexité de ses configurations côtières et de l’intensité des interactions entre espaces naturels et activités humaines, offrant ainsi un terrain d’analyse représentatif des enjeux de développement de cette filière émergente. Par cette approche progressive et intégrée, le programme VAGUE se situe à l’interface entre recherche scientifique, observation environnementale et réflexion sur l’aménagement des espaces maritimes. Plutôt que de viser une exploitation immédiate de l’énergie des vagues, il s’inscrit dans une démarche longitudinale, fondée sur la compréhension fine des systèmes naturels pour une meilleure planification écologique intégrée de ces énergies en mer Méditerranée et en particuliers autour des îles. L’objectif est clair : poser les bases scientifiques nécessaires à une éventuelle valorisation future de l’énergie houlomotrice, à la fois énergétiquement pertinente, écologiquement responsable et socialement acceptable.

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