A peine 18 ans et déjà un sacré palmarès ! Natif de Bastia, ayant grandi à Porto Vecchio, le jeune Noé fait partie des cinq meilleurs mondiaux de Wingfoil, une discipline sportive créée au début des années 2010 par Tony Logosz. Une véritable révolution pour les freeriders et tous les amoureux de sensations fortes comme lui…
Connaissez-vous la Wingfoil ? C’est une planche à voile sur laquelle est fixée un aileron qui permet de flotter et même d’éprouver la sensation d’être dans les airs. Sa création récente s’inscrit dans une véritable tendance, une véritable passion d’une jeunesse désireuse de se sentir en liberté. On se souvient du film « Point Break » avec Keanu Reeves et Patrick Swayze qui marquait déjà, au début des années 90, le caractère hypnotique, le pouvoir d’attraction et la frénésie autour du monde du Surf. Dans le cas du Wingfoil, on entre dans une autre phase, dans une dynamique encore inachevée du Sport Extrême et de ses disciplines. Beaucoup de choses restent à inventer dans ce domaine, tout n’a pas encore été imaginé : il reste encore des formes, des sauts à réaliser ! Et pour cela, on peut compter sur le jeune Noé qui a placé toute sa détermination et son énergie depuis l’âge de 14 ans à faire de la Wingfoil, une passion qu’il élève à un art suprême. S’affranchir des règles de la pesanteur, se laisser porter par les vents, les alizés, voici le rêve absolu, la quintessence pour Noé, le natif de Bastia qui a grandi et habite encore aujourd’hui à Porto Vecchio. Notre jeune champion fait partie de l’élite mondiale de Wingfoil. Incroyable car la Corse n’est pas renommée pour être un lieu particulièrement propice à l’émergence de talents de glisse d’autant que le parcours de Noé est des plus déconcertants. A l’âge de quatre, cinq ans, Noé a commencé par la voile pour enchainer avec la planche à voile : « Cela devait être un ou deux ans après ! »
Son premier déclic : « J’ai immédiatement été accroc à la planche à voile, j’avais envie d’aller vite, d’éprouver des sensations fortes tout en continuant la voile jusqu’à mes 10 ans. » Mais pourtant, c’est un univers totalement différent qui l’observe, qui l’appelle, celui de la… montagne : « Mes parents étaient fans de ski donc nous avions l’habitude d’aller en station sur le continent lors des vacances d’hiver. » Noé dévore et dévale les pentes. Il semble avoir trouvé sa voie : « D’autant que les jeunes de mon âge avaient la possibilité d’en faire dans le cadre scolaire. » Dans son esprit, il n’y a guère l’ombre d’un doute : « Je voulais absolument rejoindre cette école. J’avais effectué mes tests d’entrée. Les professeurs et les moniteurs ont estimé que j’étais légèrement en dessous de mes camarades de classe mais ils étaient convenus de me laisser une chance. » Noé intègre ainsi un club sport-études à l’âge de 8 ans. Un programme sportif en Savoie où il restera jusqu’à ses 14 ans. Nouveau déclic ? « C’est à ce moment qu’apparait véritablement le Wingfoil sur le plan international, soit un an et demi avant d’entrer au lycée. C’est en allant faire de la planche à voile avec mon père durant l’été à Porto Vecchio que j’ai découvert cette discipline. J’ai voulu essayé et j’ai eu le sentiment de progresser très vite. Il faut dire qu’il n’y avait pas grand-monde et surtout il y avait très peu de jeunes. Cela m’a permis de faire remarquer. Il y avait encore le ski. Résultat, à la rentrée scolaire suivante, je devais faire le choix entre la Savoie et prolonger mon sport-études ou intégrer le Pôle Espoir de la Wing sur le continent. » Noé effectuera sa seconde et sa première à Hyères dans le Var : « Au final, le pôle espoirs ne disposait plus d’heures aménagées avec le lycée et je suis rentré à Porto Vecchio pour la Terminale. Je veux remercier le proviseur du lycée de Porto Vecchio qui m’avait très gentiment permis d’avoir des horaires spécifiques pour m’entrainer. »

Avec le foil, une sensation de puissance et de plénitude : « La différence avec la planche à voile ou le surf, c’est le foil qui nous permet d’être au-dessus de l’eau et qui nous donne cette impression de flotter dans les airs. Bien sûr, avec le temps, une fois qu’on s’y est habitué, on n’y pense plus mais je me rappelle très bien de mes premiers essais, j’avais vraiment cette sensation de voler. C’est unique ! C’est très bizarre lors des débuts. Le foil se lève d’un coup et on se sent très léger ! »A entendre Noé raconter ses aventures, on voudrait même embarquer avec lui dans son « arche », son sport de prédilection qu’est le Wingfoil. Tel un poisson dans l’eau, Noé vit au maximum son parcours. Ses entrainements sont des plus fréquents : « En Corse, nous avons la chance d’avoir une météo très clémente tout au long de l’année. Pour la wing, nous sommes rythmés par le vent, le reste des conditions météorologiques nous importent peu surtout chez nous où les températures de l’eau restent acceptables en hiver. On peut y aller facilement avec une combi. Franchement, ce n’est pas comparable avec la Bretagne où l’on trouve des clubs de Wingfoils qui organisent des entrainements tous les mercredis pour leurs jeunes alors que c’est l’Océan. La Wing dépend surtout du vent. SI on est à Bonifacio ou plus généralement dans l’extrême sud, c’est quasiment quotidien. Au départ, j’appréciais les vents très forts et puis, petit à petit, j’ai eu tendance à aimer les vents modérés qui sont plus réguliers et de facto, je m’entraine plus souvent dans ces conditions. »

Jeune mais déjà pionnier dans son sport au regard de son expérience, Noé milite pour démocratiser la pratique et les usages de la Wingfoil et il reste encore beaucoup de chemin à accomplir, nous concède-t-il : « C’est compliqué d’attirer les jeunes car il y a, d’une part, la motivation de s’entrainer notamment en hiver. Cela fait partie des raisons qui m’ont incité à rejoindre le Pôle Espoir. Enfin, le deuxième frein peut être financier en raison du matériel qui, pour démarrer, s’élève entre 1500 et 2000 euros. Enfin, en Corse, la jeunesse n’est pas assez orientée vers la mer et les sports nautiques. C’est dommage car nous avons un terrain de jeu extraordinaire, des spots uniques dans le monde. Le potentiel est pourtant énorme.» Une réflexion de bon sens, d’une grande maturité en dépit de son jeune âge. S’il est plus souvent dans l’eau, Noé a également les pieds bien ancrés dans la réalité, souhaitant, un jour, que la Corse puisse tirer avantage de sa géographie : « Paradoxalement, il y a beaucoup d’îles qui ne regardent pas la mer, où le taux de personnes qui ne savent pas nager, par exemple, est très élevé et c’est justement le cas de la Corse. C’est la même chose en Guadeloupe. On y trouve une forte communauté de surfeurs, certes, mais une grande partie de la population ne sait pas nager. A l’inverse, la Bretagne qui est une terre de marins. Ils ont la culture de la voile en eux. Les enfants y ont quasiment un enseignement obligatoire alors que c’est nettement moins amusant d’en faire chez eux qu’en Corse. Je peux vous le garantir ! (rires) »
De son côté, Noé, au regard de ses performances mondiales, est aujourd’hui, sponsorisé par Vayu, une marque allemande de Wingfoil et par Hurley, une grande entreprise américaine spécialisée dans les équipements vestimentaires adaptés aux activités nautiques. Une professionnalisation qui lui permet de grandir, de se perfectionner, de peaufiner son talent. Rien n’est laissé au hasard pour ce membre de la Team France, très heureux d’avoir pu faire découvrir la Corse à ses coéquipiers, lors d’un stage fédéral.

Un palmarès déjà impressionnant
Depuis son arrivée en Wingfoil, la pépite du sport insulaire n’en finit pas de surprendre : vice-champion du monde Junior à trois reprises, champion de France Junior et Sénior en 2024 sans oublier une deuxième place en Coupe du Monde lors d’une étape ! Et pour le classement 2026, Noé affiche une probante cinquième place mondiale face à une concurrence des plus sévères : « Les compétitions en freestyle se déterminent par des tableaux. En fonction des compétiteurs avec lesquels on va concourir, l’épreuve pourra être plus ou moins difficile. » Les compétitions se distinguent selon deux disciplines majeures, le freestyle et la « Race », la course de vitesse. Noé a sa préférence, le freestyle, bien sûr, plus acrobatique : « Nous sommes notés sur une figure. Nous avons sept ou huit essais et en règle générale, les trois meilleures figures sont retenues par le jury pour la notation. Quant à la Race, c’est la course classique avec un départ entre un bateau-comité et une bouée. Généralement, ce sont des parcours très courts que l’on va effectuer plusieurs fois. »
Au-delà du talent et des capacités physiques, le moral joue pleinement dans cette nouvelle discipline en particulier au niveau du Freestyle selon Noé : « Psychologiquement, je pense que le Freestyle est plus exigeant que la Race. Comme les épreuves sont individuelles, on a le loisir d’observer les prestations des autres compétiteurs et cela peut être très déstabilisant. D’un côté, on nous apprend à nous focaliser sur notre travail et de l’autre, nous avons quand même besoin de regarder ce que font les autres pour se faire une idée, pour gérer la compétition. Si l’un des Wingsurfers fait un saut extrêmement compliqué, alors, il faudra prendre davantage de risques lors de son passage. Il y a de la stratégie à mettre en place tout en gérant le stress. » Dans son épreuve fétiche, Noé est jugé comme ses concurrents, sur la hauteur du saut, sa technicité et sur l’esthétisme du saut.
Prochaines étapes pour Noé ? « Le 24 juin à Tarifa dans le sud de l’Espagne, pour une épreuve en Freestyle. Ensuite, au mois de juillet, il y aura deux épreuves dans les îles Canaries. Au mois d’août, j’enchaine avec ma première « Race » en 2026, qui se tiendra à Istanbul et en fin d’année, direction le Brésil. » Une passion extraordinaire qui permet au jeune insulaire de voyager, de s’épanouir, de découvrir d’autres cultures, d’autres influences et horizons… Que demander de plus ? L’organisation d’une grande compétition en Corse ? « Cela serait formidable mais cela demande un important investissement financier, des partenaires publics et privés à trouver même si le Wingfoil se développe de plus en plus. En avril, nous avons eu l’organisation d’une nationale à Calvi, en gros des pré-championnats de France. Les clubs locaux ont pu démontrer que l’on pouvait organiser de beaux événements en Corse. » Et pourquoi pas une Coupe du Monde qui serait remportée ensuite par Noé ? Et pourquoi pas !




