C’est en 1856 que Napoléon III procède à la reconnaissance de l’eau d’Orezza, déjà renommée depuis le XVIIIe Siècle pour ses vertus thérapeutiques. Il en autorise l’exploitation de sa source, par un décret du 25 avril 1856. 170 ans plus tard, elle coule toujours. Depuis une dizaine de mois, son nouveau modèle coopératif lui permet de pétiller davantage comme nous l’explique sa directrice générale, Carine Balli.

L’aménagement de la Corse, ses routes, ses ouvrages d’art mais aussi sa tentative d’industrialisation ont été, en grande partie, l’œuvre de Louis-Napoléon III et du Second Empire. L’histoire commence à lui rendre grâce d’avoir été un chef d’Etat visionnaire, à la fois architecte, bâtisseur, soucieux d’éducation, de sécurité, de développement économique et de structuration des établissements de santé. Dans cette logique, « Napoléon le Petit », comme le surnommait cruellement Victor Hugo, n’oublia pas la Corse. Le pari était ingénieux : faire du thermalisme un pilier majeur de l’économie insulaire tout en commercialisant une eau de très grande qualité sur le site d’Orezza. En 1870 ; lors de l’âge d’or du thermalisme à Orezza, la société parviendra à commercialiser pas moins de 800 000 bouteilles d’eau ferrugineuse dans l’île, sur le continent et dans les colonies.
En 2026, l’aventure se poursuit et à travers le nouveau modèle coopératif mis en place l’année dernière, l’objectif est « d’irriguer » davantage, d’assurer davantage de retombées pour le territoire, ses habitants et les personnels de l’entreprise. Pour les 170 bougies, ces représentants ont souhaité offrir un beau cadeau d’anniversaire lors de la journée du 24 avril : « Célébrer cet anniversaire était une belle occasion de marquer la reprise de la société en coopérative, de signifier son nouveau dynamisme à travers la réappropriation de son outil. Nous avions souhaité un temps, un instant pour remercier l’ensemble des personnes qui nous accompagnent dans ce projet industriel. C’était le moment idéal pour remercier tous les acteurs et associer les gens de la vallée à travers l’organisation d’un village des artisans, la présence de Scola Corsa, de Scola in Festa, l’école de chant de Folelli pour faire la fête avec le plus grand nombre. »

Un an après, la création de la société coopérative d’intérêt public, SCIC, les résultats sont déjà là et les chiffres parlent d’eux-mêmes : « On est au-dessus du prévisionnel prévu, nous avons clôturé un très bel exercice où nous faisons trois fois le résultat de la précédente gestion. C’est une très belle surprise. Grâce au nouvel élan suscité par ce modèle économique, les salariés ont augmenté de 30% la production, les distributeurs et les restaurateurs ont pleinement contribué, eux-aussi, à ce résultat, en assurant la promotion de l’Orezza de manière continue malgré le changement de direction. C’est vrai qu’ils auraient pu être sur la réserve car les conditions et les modalités financières évoluaient, sans oublier le changement de marketing mais aussi le fait que le centre décisionnel revienne en Corse. Vous savez, quand vous avez des salariés qui observent que l’argent quitte la Corse pour être investi ailleurs, en particulier à Monaco, cela ne risquait pas vraiment de les encourager. Tous ces éléments nous ont permis de réaliser une année incroyable… » Et en dix mois d’exploitation, la SCIC a dépassé les 10,5 millions de bouteilles vendues, un record ? « Non, madame Mora avait fait plus mais en douze mois d’activité sans compter qu’en plein mois d’août 2025, elle a stoppé l’export et rompu le contrat de manière unilatérale. Nous avons donc vendu 10,5 millions de bouteilles sans avoir recours à l’export. »

Pour continuer sur la bonne voie, la SCIC a redéployé ses compétences, elle s’est consacrée ainsi à récupérer les clients de la direction précédente : « Nous en avons récupéré un certain nombre. Il a été nécessaire d’engager un dialogue, de formaliser de nouveaux accords commerciaux. C’est en cours et je pense qu’en 2027, nous pourrons augmenter la production et atteindre les 13 millions de bouteilles. » Une perspective qui semble séduire les nouveaux clients de l’eau d’Orezza : « On renforce notre production en Corse mais aussi à l’export en consolidant nos marchés de niche dans l’hôtellerie 4 ou 5 étoiles, dans les restaurants étoilés Michelin. » La SCIC, son manifeste, ses idées, son modèle unique de collaboration partagée entre la CDC, les communes, l’intercommunalité, les associations, les salariés et la CADEC répond à bien des enjeux, à bien des attentes. Pour aller plus loin, une programmation pluriannuelle d’investissement sur cinq ans sera mise en place afin de rénover l’appareil de production, de réinvestir le segment logistique pour concrétiser ces bons résultats : « La participation, l’association de toutes les énergies ont permis de faire rayonner cette entreprise. »
Les retombées directes pour le territoire ne sont pas qu’économiques, il y a également les aspects de préservation du patrimoine environnemental et de la culture qui tiennent une place prépondérante dans la stratégie et les orientations de ces eaux d’Orezza new-look : « Nous avons le chant avec Féli, Scola in Festa et Scola Corsa. Nous avons eu des ateliers créatifs avec Lili Pissenlit et François-Marie Peri qui ont imaginé des dessins, des petits carnets autour d’une histoire écrite par Lili afin d’expliquer aux enfants, la source, ses bienfaits, la nécessité de la protéger. »
Et pour bien fêter, l’esprit plein de bulles, ce 170ème anniversaire, une collection limitée a été commercialisée : « Nous avons une collection collector sérigraphiée avec 20 000 coffrets et 30 000 bouteilles. Le coffret se compose de deux verres et d’une bouteille. Ils seront en vente dans les épiceries fines et à la boutique située sur le site d’exploitation. Elle sera ouverte tous les jours à partir du 1er mai jusqu’à la fin du mois de septembre. »




