Vanille, c’’est une douceur sucrée, un parfum délicat mais c’est aussi une chanteuse dont les origines aussi bien paternelles que maternelles sont iliennes. Dans ses yeux, il y a les Caraïbes de son père, le célèbre Julien Clerc et la Méditerranée de sa mère, la cavalière professionnelle, Virginie Coupérie-Eifel. Son lien avec la Corse est d’un point de vue patrimonial extraordinaire, elle est la descendante de Gustave Eiffel par sa fille Valentine qui avait épousé Camille Piccioni dont le père fut maire de Bastia…La jeune chanteuse a sorti en 2025 un troisième album « Regarde » dont le clip principal a été tourné dans son village de Pino. Rencontre.
Une grande partie de vos vacances s’est déroulée à Pino ?
Oui, j’y suis venue tout au long de mon enfance, mon adolescence y compris jusqu’à mes vingt ans. A présent, je continue de m’y rendre mais les voyages se font moins réguliers.
Comment a débuté votre parcours ?
J’ai commencé la musique assez tard finalement car j’ai appris la guitare toute seule sur Youtube alors que je travaillais déjà dans l’événementiel. On peut dire que c’est une réorientation de vie. Mon deuxième album est sorti quand j’avais 30 ans, mon parcours artistique a été assez long. J’ai joué dans dans des petits bars, j’ai pris un chemin assez insolite.
Pourtant, on pense faussement qu’avec un papa artiste, on est immédiatement placé dans le landau musical ?
J’ai été dans le bain artistique et culturel, cela m’a beaucoup apporté mais pas du tout à la jonction pour devenir artiste. Quand j’ai voulu devenir chanteuse et musicienne, mon père m’a vraiment laissé faire toute seule, sans me pistonner ou m’aider. C’est un service qu’il m’a rendu car, aujourd’hui, si je peux vivre de mes chansons, c’est uniquement grâce à mon travail. C’est quelque chose d’important. Je suis passionnée des mots, de la littérature, j’avais très envie d’écrire mes chansons. Sur Youtube, j’ai commencé à rejouer des chansons que j’aimais, les Beatles, Barbara, Gainsbourg, un peu de Blue’s. Par la suite, je me suis mise instinctivement à composer et à écrire des textes. L’amour de la lecture m’a déclenché l’envie d’écrire. J’ai sorti mon premier album en 2019. Il a été enregistré au Brésil, je dis souvent que c’est de la Pop solaire, de la chanson française un peu métissée, de la Bossa Nova à la française. Dans les deux albums suivants, j’ai essayé de garder ce fil rouge musical, ces influences brésiliennes, de notes et d’accords enrichis de la Bossa Nova, de rythmes de percussions latines et parfois africaines. Dans le dernier album « Regarde », il y a l’apport de l’électro à cette Pop’ solaire. En festival ou en concert, cela marche très bien car cela donne un côté plus dansant, on parvient à avoir de la chanson à texte dansante. Il y a aussi une chanson, dans cet album, que j’interprète en duo avec l’artiste Flavia Coelho. Le titre du morceau s’appelle « Balance », c’est vraiment une ode à l’instant présent, c’est ma chanson préférée de l’album.
Vous évoquez les grands noms comme Barbara ou Gainsbourg mais aussi la lecture. Quelles ont été vos influences littéraires ?
J’aime beaucoup les Romantiques, les grands classiques comme Les Misérables, j’aime la langue de Zola, de Flaubert mais aussi la littérature russe avec Anna Karénine de Tolstoï, Crime et Châtiment de Dostoïevski. J’aime lire également des choses plus contemporaines, j’apprécie la plus de Gaël Faye. Mais c’est vrai que les grands classiques restent une source inépuisable d’inspiration et d’éducation. Je n’y suis pas arrivée tout de suite, l’élément déclencheur de mon amour pour la lecture a été Françoise Sagan. Son style me faisait penser à la musique brésilienne car on y retrouve deux ingrédients très caractéristiques, la mélancolie et la légèreté. Ces deux sentiments m’ont donné vraiment envie de lire.
Pourquoi Sagan ? On ne l’imagine pas faire partie du logiciel des générations plus jeunes ?
Je lisais des nouvelles de Maupassant, puis des romans historiques de Stefan Zweig puis en regardant la bibliothèque, je tombe sur ce livre, « Un peu de soleil dans l’eau froide ». Attirée par le titre, j’ai commencé à le lire, à le dévorer. Sagan, c’est une lecture extraordinaire, elle a une patte incroyable. Rien qu’en lisant deux ou trois phrases, on sait déjà qu’elle en est l’auteur. On reconnait la voix de la personne rien qu’en lisant les mots sur le papier.
Mais si l’on revient sur votre carrière, elle débute assez tardivement contrairement aux règles établies ?
J’ai commencé à jouer de la guitare à 21 ans, l’écriture à 23-24 ans. Le chemin artistique a été long. J’ai commencé 26 ans, le temps ensuite de sortir un premier album, de trouver un producteur, de commencer à jouer dans les bars et les cabarets. A 28 ans, j’ai cessé mes activités dans l’événementiel sportif pour me consacrer entièrement à la vie artistique. C’était devenue comme une obsession. Le déclic est venu quand j’ai commencé à composer mes premières chansons. C’est à partir de là que je devais foncer pour atteindre mon objectif. J’ai eu la chance d’avoir deux mentors dont Freddy Koella qui était membre du groupe de Cookie Dingler. Ils se sont évertués à me rassurer et à m’encourager.
Pour l’écriture de vos chansons mais aussi la composition de vos musiques, comment vous vient l’inspiration ?
De la vie, des épreuves traversées, des joies, des peines. Pour moi, cela vient d’émotions brutes et vécues. Il y a une part d’influence guadeloupéenne et aussi de Corse. Au bout du troisième album, on peut dire que le style est plus affirmé au niveau des influences. On a plus d’expérience, on a plus confiance en soi, on sait aussi ce que l’on veut entendre.
Vos thèmes de prédilection ? L’amour forcément ?
Toutes les formes d’amour, l’amour filial, l’amour maternel, l’amour fraternel, l’amitié, l’amour amoureux. Je veux essayer d’en explorer tout l’univers.
En tant qu’enfant du disque, quel est votre regard sur cette société qui a évolué, qui consomme par les plateformes à la place d’aller chez le disquaire, une profession qui a, hélas, disparu ?
Le nombre d’artistes présents aujourd’hui sur les plateformes est incalculable. Auparavant, il n’y en avait que très peu, on vendait les disques comme des petits pains. L’économie est beaucoup plus difficile qu’à l’époque. Après, il faut considérer que cela toujours été un métier de doute. On peut avoir un très gros succès et rencontrer l’échec sur l’album suivant. Il n’y a pas de notion de CDI, avec un salaire garanti à la fin du mois. C’est un métier-passion, un métier absolument magique et extraordinaire mais très risqué. Vous avez raison, on peut faire beaucoup de streams et ne pas gagner très bien sa vie. Il y a beaucoup de travail au-delà de la musique, de la composition et de l’enregistrement : il y a de l’image à travailler, ce n’est pas simplement une photo et un clip. Les artistes pouvaient être fortement assistés par les labels. Aujourd’hui, ils doivent être beaucoup plus complets. De plus en plus d’artistes deviennent, par ailleurs, leurs propres producteurs.




