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John Butler : la musique au service de la nature

Grand auteur-compositeur de la musique indépendante australienne, John Butler est un personnage, un artiste engagé en faveur de la protection de la nature et de la biodiversité. A Patrimonio, il jouera et chantera ses mélodies qui sont avant tout des réflexions sur nos époques, notre temps, notre façon de concevoir le monde, d’en épuiser ses ressources. Quelqu’un d’inspirant…

Patrimonio est un festival unique, au cœur d’un magnifique paysage méditerranéen. Est-ce un endroit particulier où vous aimez jouer et créer de la musique ?

John : J’ai vraiment hâte de jouer, si c’est ce que vous voulez dire. J’adore la Corse, j’y suis déjà venu et j’ai déjà joué à ce festival. J’apprécie vraiment cet endroit. Ce que j’aime, c’est que le public qui vient ici apprécie vraiment le savoir-faire musical. Les gens comprennent le temps qu’il faut pour maîtriser un instrument, une guitare par exemple, et pour ensuite le jouer sur scène. C’est agréable de jouer devant des gens qui ont cette maturité et cette sensibilité pour la culture et la technique.

Aviez-vous une image particulière de la Corse avant d’y venir ?

Je suis venu en Corse il y a vingt ans, sans vraiment savoir à quoi m’attendre. J’ai été bluffé par la beauté des lieux et par l’identité de la culture corse que j’adore.

Votre musique évoque souvent l’espace ouvert et votre lien à la nature. Ressentez-vous des similitudes entre l’Australie et la Corse ?

Là où je vis, en Australie-Occidentale, le climat est assez méditerranéen. Et j’ai de la famille originaire de cette région du monde — grecque, bulgare — et ma femme est maltaise. Donc oui, nous avons une vraie affection pour cette partie du monde.

Quelles émotions traversez-vous lorsque vous jouez de la guitare ?

Avant tout, j’essaie d’être présent. Si je suis présent, alors je suis à l’écoute des émotions qui sont là. Mais la première chose, c’est d’être vraiment ancré dans l’instant. C’est là que je trouve le plus de puissance et de passion — quand je ne pense ni à demain, ni à hier. Comme je le disais, si je reste présent, je peux être connecté à toute l’imaginaire et à toutes les émotions. Pour moi, il s’agit d’atteindre un endroit intemporel, quelque chose de transcendant, presque divin. C’est ce que je recherche. Et parfois, c’est simplement du pur flow, du plaisir. Le mélange des deux commence là. Si on arrive à réunir tout ça, et à le porter légèrement, comme un enfant qui joue, alors on touche ce point d’équilibre parfait.

L’improvisation compte-t-elle beaucoup pour vous sur scène ?

Pour certains morceaux, oui, pas pour tous.

Dans une époque dominée par le streaming et les contenus courts, considérez-vous encore l’album comme une œuvre artistique à part entière ?

Aujourd’hui, il n’est pas simple de faire de la musique face à ce monde du streaming et de l’IA. Pour moi, je pense que ce que nous faisons est une sorte d’antidote. Avec les groupes qui jouent avec des pistes préenregistrées, l’IA et tout ce genre de choses, on dilue peu à peu ce que signifie être un musicien live. Je pense qu’un groupe comme le mien — et il y en a plusieurs comme nous, qui ont passé des années à jouer en live sans ordinateurs — cela nous distingue. Cela nous rend un peu spéciaux aujourd’hui, parce que je m’entraîne à cela depuis toute ma vie. Je pense que si cette dimension devient de plus en plus importante pour certains, les gens vont vouloir voir une musique entièrement faite à la main par des humains. Et ça va devenir de plus en plus rare. Il y a beaucoup de grands musiciens qui font ça, et je suis juste l’un d’entre eux. On est dans une position idéale, car c’est exactement ce pour quoi on s’est entraînés toute notre vie.

Beaucoup de vos chansons abordent des thèmes comme l’humanité et la nature. Les musiciens ont-ils encore un rôle particulier à jouer dans la société ?

Bien sûr. La musique, c’est la culture. Et la musique, comme la mythologie, comme toute culture ou mythologie, raconte l’histoire de son époque. Donc oui, la musique continuera toujours à faire ça, d’une manière ou d’une autre. Je ne pense pas qu’elle ait une responsabilité sociale à proprement parler — elle le fait naturellement, par essence.

Dernière question : qu’aimeriez-vous que le public de Patrimonio emporte avec lui après votre concert ?

De l’espoir, de l’inspiration, le sentiment qu’il y avait peut-être un peu de divin dans cet espace, et l’impression de se sentir plus léger.

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