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Elisa di Giò, la Corse qui se dessine…

En 2015, Elisa Mattei lançait « Elisa di Giò », une idée, un projet, mais surtout un rêve : celui de dessiner, de penser la Corse de manière à la fois authentique et onirique. La jeune créatrice, originaire du Nebbiu et du Cap Corse, poursuit sa chimère d’une île où les visages s’ouvrent et se figent tour à tour. À travers sa galerie de femmes, à travers son crayon et des images symboliques, Elisa di Giò révèle nos âmes.

Croyances, contes, légendes, mythologies : l’univers fantastique d’Elisa di Giò impose un récit, un chemin, un sentier vers la compréhension de l’identité, ou plutôt des identités — corse, latine, méditerranéenne. Elisa Mattei parle avec passion ; elle enchante les mots quand il s’agit d’évoquer sa marque, ou plutôt son œuvre. Elle est avant tout une artiste, intimidée et même gênée à l’idée de faire la promotion de son entreprise — une humilité que l’on peine généralement à rencontrer. La créatrice cultive l’idée du beau, de l’élégance, du raffinement. L’esthétisme est probablement une forteresse, un pilier essentiel dans le concept même d’Elisa di Giò, celui d’affirmer que la Corse est belle, généreuse et positive. Elisa Mattei en est l’incarnation : une Athéna qui sait où elle va, qui sait ce qu’elle veut, malgré les contraintes, les obligations, les rythmes lents d’une insularité heureuse mais parfois envahissante. Avec elle, le partage et l’échange se font sans voile, en toute confiance, en belle harmonie. On songe alors à Euripide : « Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence. » Elisa Mattei mesure justement les siens, et raconte avec discernement son parcours, sa venue dans le monde de la création : « En parallèle de mes études d’ingénieur, j’avais en permanence un crayon et une feuille de Canson pour dessiner partout où je me rendais, en amphi, dans les transports, dans les avions… Je dessine depuis que j’ai trois ans. »

Des souvenirs d’enfance qui façonnent, qui ancrent des rêves et des espérances. L’enfance d’Elisa se nourrit de grands bouillons de culture. L’artiste s’éveille, sans le savoir ou en le sachant pertinemment — qu’importe, le chemin parcouru est là pour révéler toutes les facettes et tous les sentiments. La catharsis : « Le dessin est le moteur premier de la création, mais dans Elisa di Giò, il y a aussi la littérature, la musique, le cinéma, la science — tous les médiums d’art qui convergent — et, en même temps, une revendication identitaire au sens culturel et authentique. La volonté de montrer l’identité par l’illustration s’est manifestée plus tard, quand on grandit, quand on se heurte à des choses différentes, que l’on va ailleurs et que l’on s’interroge sur ce que l’on est… »

Au fil des semaines et des mois, une décennie après avoir créé son projet d’art global  – présentant pièces uniques, lithographies, mais aussi un large panel vestimentaire pour l’homme et la femme ainsi que des accessoires de prêt-à-porter — Elisa découvre chaque jour un peu plus le sens de son engagement : parler de la Corse, évoquer sa culture, ses traditions, tout en modernisant et en ouvrant des portes vers de nouveaux horizons. Nul doute qu’Elisa di Giò deviendra bientôt une ambassadrice de la Méditerranée. Une mission plénipotentiaire, donc, mais aussi et avant tout un hommage : celui rendu à ses grand-mères Elisa et Flora : « Tout est lié à la transmission, mais dans un prisme plus moderne. J’ai ma propre vision de l’esthétique : ce n’est pas une tradition qui a vocation à reproduire point par point quelque chose qui existe, c’est vraiment une réinterprétation à travers mon regard. J’essaye de faire ma propre traduction de ce patrimoine qui m’est cher et qui m’interroge beaucoup. En tout cas, cela s’échappe de tout le folklore possible — c’est important de le dire. »

L’œuvre d’Elisa est un style, un coup de crayon qui marque. En la découvrant, on gravit les marches d’un temple, on se perd, on s’interroge, on tente de livrer un diagnostic face au mystère, à l’énigme de ces portraits féminins saisissants, aux tons si particuliers : « Chaque portrait a ses propres traits de caractère. Cela dépend de ce que l’on dessine, de ce que l’on ressent sur l’instant, et de l’idée d’être un vecteur, un trait d’union, de transmettre quelque chose. J’ai le sentiment que mes mains devaient faire passer un message à travers ces portraits. » Elisabeth grandit avec ce qu’elle engendre, avec ses rencontres. Ces portraits sont l’occasion de provoquer des émotions, d’écrire de nouveaux récits, de décrire des situations vécues — comme dans un film de Claude Sautet, Les Choses de la vie, par exemple : « Ces portraits m’ont fait vivre des moments touchants. Une personne a pleuré devant une de mes lithographies ; une autre m’a raconté avoir eu l’impression de revoir sa mère, et s’est cachée pour ne pas montrer son émotion. C’est le plus important, et c’est le but de ma démarche : voir les émotions que l’on peut transmettre sans se parler. C’est le dessin qui parle pour vous… » Pour Elisa, il y a dans cette transmission quelque chose d’exaltant : partager du positif, du bonheur, des émotions, et découvrir à chaque fois une nouvelle source de spiritualité.

Autre idée-force, celle d’une pudeur que l’on croit surannée, à une époque où tout se dévoile sur les réseaux sociaux. Elisa Mattei redonne du sens au mot, réinsuffle un état d’esprit ancien : « Il y a aussi du beau dans l’idée de ne pas tout révéler, de laisser ainsi l’autre développer son propre imaginaire, sans lui donner des clés déjà prémâchées. » Et laisser simplement une trace, celle d’un pas sur le sable… Elisa di Giò est une poésie, un « Clair de lune » à la Verlaine, où « l’âme est un paysage choisi ». Enfin, il y a l’éthique, qui va de pair avec une âme généreuse. Dans la conception des créations et du prêt-à-porter, tout répond aux exigences d’Elisabeth, à ses engagements, à ses combats : « Je ne peux pas dessiner sur des valeurs, des principes qui me tiennent à cœur, puis faire appel à un support réalisé ailleurs sans éthique. Il faut du sens et de la cohérence dans la démarche : je travaille donc avec des couturières de l’île ou d’Italie, dans des ateliers de façonniers experts en matières précieuses, que ce soit pour la chemise ou pour les foulards de soie. Ce sont des pièces réalisées en très petite quantité. » Tout est affaire de détail, du soin qu’elle apporte à chaque élément, de la création jusqu’à la confection, à la production et à la communication où elle invite des artistes méditerranéens à s’exprimer sur ses collections d’art à porter.

Elisa di Giò, c’est le patrimoine corse exalté, un carrefour où se croisent toutes les expressions, les us et les coutumes. Un beau repère dans un monde qui en manque : « C’est un langage iconographique. » Dans sa démarche singulière, tout se rassemble, se fond et compose une musique, un chant lyrique : « Cela rassemble les aspects de religion, de patrimoine architectural, culturel et naturel, de légendes, pour exprimer la nécessité de comprendre la Corse et plus largement la Méditerranée, d’interroger cette revendication d’identité pour l’appréhender et l’accompagner vers quelque chose de plus actuelle.»

https://elisadigio.com

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