crédits photos : Yann Derrien
Le concours international de chant lyrique s’est achevé le 4 octobre dernier. Le baryton chinois Cheng Shengxin a remporté le premier prix, et l’Italienne Valentina Marghinotti, première lauréate en 2022, a été fidèle au rendez-vous, en repartant avec le prix Corsica Lirica associée avec la soprano Kim Nam Hee.
Dans l’église Saint Michel, un public venu nombreux pour une édition qui, d’année en année, rassemble, attire, suscite toujours plus de personnes. L’idée de David Aidan et de Katerina Kovanji, les organisateurs de l’événement, faire vivre la Corse et la faire redevenir surtout une terre entièrement consacrée à l’art lyrique. Vouloir honorer ce qui était une tradition est d’un grand mérite par les temps qui courent où il devient difficile pour la culture d’exister avec la diminution des fonds publics mais aussi d’un sponsoring qui dépend d’un contexte économique des plus inquiétants. A Ghisonaccia, grâce au soutien de la municipalité et à l’ardente détermination de Katerina et de David, le Corsica Lirica vient de fêter son sixième anniversaire. Quelques éditions plus tard, on recense 4000 participants auditionnés, plusieurs centaines d’interprètes venues de toute la planète pour découvrir Ghisonaccia et la Corse, en cette arrière-saison si belle à découvrir. Il y a y a de formidables idées dans cet événement qui, par ailleurs, assure la promotion de la langue corse puisque chaque artiste, a l’obligation, dans le concours d’interpréter une œuvre de son choix « in lingua nostra ».

Cette année, la soirée d’ouverture, le 30 septembre, avait été confiée à Katerina Kovanji elle-même, avec un programme d’arias de Rossini, Bizet et Tchaïkovski. La soprano Valentina Marghinotti, lauréate du prix spécial Corsica Lirica dès la première édition, y était invitée.
Le dimanche 4 octobre, la finale a rassemblé à la fois la dizaine d’interprètes sélectionnés mais aussi les mélomanes et autres curieux qui aiment ces moments de partage, de joies et de convivialité. Katerina Kovanji, en guise de mot d’accueil, a remercié les partenaires de la manifestation, la municipalité de Ghisonaccia représentée par Francis Giudici, les entreprises du territoire qui aident à l’organisation de cet événement culturel majeur pour la plaine orientale et pour la Corse. Dans l’église, l’acoustique permet de ressentir toutes les vibrations, toutes les émotions. Les voix s’élèvent sur l’autel dédié aux cieux. La finale débute sous le regard d’un jury expérimenté qui est présidé par Marco Guidarini et qui comprend également Rita Ahonen, Jean-Paul Grisoni, Margarita Rotondi et Katerina Kovanji. Les prestations s’enchaînent, aussi appréciées les unes que les autres. Le florilège des parcours et des sens, des saveurs et de la légèreté. Résultat, près de deux heures de chants pour vivre des moments inoubliables avant d’assister à la remise des prix à la salle des fêtes. Le jury a placé en tête Cheng Shengxin (Chine) qui remporte le premier prix du concours 2026. De nouveaux lauriers à son palmarès pour ce jeune baryton qui remporte ainsi le prix récital au Centre culturel russe de Paris. Cette seconde récompense lui ouvre les portes d’une scène parisienne, ce qui prolonge sa victoire à Ghisonaccia. Le deuxième prix, assorti du Stretta Prix, revient à l’Espagnole Tania Matas Mas. La troisième marche du podium est occupée par l’Arménienne Gayane Ghambaryan, qui obtient également le prix de la galerie Bronze et Formes.

La Sud-Coréenne Nam Hee Kim a marqué le jury. Elle reçoit à la fois le prix Corsica Lirica, traditionnellement attaché à l’interprétation du chant en langue corse, et le prix du Président du jury. Le prix Corsica Lirica est également décerné à Valentina Marghinotti (Italie), qui y ajoute le prix spécial Vins Casanova. Elle avait déjà reçu le prix spécial Corsica Lirica en 2022. Sa double distinction vient récompenser une fidélité peu commune. Au-delà du podium, la richesse du concours tient à la variété de ses récompenses, offertes par des partenaires de la scène lyrique, du monde de l’art ou de la gastronomie. La Serbe Lidija Jovanovic reçoit le prix de l’Académie of Kindness. Deux prix Djinn’s boutique sont attribués : l’un à Chen Yi An (Chine), l’autre à Rei Itoh (Japon). Le prix jeune espoir PierOptique revient à l’éclatante Isabelle Boussey. La Chinoise He Yue est doublement distinguée. Elle obtient le prix récital Palazzo Pesce et le prix des Confitures Giudici. Le Russe Ivan Ozerov décroche le prix de l’Académie du théâtre Mariinsky. Le concours est l’un des très rares à proposer une récompense liée à cette institution de Saint-Pétersbourg, scène prestigieuse de l’opéra mondial. Enfin, la Corse a eu sa part dans ce palmarès. Charlotte Mattei reçoit le prix spécial Vins Casanova. Elle partage cette distinction avec Valentina Marghinotti, ce qui lie le terroir à la voix. La liste des lauréats raconte à elle seule l’ampleur du rayonnement du concours. Elle compte des artistes de Chine, d’Espagne, d’Albanie, de Corée du Sud, d’Italie, de Serbie, du Japon, de France, de Russie et de Corse. En une soirée, Ghisonaccia a ainsi réuni des parcours et des écoles de chant très différents. Enfin, il convient de souligner la forte présence asiatique cette année avec des participants venus de Chine, de Corée du Sud et du Japon. Des personnes qui n’hésitent pas à faire des milliers de kilomètres et plusieurs escales pour partager leur passion et découvrir la Corse en dépit des contraintes, des difficultés logistiques et d’une certaine flexibilité. Le concours a aussi tissé des liens avec d’autres compétitions et institutions, ce qui prolonge l’aventure au-delà de l’île. Le prix du Centre culturel russe de Paris, le prix récital Palazzo Pesce ou le prix de l’Académie du théâtre Mariinsky offrent aux lauréats des occasions concrètes de se produire, et pas seulement un diplôme. Pour les lauréats de 2026, l’aventure ne fait que commencer. Récitals, auditions, scènes parisiennes ou russes : les prix décernés ce dimanche ouvrent plusieurs portes. Corsica Lirica a de nouveau montré que Ghisonaccia et le territoire de la plaine orientale pouvait s’inscrire sur la carte mondiale du chant lyrique. Rendez-vous est donné l’an prochain pour une nouvelle édition.




