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Fille de l’île et avocate du verbe, Marie-Hélène Fabiani veut présider le barreau de Paris

Déjà auréolée, en début d’année, de la meilleure des manières lors de la remise du prix Napoléon  « pour son engagement exemplaire en tant qu’avocate », l’étincelante Marie-Hélène Fabiani s’attaque à la prestigieuse élection du bâtonnat de Paris. Lors de vacances bien méritées qu’elle a passée chez elle, dans sa région de la Conca d’Oru, elle dévoile ses objectifs, ses idées, ses ambitions pour l’ordre des avocats de Paris. De chic et de choc, Marie-Hélène Fabiani sera la personnalité qui va bousculer les évidences dans les prochaines semaines…

C’est le parcours d’une femme courageuse et flamboyante, d’une femme déterminée, d’une femme de caractère. On essaye de la suivre, de l’imiter dans ses pas, de calquer son énergie. Au regard du défi qu’elle s’est lancée, on se dit qu’il doit y avoir probablement un peu de folie dans cette âme vaillante. Les 15 et 17 décembre, elle briguera les suffrages de ses 37 000 confrères et consœurs pour devenir la prochaine et cinquième bâtonnière de Paris depuis le XVIIe siècle. Pour la soutenir, Patrimonio et la Corse sont entièrement mobilisés. On fait campagne, on en guette la moindre voix, les réseaux s’agitent, sa famille, ses amis consultent d’arrache-pied la liste des inscrits. Elle le dit d’emblée : « Ce qui me donne le plus de pression aujourd’hui, c’est de savoir que ma famille de Patrimonio sera présente à Paris pour assister aux résultats. Perdre n’est pas grave en soi mais que les gens du village fasse le déplacement pour un résultat qui ne serait pas conforme à nos attentes, me rend carrément malade… » La sensibilité de Marie-Hélène n’est pas dissimulée. Elle est touchée de voir ses proches battre le rappel des troupes à l’image de son cousin Jean-Baptiste Arena ou de sa cousine Juliette Ponzevera : « Ils animent des réunions de campagne, ils sont éminemment politiques et j’adore leur façon de faire. Si l’on gagne, cela sera grâce à la communauté insulaire… » L’aveu qui dit tout, qui révèle une solidarité qui dépasse les clivages politiques, les querelles de clocher. Existe-t-il plus beau message que celui du Corse qui développe un septième sens lorsqu’il est hors de l’île ? Existe-t-il plus belle entraide ? On en connait allègrement le refrain. Marie-Hélène Fabiani, c’est avant tout une polyphonie, un récital, un chant sacré. Une robe noire qui n’hésite pas à affirmer son identité, à la positionner en haut de l’affiche, s’inscrivant ainsi dans la lignée classique et prestigieuse de ces grands avocats insulaires qui ont fait les beaux jours du Barreau de Paris. Le moteur tourne à plein régime, les choses s’accélèrent. Chez l’ami Serge Viola, L’Elysée-Saint Honoré sert de QG de campagne. Dès qu’un avocat entre dans l’établissement, les jeux sont faits : « Serge me prends par le bras et il dit : « Elle se présente, il faut la voter ! » sans compter qu’elle peut aussi compter sur le soutien du réseau associatif des Scemi Astuti, des Corses d’Assas ou de Sciences-Populu…  Marie-Hélène en mesure la chance. Suffisant pour gagner ? « Il y a quand même 36 000 avocats et des candidats sérieux issus de gros cabinets d’affaires qui brassent des centaines d’avocats. La partie ne sera pas aisée.»  On ose la rassurer, lui dire car Marie-Hélène en tant que Présidente de l’Association des Corses du Palais bénéficie d’ores et déjà d’une certaine renommée auprès de ses homologues. Dans sa démarche, elle est accompagnée par l’avocat Frédéric Naquet, candidat au vice-Bâtonnat. Pour Marie-Hélène, c’est le moment, celui de saisir l’opportunité, le fameux « Kairos » grec. Une fleur qui doit éclore : « J’ai toujours travaillé au sein du Barreau, j’étais membre du Conseil de l’Ordre, membre du Conseil National des Barreaux et cela fait plus d’un an que nous préparons cette campagne. »  L’engagement est profond chez Marie-Hélène. Son œil sur la profession conserve toujours la même fougue qu’à ses débuts : « L’avocat, c’est comme un journaliste. Il ne s’agit pas de métiers comme les autres, ils sont les garants de la démocratie. Les avocats ont toujours un rôle important à jouer dans la vie de la Cité… Nous faisons tourner le service public de la justice avec l’aide juridictionnelle. C’est peut-être très snob de penser ainsi mais les avocats ne sont pas n’importe qui… »

De la présence, de l’empathie, de l’écoute, telles sont les caractéristique d’une démarche, d’une candidature de proximité dans un univers vaste, complexe à appréhender : « Il est difficile de faire de la proximité avec 37 000 avocats. » nous confie-t-elle humblement. Une grande ville à l’échelle de la Corse : « Je voudrais réussir à transmettre cet état d’esprit de solidarité insulaire au sein du Barreau. Nous sommes confrères donc l’on doit s’entraider en dépit de nos opinions et nos convictions. Le plus petit dénominateur commun est notre serment. Le but d’un bâtonnier c’’est d’emmener les gens, c’est le chef d’orchestre ! » Conduire les débats, défendre la veuve et l’orphelin, souligner les aberrations, les inexactitudes, relever les tricheries, les mensonges, trouver les jurisprudences, l’avocat est dans la vie intime des gens, son rôle est politique. Il fait et défait les lois, il les administre, il est un agenceur. Un rôle éminemment politique à travers le verbe, la rhétorique, le sens des mots : « Et surtout le sens du droit, la Constitution, la loi, cela représente des débats et il faut savoir faire du droit pour éviter des lois liberticides, ne pas être retoqué par le Conseil constitutionnel. De temps à autre, il faut prendre du recul pour dire le droit et qui mieux qu’un avocat pour le faire ? Pour le moment, on n’a pas trouvé (rires) ! »

L’IA et la formation des futurs avocats

En cas d’élection, son mandat interviendra dans une période où le développement de l’Intelligence Artificielle menace de nombreuses professions. Il convient de ne pas s’affoler pour cette spécialiste des questions de la propriété intellectuelle : « A la fois cela fait peur mais en même temps c’est génial ! Aujourd’hui, ce que l’on faisait en dix minutes. On doit se poser la question dans ce contexte : Quelle est la valeur ajoutée de l’avocat ? Quand un client va voir son avocat après avoir questionné l’IA, que doit-il attendre de son avocat ? C’est tout simplement le secret, la confiance, la déontologie et la rigueur intellectuelle. Je ne suis pas inquiète si ce n’est pour la formation des jeunes. L’IA nous imposera de former nos futurs confrères comme les Compagnons du devoir. Il faudra prendre du temps, montrer l’exemple, expliquer, transmettre l’expérience et le savoir-faire. » Et puis, c’est aussi la part d’inconnue que l’on aime voir à l’œuvre, ce sentiment où les éléments ne se passeront pas comme prévu, que les situations peuvent changer d’aspect en l’espace d’une simple tournure de phrase, d’une parole légère. C’est la vie, ce que l’IA ne pourra jamais matérialiser à cause de sa volonté de perfection… La nature a horreur de la perfection, on le sait si bien : « Il n’y a que l’humain qui vous permettre de régler un problème. L’IA vous racontera que la jurisprudence est ainsi faite mais le rôle de l’avocat est justement de faire évoluer la jurisprudence. »  L’avocat serait donc un grand poète, un grand rêveur, capable de défaire le lit des rivières trop ordonnées : « L’IA c’est le retour de l’humain, on va assister même au retour de la plaidoirie. Les dossiers seront quasiment tous identiques, bien rangés, avec la même présentation mais c’est la plaidoirie qui fera la différence ! »

Surprendre sans cesse son auditoire, un jury, surprendre dans la vie de tous les jours, il y a du Bonaparte au Pont d’Arcole chez Marie-Hélène. Sa carrière démarre au début des années 2000 : « Le lendemain de ma prestation de serment, je plaidais contre France 2. » Une fois, dans la robe noire, tout s’éclaire paradoxalement par simple effet de contraste : « En mettant la robe, on n’est plus soi-même, on est la voix de son dossier, de ce que l’on représente. On est un messager. Je ne pourrai jamais plaider sans robe, j’ai vraiment besoin de cette protection et de ce symbole qui est la parole de l’autre. » Si son activité se concentre sur les droits de la propriété intellectuelle, Marie-Hélène s’attelle aussi à des dossiers « plus compliqués » : « C’est ce que j’appelle « le droit des emmerdes », je choisis des situations complexes pour toujours avoir l’esprit aguerri et voir le dossier du côté prévenu et non du côté des parties civiles. A l’exception de quelques personnes, quand on prend un dossier, on comprend le parcours. On ne justifie pas mais on explique. »

Et puis le sentiment, à présent, de prendre ses 35 000 confrères et consœurs pour client unique à travers l’élection au bâtonnat, en guise de concrétisation, d’accomplissement, d’épanouissement mais surtout d’exploration de l’âme humaine. Maître Fabiani, à la barre s’il-vous-plaît pour expliquer les origines de sa démarche : « En prenant la présidence de l’Association des Corses du Palais, en 2021, nous avions réalisé un grand nombre d’actions et l’on s’est aperçu qu’avec une petite association, on pouvait être écouté. Alors, en rêvant plus grand, on se dit qu’avec le Barreau de Paris qui représente 37 000 avocats, 250 salariés, un budget de 100 millions d’euros par an… Vous voyez qu’il est possible de faire de très grandes choses. » Et derrière, des engagements, la volonté de préserver la liberté, un mot magnifique mais toujours menacé. Pire, malgré l’évolution de la société, exercer cette profession devient de plus en plus difficile : « Les enquêteurs utilisent de plus en plus l’avocat pour avoir accès à des informations via la mise en garde à vue, les perquisitions… C’est inadmissible. Avec mon binôme, nous serons présents, à chaque fois, qu’un avocat sera en garde à vue. On ne laissera personne seul dans la Pampa… Jamais ! Nous sommes là pour protéger les secrets de tous nos confrères, cela n’est pas négociable. »

Une conception, des convictions, des valeurs merveilleuses portées par Marie-Hélène qui pensent au premier avocat qui lui a fait confiance : « J’ai été formé par Serge Hoffman. Il m’a tout appris. Je ne venais pas d’une famille d’avocats, j’étais arrivée en stage chez lui. Son parcours était incroyable. Il était enfant caché, ses parents furent raflés lors du Vél d’Hiv’ et il avait son bureau au 26 de l’avenue Kléber, en face de l’hôtel Majestic, siège de la Kommandantur. Il était membre du Conseil de l’Ordre. Il m’a tout de suite donné l’envie de travailler pour les autres et pour l’Ordre. Son fils est devenu même bâtonnier alors nous avons un challenge même très personnel, celui d’avoir deux bâtonniers au 26, Kléber ! » Une belle rencontre, un récit qui devait s’écrire, l’histoire d’un orphelin qui doit affronter la vie, gravir les marches tout seul et devenir le mentor d’une jeune insulaire : « Dans ce cabinet, nous avons tous été membres du Conseil de l’Ordre ou Secrétaire de la Conférence qui est un concours d’éloquence très prestigieux. Nous sommes tous repartis avec une certaine humanité, c’est la transmission. Et à présent, j’essaye de transmettre à mes collaborateurs ce que mon patron m’a transmis… » On aime entendre cette émotion dans la voix de Marie-Hélène, témoignant d’un respect et d’une admiration sans borne pour ce très grand avocat, décédé en 2021. Et quel plus bel hommage pour son mentor, quel plus beau verdict que celui d’une victoire au mois de décembre prochain… Forza Marie-Hélène !

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