Au cours des vingt dernières années, la présence de la Corse au sein de l’Union de la Sommellerie Française (UDSF) n’a cessé de croître. Pour poursuivre la mise en valeur et la préservation des vins de cette île magnifique, l’Association des Sommeliers de Corse a récemment renouvelé son équipe dirigeante. En janvier, Vanessa Maloyer, vigneronne et sommelière à l’hôtel-restaurant U Capu Biancu à Bonifacio, a été élue présidente. Elle succède ainsi à Sophie Mirande pour un mandat de trois ans. Le nouveau bureau comprend également Joseph Bourgeois, Enrico Ouhada et Céline Fagard, tous unis par l’objectif de promouvoir les vins corses.
Vanessa Maloyer est une femme pleine d’énergie, souvent décrite comme un « moteur » dans le monde de la sommellerie. Ce dynamisme, elle le met au service non seulement de sa carrière, mais aussi de l’ensemble du secteur viticole de l’île. En 2020, elle a décidé de troquer son tablier de cheffe pour se consacrer à une parcelle en permaculture sur le domaine de l’établissement, réalisant ainsi un rêve d’enfance : devenir vigneronne. Cependant, sa quête de connaissances l’a également poussée vers la sommellerie : « En entrant dans ce métier, j’ai réalisé à quel point j’étais fascinée par tout ce qui concerne la terre et les plantes. J’ai du mal à promouvoir un vin si je n’ai pas exploré la vigne, son histoire et son vigneron. Mon parcours de vigneronne a réellement débuté après avoir visité plusieurs domaines et échangé avec les viticulteurs. » Avant de poser ses valises en Corse, Vanessa a acquis de l’expérience en tant que membre de l’Association des Sommeliers du Val de Loire et a même passé trois ans aux États-Unis : « En arrivant en Corse, il y a quinze ans, le vignoble n’était pas aussi reconnu qu’aujourd’hui. Lorsque je suivais des cours, on ne parlait souvent que de Vermentinu, Niellucciu et Sciaccarellu. Cela m’intriguait, et j’avais envie d’en savoir plus sur le vignoble corse. C’est ce qui m’a amenée ici, et j’y suis restée. J’ai été témoin de son évolution rapide, de son dynamisme. C’est remarquable de voir comment le vignoble a gagné en qualité, en respect pour la nature, et comment une nouvelle génération reprend les rênes des domaines familiaux tout en explorant divers cépages. Nous sommes en train de créer une véritable identité pour nos vins. C’est passionnant. »
Ambassadrice des vins de l’île
Toujours en quête de nouvelles informations et de découvertes, Vanessa a été rapidement séduite par l’univers viticole corse. Au sein du restaurant de l’hôtel U Capu Biancu, elle a réussi à intégrer près de 90 % de vins corses dans une carte de plus de 800 références. Un chiffre surprenant !
« Bien sûr, nous proposons aussi des vins du continent et d’autres pays. Le métier de sommelier consiste à explorer sans cesse de nouveaux horizons. Mon objectif principal avec les clients du Capu Biancu est de leur faire découvrir les vins corses. » Sa carte est exhaustive. Avec une touche de modestie, Vanessa confie : « J’en ai presque tous, il en reste quelques-uns à découvrir. Grâce à Wine Paris, je vais encore découvrir de nouvelles cuvées. En fait, je suis là pour représenter mes vignerons, qu’ils soient petits ou grands. Ce que j’apprécie, c’est l’artisanat viticole. Je mets en avant ces producteurs sur ma carte et lors des dîners. C’est notre responsabilité de faire connaître ces vignerons qui n’ont pas encore atteint la notoriété d’un Abbatucci ou d’un Canarelli. »
Ce métier demande de l’amour, de la passion et est fondé sur des rencontres, des échanges et du partage : « J’ai eu l’opportunité de suivre quatre années d’études en œnologie, ce qui m’a permis d’effectuer mon premier stage chez Elisabeth Quilichini au Castellu di Baricci, puis chez Sébastien Cantara au domaine de La Murta, deux lieux d’exception. Sur l’appellation Figari, par exemple, j’ai observé une véritable évolution avec de nouveaux choix de production et une vision innovante. Nous nous dirigeons vers des vins plus vivants, moins contraints, laissant place à l’expression du millésime. Les démarches de nombreux vignerons sont très intéressantes, comme celles du clos Finidori ou du clos Sarcone de Jean Ferracci, qui est une référence dans la viticulture moderne et traditionnelle. »
Une association dynamique de 53 membres
L’Association des Sommeliers de Corse, sous la présidence de Vanessa Maloyer, compte actuellement 53 sommeliers, un chiffre qui reflète la forte dynamique du secteur viticole. « Nous avons des sommeliers travaillant en restauration, des cavistes, et des professionnels de l’œnotourisme. Il est important de noter que le métier a évolué, et il existe désormais de nombreux sommeliers en dehors des restaurants. Grâce à des formations organisées en Corse, nous avons vu émerger une nouvelle génération de passionnés, ce qui n’était pas le cas auparavant. Ces formations sont essentielles et sont réalisées grâce à Raphaël-Pierre Bianchetti et à son école, dirigée par Franck Thomas. » Être sommelier nécessite une certaine sensibilité, une bonne connaissance de la terre et des terroirs, ainsi qu’une capacité à juger la qualité d’un vin : « C’est être curieux, c’est développer sa mémoire olfactive et gustative, et cela passe par des rencontres avec nos vignerons. Il faut toujours être prêt à se remettre en question et à découvrir de nouvelles choses. »
La nouvelle présidente veut allier son expérience de terrain et sa connaissance approfondie de l’association, dont elle est membre depuis 2011, pour relever plusieurs défis : « La première priorité sera de restructurer l’association en mettant en lumière chaque membre et chaque établissement sur nos réseaux sociaux, ainsi qu’auprès des vignerons. Nous réalisons que nous formons une vraie famille, mais que certains ne se connaissent pas encore, donc nous allons organiser davantage de dégustations dans les établissements de chacun. Ces rencontres porteront sur les vins corses, mais aussi sur d’autres vins et boissons, ce qui est crucial. » Le second grand objectif sera de relancer la consommation (de manière responsable) : « Nous constatons une baisse des ventes, et il est donc nécessaire de ‘rééduquer’ nos clients. Les nouvelles générations ne pensent pas forcément à prendre un verre de vin à table si on ne leur en parle pas. J’ai remarqué cela lors de dîners, avec des clients ayant des a priori sur certains types de vins. En leur proposant des dégustations à l’aveugle, par exemple, une personne qui n’aime pas le blanc pourrait découvrir qu’elle en apprécie finalement un. Notre rôle est de faire du vin un sujet de plaisir et de découverte. On a souvent l’image du sommelier comme quelqu’un de sérieux, mais en réalité, c’est un métier qui repose sur le partage et l’échange. »



