Professeur Henri Bismuth : Une vie dédiée à la médecine
Né en 1934 à Tunis, le Professeur Henri Bismuth est une figure emblématique de la chirurgie hépatobiliaire. Dans les années 70, il révolutionne la médecine en France en établissant un programme pionnier de greffe de foie à l’hôpital Paul Brousse. Aujourd’hui, à 91 ans, il nous dévoile une partie de son parcours fascinant dans son livre intitulé « Chirurgien du foie : une vie d’aventure et de passion », aux éditions Caradine.
Marié à une femme originaire de Sartène, Henri Bismuth trouve refuge chaque été dans le Cap Corse, à Cagnano, où il se ressource entouré de sa famille. En contemplant les eaux turquoise de la Méditerranée, il se remémore son enfance à Tunis, sous le soleil éclatant des années 30 et 40, une époque qui l’a façonné, tout comme l’a fait la célèbre Claudia Cardinale. En quête de connaissances, il quitte sa terre natale pour poursuivre des études supérieures à Paris, découvrant une ville vibrante dans les années 50.
« Mon rêve était d’entrer à l’École des Beaux-Arts, mais je n’avais pas de talent artistique. Mes parents, préoccupés par mon avenir, désiraient que je devienne médecin », confie-t-il. Ce choix s’avérera monumental, car son parcours va bouleverser le monde de la recherche médicale. En 1974, il élabore un projet audacieux à l’hôpital Paul Brousse, à une époque où le foie est encore considéré comme un organe mystérieux et négligé. Henri Bismuth, homme de vision, s’initie à la transplantation hépatique et jette les bases d’un Centre Hépato-Biliaire qui deviendra une référence à l’échelle mondiale.
Pour lui, « Le foie est un organe exceptionnel. Il joue un rôle fondamental dans notre organisme, agissant comme un véritable laboratoire. Les protéines que nous consommons doivent être transformées par le foie pour être assimilées. » Il compare même cet organe vital à une mère nourricière pour tous les autres organes : « Tout être vivant cherche à se nourrir, à se défendre et à se reproduire. »
Précurseur dans le domaine hépato-biliaire, il introduit des techniques novatrices qui changent radicalement la prise en charge des maladies du foie. « Nous n’avons pas encore découvert toutes les fonctions du foie. En cas d’hépatite fulminante, la transplantation est la seule option », souligne-t-il.
Dans son livre, le Professeur Bismuth évoque son parcours, ses expériences et les défis rencontrés, y compris un dialogue fascinant entre l’homme et la technologie. « Dans la nuit précédant une opération, je peux être amené à modifier mon approche, pensant au bien-être du patient. Pour moi, la chirurgie est un art, pas seulement une science. » Il insiste sur l’importance de l’émotion et de l’empathie dans sa pratique, considérant que chaque geste doit être guidé par la bienveillance.
Henri Bismuth nous fait part de certaines de ses expériences durant sa carrière : « Je me souviens d’un patient en phase terminale, atteint de cirrhose. En 1978, nous avons trouvé un foie de donneur, mais l’enfant avait seulement cinq ans. Les proportions étaient inadaptées, mais nous avons réussi à adapter l’opération, et le malade a pu survivre quelques mois de plus. »
Ou de celle du jeune garçon nommé Martial, qui l’a convaincu de le greffer malgré les réticences des pédiatres. C’est ainsi qu’il a créé le concept de “foie réduit”, permettant d’utiliser des organes de plus grande taille pour les greffes chez les enfants. Une innovation qui a sauvé de nombreuses vies : « Je n’ai jamais cherché à faire des travaux de laboratoire, mon unique priorité était de m’occuper des patients. La rencontre fortuite d’un foie d’enfant et la nécessité de la transplantation étaient au cœur de mes actions », explique-t-il. S’inspirant des théories de Jacques Monod sur le hasard et la nécessité, il souligne que l’audace et la détermination sont essentielles dans le domaine médical. En établissant le Centre Hépato-Biliaire de Villejuif, il a mis en place un modèle de collaboration entre professionnels de santé : « L’idée était de rassembler médecins, hépatologues et radiologues pour discuter des meilleures approches pour nos patients. Ce département horizontal des maladies du foie était le premier en France. »
Aujourd’hui, il continue de rassembler ses anciens élèves lors d’un congrès annuel, où ils se désignent fièrement comme les « Compagnons » de son héritage. « Ils créent des centres hépato-biliaires (HB) à travers le monde, et curieusement, leurs initiales rappellent les miennes. » Une belle coïncidence, ou peut-être une nécessité !
Chirurgien du foie : Une vie d’aventure et de passion
Par Henri Bismuth
Éditions Caradine
402 pages – 19,90 €



