Le temps semble se plier à la volonté de Patrice Fontanarosa. Lorsqu’il évoque la musique, ses yeux s’illuminent, s’éveillant à la curiosité d’un enfant. Son secret ? Il nourrit cette flamme ardente qu’est la passion.
Il existe des instants où tout semble suspendu, où la musique et son interprète nous transportent. Bien sûr, merci aux génies que sont Beethoven, Brahms et Dvořák, mais merci également à vous…
Ces grands maîtres nous ont légué des trésors inestimables. Les interprètes, sans ces œuvres magistrales, ne seraient rien. Il est extraordinaire de constater que ces compositions continuent de vivre, résonnant encore plusieurs siècles après leur création. Aujourd’hui encore, elles demeurent essentielles grâce aux artistes qui nous transmettent des émotions profondes.
Lors de votre récital à Porto-Vecchio, vous avez choisi des partitions qui étaient utilisée à l’époque par le cinéma muet. La musique transcende-t-elle les époques ?
La musique suscite des émotions intenses ; elle peut créer des atmosphères que les mots peinent à évoquer, à moins d’être portés par de grands poètes ou de grands ténors. La musique est divine car elle s’empare de nous sans la moindre barrière, à moins de se boucher les oreilles.
La puissance de votre interprétation réside aussi dans l’osmose qui se dégage avec vos partenaires, Laura Sibella et les Rocca Serra ?
C’est un moment magique. Cette soirée était particulièrement précieuse pour moi, car j’éprouve une grande tendresse pour eux ; notre histoire avec Rocca Serra est longue et riche. Nous avons partagé tant de souvenirs. Je les retrouve, ayant vu ces enfants grandir, devenus aujourd’hui des adultes, chacun avec son tempérament, son expérience, sa maturité. Leur style s’est affiné, il est devenu toujours plus riche. Il n’y a rien de plus beau que de partager la musique avec ceux que l’on aime. Car ce que nous ressentons en jouant dépasse le simple « c’est beau ! » ; nous sommes emportés par le mouvement, les rythmes, ces élans merveilleux. Lorsque ces émotions sont partagées, elles acquièrent une profondeur émotionnelle singulière.
C’est à cet instant précis que le spectateur entre dans un rêve, un voyage… Il est fascinant de voir le groupe fusionner avec ses instruments, n’est-ce pas ?
Nous plongeons dans l’univers de l’interprète, qui doit peaufiner sa technique et ses moyens d’expression pour que les spectateurs puissent ressentir ces émotions. C’est là tout le charme de ce métier d’interprète : enrichir son propre langage pour le rendre accessible aux curieux, aux néophytes, à tous ceux qui chérissent la musique.
La musique, c’est de l’inné, du don et surtout beaucoup de travail ?
Plutôt que de parler de don, je préfère évoquer les facilités. Certains ont un tempérament, un caractère qui les prédispose à la musique, mais j’ai rencontré de nombreux musiciens talentueux qui, faute de travail, ont stagné. À l’inverse, il existe des interprètes sans don apparent, mais grâce à leur détermination et leur goût de l’effort, ils ont persévéré. Les résultats peuvent alors être étonnants. Vous voyez, ce n’est pas une question de don, mais de travail, de passion, et surtout, de cœur.
Vous avez également vécu un moment touchant avec des enfants du conservatoire de musique. La transmission est-elle essentielle ?
C’était trop court, trop bref. Les enfants, c’est comme une terre fertile qu’il faut ensemencer et cultiver. Nous essayons de leur transmettre quelques réflexions, peut-être qu’une ou deux d’entre elles resteront gravées en eux. Il y a deux dimensions dans ces rencontres : ce que l’on donne et, surtout, ce que l’on reçoit.
Dernière question, d’actualité. La musique peut-elle transformer des vies et rapprocher les peuples ?
C’est l’idéal. J’ai toujours été animé par ce défi, et il prend une dimension encore plus cruciale dans le contexte actuel, où nous assistons à un monde en proie à la violence et au désespoir. Mais je me rappelle qu’au cœur de cette tempête, il y a toujours Brahms, Beethoven, Mozart. Il y a toujours des artistes pour jouer, pour aimer. Je crois fermement que si nous faisons notre travail, si nous nous consacrons à la musique, nous pouvons encourager les gens à ne pas sombrer dans le désespoir, à croire en la vie, à reconnaître qu’il existe des richesses au-delà des tragédies, que le monde n’est pas peuplé uniquement de ceux qui sèment la destruction.



