mardi, janvier 20, 2026
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Olmeto : des meurtres au cœur de la messe pascale

L’assassinat d’Alain Orsoni, survenu lors des obsèques de sa mère, a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Le choc provoqué par la violence de l’acte a nourri de nombreux commentaires, parfois au prix de contre-vérités historiques, ravivant les mythes du « code d’honneur » et d’une société insulaire idéalisée. Une vision réductrice qui occulte une réalité plus complexe, marquée aussi par des épisodes de violence. Le village d’Olmeto, dans le Valinco, en offre un témoignage ancien et tragique, lors des célébrations pascales de 1812.

Le 29 mars 1812, sous le règne de Napoléon Ier, Olmeto célèbre le dimanche de Pâques comme partout ailleurs dans l’Empire. La messe se déroule dans l’église paroissiale lorsque le drame éclate. Deux hommes, Jean-Pierre Balisoni et Michel Canazzi, sont assassinés à coups de stylet à l’intérieur même de l’édifice religieux. Jean-Charles Canazzi, père de l’une des victimes, est grièvement blessé mais survit à l’attaque. Les agresseurs sont identifiés comme appartenant aux familles Peretti, Istria et Pajanacci.

Les causes exactes de cette tuerie demeurent incertaines. La mémoire collective évoque un incident impliquant une jeune fille Colonna d’Istria, sans qu’aucune mention n’en figure dans les registres judiciaires conservés aux Archives nationales à Paris. Selon cette tradition orale, l’une des victimes aurait trempé sa main dans le bénitier avant d’en laisser couler quelques gouttes vers la jeune femme qu’il courtisait. Celle-ci aurait touché l’eau bénite pour se signer, un geste qui aurait provoqué la colère immédiate d’un membre de la famille Peretti, lequel aurait frappé sans préméditation en raison de la différence de rang entre les familles. Ce drame illustrerait les tensions sociales et l’incompatibilité des alliances à cette époque. Certains historiens estiment toutefois que la haine à l’origine du drame pourrait être plus ancienne encore et que le double assassinat aurait été prémédité.

Cet épisode s’inscrit dans une longue histoire de violences qui ont contribué à façonner l’image d’une Corse tourmentée. Dès l’Antiquité, des auteurs comme Strabon décrivaient les Corses comme « sauvages, tenant plus de la bête que de l’homme », tandis que Diodore de Sicile les présentait avant tout comme des guerriers. Une vision réductrice, mais révélatrice de la permanence des conflits, notamment ceux liés à la vendetta.

À Olmeto, les autorités judiciaires et policières n’arrivent sur place que le lendemain. Malgré la présence de nombreux villageois lors de l’office, aucun témoignage ne sera recueilli. Le silence est total. Déjà, l’omerta. L’Église, de son côté, condamne fermement les auteurs, frappés d’infamie et condamnés à mort par contumace. Les membres des familles Istria et Pajanacci se cacheraient dans les parages avec l’aide de proches, tandis que les Peretti trouvent refuge en Sardaigne.

Durant les vingt années qui suivent, la famille Peretti multiplie les courriers auprès des autorités judiciaires pour obtenir la grâce des condamnés. À l’inverse, les familles Canazzi et Balisoni réclament inlassablement leur extradition afin qu’ils soient jugés.

Pour approfondir cet épisode, il est possible de consulter les documents disponibles sur le site de la famille Colonna d’Istria : www.colonnadistria.net/.

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