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Le fabuleux destin de Nicolas Pietri

Sa trajectoire ressemble à celle d’Elon Musk. Né à Sartène en 1863, Nicolas Pietri fut un grand chef d’entreprise et un esprit visionnaire sans oublier ses contributions notables à l’éducation. Télégraphiste, ingénieur, homme politique, passionné par les belles lettres, il est le produit d’une méritocratie incroyable, capable de produire de véritables génies.  

Né à Sartène le 2 février 1863, Nicolas Pietri est un enfant de l’armistice de 1870. Il restera toute sa vie marquée par l’abdication de Napoléon III qui fut le bienfaiteur de la ville. Issu d’une famille modeste, Nicolas Pietri fait preuve très tôt d’un grand caractère, d’une détermination à toute épreuve. À l’âge de 14 ans et demi, il débute sa carrière comme aide télégraphiste. Alors qu’il est muté à Narbonne à l’âge de vingt ans, il s’initie aux arts et aux belles-lettres. Détaché de l’administration des Postes et des Télécommunications, il devient directeur à la Compagnie française des câbles télégraphique et président directeur général de la TSF à partir de 1910. Grâce à son charisme et à son réseau, il peut tisser rapidement des liens dans les milieux économiques et de la presse. De 1917 à 1920, il occupe le poste de directeur de L’Homme libre qui appartient à Georges Clemenceau, tout en étant administrateur de la Compagnie Française de TSF, ancêtre de la CSF, et délégué à la Compagnie Radio Maritime.

Ses activités le rapprochent des sphères secrètes, devenant un point de contact clé pour les services de renseignements. En parallèle, il représente en France, le célèbre marchand d’armes Basil Zaharoff et commence à s’intéresser au pétrole, à la radio, aux câbles sous-marins et aux armes lourdes par le biais de Vickers-France, société qui a également employé Michel Clemenceau, le fils du « Tigre ».

L’amitié qui le lie à Georges Clemenceau, débute à partir de 1900, elle sera déterminante. Les deux hommes entretiennent une correspondance prolixe où ils font part de leurs inquiétudes, de leurs réflexions sur la société, l’état du monde, l’histoire et la géographie mais aussi par les événements de la vie quotidienne. Clemenceau commence chacune de ses lettres par un « Cher ami, » un privilège qui n’est même pas accordé à son vieil ami Claude Monet. Certains des extraits, on voit que Pietri ne pouvait rien refuser à ce grand personnage : « Le signataire de la lettre ci-incluse est le fils de la femme que Brabant a étendue sur la route. Pouvez-vous le recommander à quelqu’un de cette compagnie de transports frigorifiques ? Il s’agit, bien entendu, d’une recommandation morale, sans qu’il puisse être question de technicité.  Ne vous attardez pas dans les délices de Biarritz, et surtout n’y faites pas comme Citroën, des différences de cinq millions. A vous toujours, et de tout mon cœur.  G. Clemenceau »

Éminence grise et fidèle compagnon, Nicolas Pietri accompagne le Père la Victoire lors de son voyage aux Indes entre 1920 et 1921. À la mort de ce dernier, il est nommé exécuteur testamentaire. Le testament de Clemenceau, où il stipule des souhaits très précis pour son inhumation, témoigne de leur lien profond. Dans une lettre datée du 29 avril 1929, Clemenceau encourage Pietri : « Quand on tient le bonheur, il ne faut pas le lâcher », une maxime qui semble avoir guidé leur amitié.

Tout au long de sa vie, Nicolas Pietri se distingue par son engagement philanthropique. Il fait des dons importants, notamment pour la construction du lycée Clemenceau à Sartène, où il fait ouvrir une classe de radiotélégraphie, et pour l’hôpital Eugénie à Ajaccio. En 1938, il fait ériger la fameuse statue de Napoléon sur l’esplanade face à sa maison du Casone à Ajaccio. Sa maison, édifiée dans les années 1920, deviendra un lieu de rencontre pour de nombreuses personnalités, dont Winston Churchill et le général Patton. Le Premier ministre britannique séjournera à Ajaccio, les 14 et 15 août 1944 pour assister depuis la Corse, porte-avions de la Méditerranée, au développement de l’opération « Dragoon », le débarquement de Provence. Durant cette brève escale, Winston Churchill aurait souhaité rencontrer Nicolas Pietri. De quoi ont-ils parlé ? La postérité l’ignore.

Décorée d’œuvres de Maîtres tels que Watteau et Manet, la « Villa Pietri » était un lieu de rendez-vous de l’art et de la culture. Elle est aujourd’hui la propriété de la Collectivité de Corse.

Nicolas Pietri fut également maire d’Olivese de 1941 à 1944, puis maire de Sartène de 1952 à 1955.Son parcours demeure incroyable. Il a épousé tant de vies différentes, exercé des dizaines de professions, s’engageant auprès des plus démunis. Mais que reste-t-il de son héritage aujourd’hui ? Peu de choses rappellent ses actions, ses idées, ses innovations. Enfin, il serait judicieux de rappeler que le fondateur du lycée Clémenceau de Sartène détesterait l’idée que l’établissement puisse porter un nouveau nom. Aux entendeurs… Salut !

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